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créé le 02-03-2009

Ce qui est écrit dans ce blog n'est jamais arrivé. Heureusement, car c'eut été déraisonnable pour un quinquagénaire chargé de famille. Voir aussi  http://grandcolombier.blog.lemonde.fr/skippeur-virtuel/ qui propose une photo presque chaque jour.

61- la nuit en bas

Nous avons depuis longtemps trouvé nos marques. Pas de chichi dans les horaires de quarts: nous divisons la nuit en deux. Le système a l'air de convenir à chacun et c'est tant mieux. Comme nous ne prenons jamais la barre, grâce au pilote automatique, la mission quasi exclusive de l'homme de quart est de surveiller les alentours, au cas où un autre objet flottant croiserait notre route. Accessoirement, il se prépare à réagir aux caprices du temps et prendre les mesures conservatoires qui s'imposent.

 

Une fois accomplies les corvées du ménage, dont la vaisselle du soir, Stéphane descend l'escalier (à une marche) et se prépare en secret à affronter les rigueurs de la nuit. Chacun a ses petits trucs pour affronter l'humidité tant redoutée. Il fait chauffer une petite boisson, bourre ses poches de friandises et enfile son costume de lumière. Le soleil se couche, le ciel flamboie. J'ajuste les réglages, démêle les nouilles, donne quelques consignes. Quand tout est en ordre et que Stéphane a répondu d'un hochement de tête à l'éternelle question "Ça va aller?", je disparais dans la descente en ajoutant un furtif "Préviens-moi si la météo se dégrade!" alors qu' honnêtement je pense plutôt "Débrouille-toi tout seul et laisse moi dormir!"

 

Un dernier coup d'œil au dehors me confirme qu'il n'a pas l'air de trop souffrir de sa condition de chien battu. Lampe au front, capuche jusqu'aux yeux, bottes de sept milles nautiques aux pieds, il s'installe stoïquement sur un coussin méthodiquement disposé sous ses fesses. Un dernier sourire (Stéphane est extrêmement sociable), et son regard se perd au loin, là où il n'y aura bientôt plus rien à voir. Il préfère la première partie de nuit, car suit la délivrance de la relève. Je préfère la seconde, car le lever de soleil efface toutes les misères.

 

La mise au lit est rapide et motivante. Les vêtements sont vite enlevés. Je note dans le livre de bord les derniers paramètres de la navigation, la pression atmosphérique, jette éventuellement un coup d'œil aux ultimes prévisions météo. En dernier, je pointe au crayon notre position sur la carte en papier, puis sur celle de l'ordinateur et enfin enregistre la distance parcourue annoncée par le GPS.

 

Surtout, ne pas oublier le petit pipi qui évitera de devoir s'arracher à la douce chaleur et se résoudre à la torture d'une corvée de pot de chambre dans le noir.

 

J'ai un principe de base: mon sac de couchage doit rester sec. Ça n'a aucun rapport avec la précédente recommandation, mais celà concerne le soin avec lequel on utilise ou range son couchage.  Un sac bien sec constitue l'ultime rempart contre les agressions extérieures, l'ultime refuge où soigner un moral défaillant. Je lui accorde des précautions maniaques. Il ne sort de son sur-sac étanche que lorsque la faiblesse du vent permet de l'étendre sur la bôme. D'ailleurs, j'ai un secret: j'ai emporté un deuxième sac de couchage. Ne le dites à personne!

 

Ramper dans le trou à rat, réussir à force contorsions à toucher le bout du cocon soyeux avec les pieds, vérifier l'emplacement de la lampe frontale et s'assurer qu'on reconnait bien tous les petits bruits de la nuit. La poulie de renvoi d'écoute de spi cogne contre le rail de fargues, les axes de safrans battent dans les femelots, la bouilloire oscille sur la balencelle du réchaud... Quant à Bartòk, j'ai essayé toutes les formes de lubrifiants disponibles à bord pour le faire taire: huile de moteur, lubrifiant silicone, huile d'olive ... voir même, en douce, un liquide organique à température du corps et dont nous disposons à volonté. Rien n'y fit. Jusqu'à ce jour où, pour une raison mystérieuse, Bartok se tut.

