70- au charbon
Posté le 04/09/2009 | Hozro
<69 pages 71>
22/05/08 - 04:40ZZ - 37° 55′ 44.00″ N 27° 32′ 50.00″ W - heading 230°T speed 5,4kts - wind 300°/12kts - 1016HPa
Même pas mal... au crâne. Pas dormi longtemps, mais on se reposera en mer.
Parce qu'on repart, et toujours cap à l'ouest.
L'anticyclone est "maous - costaud" On ne dirait pas car le ciel est bas et menaçant. Pas de regret, c'était râpé pour le vol en parapente. On a du H* jusqu'au large de la Nouvelle Écosse et Terre Neuve. Ça veut dire vent faible, du moins tant qu'on approche pas des bords. Ça signifie aussi que je n'arriverai sans doute pas à l'heure pour reprendre le boulot. C'est assez embêtant pour mes collègues. Bon, ce n'est pas le plus angoissant: au delà de l'anticyclone, il y a par nature une dépression L.
Ces deux bêtes là ne s'aiment pas et se chamaillent sans arrêt pour se disputer l'espace. C'est à la frontière que les isobares** se resserrent et que le vent forcit. C'est aussi là que se trouve notre destination. Et à destination, je peux vous dire que ça chauffe: les perturbations, accompagnées de coups de vent, se succèdent toujours en rafale. Printemps pourri, là bas.
"- bon, on repart.
- tu es sur que tu veux y aller?" me répond ma femme d'une voix étranglée. Elle est à Saint Pierre et mesure bien la gravité de la situation.
J'espérais une réponse plus encourageante ... Moral au niveau du bulbe***
La stratégie est la suivante: nous resterons planqués le plus longtemps possible dans les hautes pressions tout en surveillant les cartes de Boston et Halifax. Pas question de "prendre du nord" dans notre route. Il faut passez au sud du point "S" défini par l'organisation de la Grande Traversée 400 (tiens, ils sont où, ceux là?) à cause des glaces dérivantes. Le centre de Sydney émet quotidiennement une carte des glaces.
Ensuite, on compte les coups qui passent et on se met dans le "timing" pour filer entre deux perturbations. Si nécessaire, on fait demi tour et on attend.
Simple, en théorie.
Nous faisons la bise à Gérard. Il me file une clé USB avec un ultime fichier GRIB.
"Attends!" crit-il depuis le ponton. Il plonge dans le carré de son bateau et en ressort avec un appareil photo...
Le temps de décoincer cette p. de bastaque qui s'est encore prise dans une latte et Praia da Vitoria est derrière nous.
Bientôt, c'est Terceira toute entière qui disparaît dans les stratus.


