65- réseau en vue
Posté le 28/05/2009 | Hozro
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20/05/08 09:15Z 38 43 39N / 27 03 21 W CAP315 VITESSE 3kts au moteur VENT 278°/02kts PRESSION 1019 Hpa
"J'ai vu une lumière et puis plus rien!"
Stéphane a entre-aperçu un phare du côté de l'aéroport de Terceira que je lui avais demandé de surveiller pendant son quart. Désormais c'est mon tour, mais le couvert nuageux très bas coupe toute visibilité vers le haut. Or les Açores sont plutôt montagneuses.
Je tire un long bord vers le sud-est. Je vais essayer de bien viser pour entrer directement dans le port. Le jour ne va pas tarder à se lever. Stéphane dort. Je lui suis gré de me laisser le privilège de ces instants précieux.
Mon téléphone cellulaire est dans la poche de mon ciré, celle qui est doublée de fourrure polaire. J'ai la main dessus. De nos jour, on ne crie plus "Terre!" On dit "Ça y est, j'ai du réseau!" J'ouvre le clapet. Non, toujours rien.
Le ciel rosit. Des formes incongrues émergent de l'obscurité. L'horizon à tribord se pare de formes sensuelles: l'autre monde est là, tout près.
Il fait trop sombre pour que je puisse repérer le port. J'attends le signal du GPS. Aller, encore un chouïa! Pilz a repéré la proximité d'un radar. Il me gratifie de ses petits cris de grillon. "Crouik! Crouik!"
Ça y est, le port gît à 100° sur tribord. "Paré à virer?" dis-tout haut, sachant que Stéphane dort à poings fermés à la cave. Ce n'est pas grave, il est enfilé dans le trou à rat et n'aura qu'à se retourner quand la gîte s'inversera. Je pousse sur la girouette et Hozro obtempère. Le vent a faibli et tout se passe en douceur. Il ne me reste qu'à ranger les "nouilles" dans le cockpit.
Le soleil matinal chasse les nuages. Les couleurs sont d'une grande douceur. Le vent est en train de mourir. On devine maintenant les taches blanches des bâtiments, le bateau d'un pêcheur filant des casiers. Les cristaux liquides qui viennent d'apparaitre sur l'écran de mon téléphone sont les petits cailloux blancs qui me ramènent à mon ancienne vie. L'émotion est trop forte pour être partagée. Dors encore un peu, Stéphane!
" Allô? C'est moi..."