 

Enfin, s'abandonner au rêve, délicieusement pressé par la gite dans l'angle entre la cloison et la couchette...

http://grandcolombier.blog.lemonde.fr/61-la-nuit-en-bas/

60- la nuit en haut

Je repense à l'émission de RFI juste avant la météo marine. C'est quoi, un grand marin? C'est d'abord un marin connu, parce que si non, personne ne saurait qu'il est grand. Ainsi, les grands marins sont aujourd'hui ceux qui écrivent des livres (comme Bernard Morin, par exemple) ou qui passent à la télé. Il faut quand même qu'ils aient fait leurs preuves en mer ou du moins qu'ils aient décrit leurs exploits de façon crédible. Je rigole intérieurement, car Stéphane et moi sommes des moins que rien de la mer. Même pas des marins, des minables de la barre franche, des branleurs de bastaques à la manque. Pire, la nomenclature de la navigation à voile nous considèrerait probablement comme de dangereux inconscients, nuisibles même à la réputation de cette noble activité. Heureusement, nous n'avons pas fait beaucoup de publicité autour de notre tentative et notre seul sponsor nous a offert un chapeau et de la crème solaire (merci Nathalie)
Claude du Port sur la Rive, là où j'ai laissé Hozro l'année dernière, m'a raconté être allé à une réunion de gestionnaires de ports à sec (un congrès des ports à sec - ça sonne bien) Il y a rencontré un gars de Loctudy qui lui a confié:
" Mince, l'année dernière, deux gus sont arrivés chez moi. Ils voulaient traverser l'Atlantique Nord en Pogo1 vers Saint Pierre et Miquelon! Depuis, je ne sais pas ce qu'ils sont devenus.
- Cherche pas: ils sont chez moi à Mortagne!" répondit Claude m.d.r.
Ca me fait sourire, alors que je suis a demi allongé dans le cockpit sous les étoiles exactement, parce que tout va bien cette nuit. Le fond n'étant pas vraiment plat, je bourre les creux de coussins pour adoucir le contact avec mes lombaires et suis encastré en travers de la marche, juste sous la barre qui va et vient au gré des légères corrections de Bartok. L'étrave fend mollement l'eau noire et réveille instantanément le plancton fluorescent. Il ne s'agit pas de petites étincelles lumineuses cette fois, mais d'énormes surfaces aux contours imprécis qui s'allument d'un coup et se déversent dans notre sillage. Parfois même, un trait lumineux jaillit sous l'eau comme une fusée d'artifice et va mourir silencieusement en bout de course. Sont-ce des poissons ou des dauphins qui jouent avec le plancton ou traversent le nuage lumineux la bouche grande ouverte?
J'ai un Mars dans la poche. Je le dégusterais bien, mais il est inaccessible dans ma poche de ciré sous le gilet auto-gonflant. Tant mieux: il sera encore meilleur tout à l'heure.
Naturellement, ma longe de sécurité est saisie à la cadène en fond de cockpit. Cette mesure n'est pas optionnelle: c'est la règle absolue. Ma lampe frontale est prête à l'emploi sous la capuche. La sangle d'un feu à éclat enserre mon bras. Celui qui est relevé de son quart la fixe au bras du suivant. C'est, symboliquement, la transmission du flambeau. De plus, j'ai dans ma poche, à côté du Mars, une microscopique radio VHF. Ainsi, si je tombe à l'eau, je peux allumer ma lampe flash, appeler au secours puis déballer mon Mars en attendant de l'aide. C'est comme ça, quand on est un petit marin, il faut mettre toutes les chances de son côté.
Tiens, au fait, ça fait un bout que je n'ai pas fait de tour d'horizon! Alors je me déplie laborieusement, scrute l'horizon à la recherche d'un éventuelle confrère, sans oublier de jeter un oeil derrière le génois.
Tout va bien. Aucun feu en vue et encore moins de terre. Je retourne avec délice à mes coussins gorgés de rosée. Le soleil se lève dans deux heures.

http://grandcolombier.blog.lemonde.fr/60-la-nuit-en-haut/

59- Das Wetter

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dvedlo027.1240232625.jpgJ'ai également porté sur la carte le découpage des zones de prévisions météo transmises par Radio France International . Chacune d'elle a un nom poétique: Josephine, Açores, Charcot, Ridge, etc. Il y a les zones réputées accueillantes, et d'autres qu'on appréhende d'aborder. Mon obsession, c'est Ridge, qui est à mi-chemin entre les Açores et Saint Pierre. Les statistiques des pilot charts sont sans ambiguïté: c'est là que passe la plupart des perturbations. Pour l'instant, inutile de se faire peur, nous plongeons dans les secteurs açoriens et l'anticyclone est bien à sa place. Nous ne risquons pas grand chose, si non l'absence de vent et l'épuisement de nos réserve de vin.


