40- je reviendrai à Montréal
Posté le 12/04/2009 | Hozro
Nous sommes en finale à Montréal. Voici donc à quoi ressemble le Canada: des milliers de maisons individuelles alignées au cordeau, d’immenses carrières à ciel ouvert, des centres commerciaux. Que d’eau autour et au milieu de la ville! Je ne saurais dire où se trouve le Saint Laurent, car il y a des lacs et des bras secondaires partout. La douane canadienne n’est pas si terrible. On écrit sur un formulaire tout ce qu’on importe et puis c’est tout. Tant qu’on ne coche pas la case “fromage” on ne risque rien. La préposée fait des efforts pour parler français, mais le tutoiement trahit ses origines anglophones.
” Tu restes à Montréal?
- Non, je continue vers saint Pierre et Miquelon.
- Ah bien… tu fais quoi là-bas?
- Je suis muté: garde phare.
- Ah twoué bien. Bon séjour, alors!”
Il reste environ 3 heures et demi de vol jusqu’à destination. Rien que ça! Effectivement, nous avons largement dépassé l’archipel vers l’ouest et maintenant, nous devons retourner sur nos pas. Bien que relativement proche de Paris à vol d’oiseau, mon territoire d’adoption est difficile d’accès. Il y a bien longtemps que plus aucun navire en provenance directe d’Europe n’atterrit là bas. Et, à part les avions ministériels, aucun avion de fait le grand saut non-plus. La journée a été longue, j’aimerais bien en finir.
Dés qu’on s’assied dans l’ATR42 d’ Air Saint Pierre, on pose les fesses dans un autre monde. Les gens ont l’air de se connaître et l’hôtesse a un “style” très particulier. Elle me rappelle l’adjudant m’ayant propulsé hors du Nord Atlas au dessus de salon de Provence pour mon premier saut en parachute. Je redoute l’allumage de la petite loupiote au milieu du couloir et le cri tant redouté: “Le premier, en position!” Surtout si c’est au dessus du Golfe du Saint Laurent.
Les vibrations et le bruit ambiant réduisent les possibilités de conversation. Pourtant, mon voisin est curieux de savoir d’où je viens, ce que je fais, combien de temps je reste… Le ronflement insistant des moteurs joue comme un anesthésique et me fait oublier mon impatience. Je vais piquer une tête. Comme il arrive souvent dans ces sommeils perturbés, les songes antérieurs reviennent à la surface. Une moitié du cerveau dort, l’autre s’active. C’est ce qui crée ces situations impossibles où on se trouve devant un problème récurrent qu’on ne peut en aucun cas résoudre. On est devant une porte fermée dont la clé repose à vos pieds et qu’une force étrange vous empêche de ramasser. Je suis à Saint Pierre, mon voilier en France et malgré mes efforts répétés pour aller le chercher, une puissance inconnue me pousse systématiquement à l’échec.