On reçoit RFI sur une des douze fréquences allouées à cet émetteur. La réception est extrêmement mauvaise. Le son vient, s'évanouit dans un fond de parasites, puis réapparaît... A l'heure dite, carnet et crayon en main, j'essaie de noter la météo. La dame qui parle n'a probablement jamais posé son auguste à bord d'un Pogo1. Elle se débarrasse de sa tache au triple galop. Ou alors, les contraintes de l'antenne la poussent-elle à se débarrasser de cette corvée. Combien de temps encore RFI rendra-t-il ce service gratuit? Il y a sans doute moyen de faire plus d'argent en vendant des services par satellite.


Les prévisions sont précédées d'une émission sur la mer. La voix féminine est plaisante, les sujets sont intéressants. De grands marins content leurs exploits. C'est la fête à Saint Malo, Dunkerque ou Arcachon. On devine le vent dans les drapeaux, les lunettes de soleil et les rondelles de citron dans le Perrier.

Fatalement, la qualité de la réception se dégrade à l'annonce des prévisions par zone et le son se noie dans les parasites au moment précis où on aborde notre secteur. Je tends l'oreille, devine la position des dépressions, mais la pointe du crayon reste figée sur le papier à l'approche de Charcot: pourquoi tant de haine? Bizarre tout de même que ce phénomène se reproduise systématiquement au fur et à mesure que nous progressons. A moins qu'il s'agisse d'une affection psychosomatique, mêlant parasites et peur de l'avenir, pour m'affecter d'une mystérieuse viscosité mentale?

Pour l'instant, le soleil filtre par les hublots et découpe de grands carrés de lumière qui glissent sur les murs de la cave au gré des vagues: pas un jour pour mourir en mer.

"Pas de coup de vent prévu sur nos zones."

Je sélectionne notre station favorite, Deutsche Welle. Ce n'est pas réellement notre favorite, mais c'est la seule que nous recevons régulièrement sur une de ses deux fréquences. Elle nous donne des nouvelles du monde en allemand, langue chère à nos coeurs. Il s'agit maintenant de baraques à frittes à la sortie des cinémas d'antan. Des vieux expliquent combien le rituel de la saucisse-fritte-mayo était important après le spectacle. "Das war die Kulturstunde!" déclare le commentateur avec un sérieux très germanique. Stéphane éclate de rire. Lui, le photographe d'art a une autre conception de la culture.

J'me f'rais bien un petit chien chaud, moi...

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58- la carte en papier

J’utilise la carte “conforme oblique” de la route du rhum. Elle représente tout l’Atlantique du nord de l’Ecosse jusqu’au Brésil. Les continents sont déformés:étroit au nord, l’océan s’évase en direction de l’équateur. La carte se rapprochant le plus de la réalité de notre globe est la mapemonde. Hélas, elle est encombrante et le dessin des routes malaisé. Notre carte est tordue, mais quand on dessine une ligne du point A au point B, on a la certitude que c’est le chemin le plus court. Ce n’est pas évident sur les autres types de projection utilisées pour représenter la surface de notre vieille terre. Bref, croyez moi sur parole, c’est la carte qui convient.

La notre a vieilli prématurément. Elle a enduré les coups de gomme, les pliages, les ratures et l’humidité des tentatives précédentes. L’impression a même disparu en certains plis, mais qui aurait l’idée de naviguer sur un pli de carte?

Le principe est simple: je reporte sur le papier les coordonnées géographiques que m’indique le GPS. La carte étant à très grande échelle, les points se succèdent à courte distance et le repérage est vraiment difficile. Avec un petit compas, je trace des recoupements qui, à quelques heures d’intervalle se contredisent parfois. D’abord, je suis assis de travers car il n’y a pas de siège en face de la table à carte. Ensuite, Hozro n’est jamais immobile et la pointe du compas tremblote avant de se ficher dans le papier ramolli. Je ne reviendrai pas sur les effets du mal de mer. Reporter un point quand on est malade nécessite une volonté à toutes épreuve et pas mal de coordination des gestes pour pécher à la volée le seau salvateur sans se ficher le compas dans l’œil.

Le trait pousse sur la carte comme la tige d’un haricot qu’on aurait fait germer dans une boite en fer remplie de coton humide. Le démarrage est lent, la trajectoire incertaine, quelquefois il progresse spectaculairement. D’autres jours, il manque nettement de vitamines… Heureusement pour le moral, la définition du tracé gomme les courtes périodes de marche arrière que nous avons probablement connues pendant les périodes sans vent. Jusqu’à maintenant, nous avons progressé sans effort en direction du but, l’île de Flores. Le vent est rarement de face, plus souvent de travers, voir arrière comme aujourd’hui.

Alors on a sorti le vieux spi, celui qui sent le moisi à force de trainer dans un coin. On ne peut même pas compter le nombre de pièces qui y sont cousues. Je ne sais s’il l’est d’origine, mais maintenant, il est léger comme une toile d’araignée. Bridé par des écoutes légères, il s’accommode des petits airs. Bartok gère consciencieusement la barre, même si notre sillage marque quelques embardées. J’aime bien me promener sur le pont, sous la gigantesque corole de soie. Le soleil filtre à travers et il fait chaud. Il se dégonfle un peu quand nous descendons une vague, mais reprend rapidement des rondeurs. C’est un miracle, car il n’y a pratiquement aucun vent apparent. Il tient tout seul comme par magie. Quand le vent rencontre cet immense pétale, Hozro accélère, court à la vitesse du vent et donc on ne ressent plus de vent… Comment ça marche?
Flores est exactement à mi-chemin entre la France d’Europe, qui n’est plus qu’un souvenir, et la France en Amérique du nord, but de notre voyage. Nous galopons à 6,1 nœuds de moyenne presque dans la direction souhaitée et dans un confort inégalé.

Nous survolons des plaines, des gouffres, des montagnes. Le monde d’en bas est cahotique. Nous sommes descendus des Monts Charcot, et aujourd’hui, à 7 heures 30, nous voguons à 6320m d’altitude! Plus loin, vers l’ouest, la dorsale Medio-Atlantique culmine à 458m. C’est fascinant.

57- du deuxième seau

Il est temps que je vous parle de notre deuxième seau. Il est, comme la cocotte minute, un héritage de mes grands parents périgourdins. On trouve peu de modèles identiques sur le marché. Tapez “seau hygiénique” dans le moteur de recherche d’eBay, et vous trouverez aisément des seaux de collectionneurs, des antiquités impropres à un usage en haute mer. J’en ai trouvé un à 24€, plus 6,31€ de port, mais il n’a pas le passé de notre seau bleu ciel et on ne peut emporter en mer que du matériel ayant fait ses preuves. Le cahier des charges de ce matériel est simple: robustesse, stabilité, confort et surtout, confiance. La première qualité va de soi pour un objet passant de génération en génération. La troisième est garantie par une lèvre supérieure de bonne section. Le manque de stabilité est le point faible. S’il est aisé de s’asseoir là dessus à terre, même à moitié endormi, même dans le noir absolu, même légèrement éméché, il en va tout autrement en mer, dans des creux de deux mètres et un petit bateau oscillant sur ses trois axes. La première tentative de traversée fut un galop d’essai porteur d’enseignements intéressants. Après mon retour à Loctudy, je confiai au bureau d’étude de Saint Léon sur Vézère le projet d’amélioration du dispositif. Ce petit village, longtemps à l’écart du progrès et des commodités à la mode a su préserver intact un patrimoine et un savoir faire en matière de pots de chambre.

La confiance est le point clé. En effet, sauf à se bourrer de pruneaux d’Agen, la constipation constitue, en mer comme à la montagne, un risque majeur. Comme on sait, ce genre d’obstruction est autant dans la tête que là où je pense. Aussi faut-il mettre toutes les chances de son côté si on veut éviter quatre semaines de torture. On doit aborder le seau de manière positive, voir comme une récompense, éventuellement même comme un petit plaisir de la journée, et non une contrainte.

Le progrès, par rapport à nos expéditions précédentes, réside dans une planche rectangulaire en contre-plaqué de 10 mm, coupée exactement à la largeur du passage entre la table à carte et la cuisine. Elle est percée d’un trou à la dimension du seau. On place cette planche à l’endroit choisi et on introduit le seau dans le trou. Il repose alors sur le sol et voit sa stabilité considérablement améliorée, que l’utilisateur soit assis dessus ou non. Le dispositif est assez perfectionné, car le trou est décalé de sorte que le seau est un peu plus au vent ou sous le vent, selon les gouts et préférences de l’équipier dans le besoin. On peut même se payer le luxe de regarder les fax défiler sur l’écran de l’ordinateur tout en accomplissant son devoir. Le confort a bord est la somme de petits détails du même tonneau.

56- la cocotte

Mon compagnon excelle aussi dans le domaine de la vaisselle. Il puise un seau d’eau propre dans l’océan. Cet exercice est plus difficile qu’on le croit. Je lui ai enseigné la méthode à suivre, mais je dois dire qu’elle fonctionne médiocrement. “Jeter le seau vers l’avant, le laisser se remplir et le remonter quand il passe par votre travers pour éviter qu’il ne vous arrache le bras” En fait, ce seau idiot flotte parallèlement au bateau et ne se remplit qu’en bout de course, au moment précis où c’est le moins commode. Par miracle, nous n’avons perdu ni bras, ni seau. Heureusement, d’ailleurs, car notre deuxième seau avait une fonction très différente.

Le préposé passe le torse à l’extérieur par la porte de la grotte et fait la vaisselle dos à la marche. J’ai écrit “préposé” par pudeur. En fait, à ma plus grande honte, c’est toujours Stéphane qui s’y colle. Les ustensiles sont posés au fond du cockpit. Je l’imagine agenouillé au bord de la Vézère sur sa planche à laver en train de frotter le linge. Ma grand mère faisait comme ça autrefois, du temps où il n’y avait pas d’eau courante à la maison. Il brosse consciencieusement assiettes et couverts, y compris les boites de conserve pour éviter qu’elles n’empestent après quelques jours au fond d’un sac poubelle. La vaisselle est donc vite et bien faite. A partir du courant glacial du Labrador, elle le sera plus vite que bien!
Le plus gros morceau est la cocotte minute. Un héritage de ma grand mère, comme ce deuxième seau dont je ne parlerai pas… Cet autocuiseur, de taille monstrueuse pour une minicuisine, nous rend des services inestimables. Il permet notamment de faire cuire des nouilles ou du riz sans risquer de s’ébouillanter. J’ose à peine imaginer les dégâts causé par un tel obus en cas de chavirage, mais la situation ne s’est pas présentée. Stéphane a une manière très particulière de manipuler la cocotte. Il l’empoigne par le bouton central du couvercle et la déplace à bout de bras en utilisant naturellement la force centrifuge. Il est capable de la rincer dans le courant car il a, contrairement à moi, le bras long. Alors que nous sommes à proximité du Mont Charcot et que nous nous préparons à sustenter nos estomacs, il saisit la cocotte par son bouton, jette un coup d’œil circulaire pour chercher un endroit propice et, faute de mieux, fait le geste de poser l’objet au fond du carré. Comme on sait, le bateau est en matière plastique. Entre l’eau et nous, il y a quelques millimètres de résine synthétique. Trois mille mètre plus bas, le fond de l’océan… Pris d’un doute, il me regarde dans les yeux et, sans un mot, repose la cocotte sur le réchaud. Je crois que nous n’étions psychologiquement pas prêts pour ce genre d’expérience. Je ferai, à mon retour, des recherches sur le web, pour savoir si on peut sans risque poser une cocotte minute brûlante au fond d’un Pogo1. Le bateau, insubmersible, ne risque pas grand chose, mais ça m’embêterait de perdre la cocotte familiale.

Cet instant de complicité et le rire qui s’en suit font partie des bons moments de la croisière. Stéphane s’adapte parfaitement aux conditions difficiles de vie sur un mini, mais aussi aux contraintes de mon caractère. Ces qualités en font un associé idéal. Voiles et Voiliers site Jacques Perret dans son n° d’avril: “Un bateau de plaisance est le procédé de cohabitation le plus ingénieux que l’homme ait inventé pour mesurer son prochain”

55- chabrol

Stéphane a son domaine réservé où il peut exprimer ses talents. Ils sont deux, en fait, mais parfaitement complé- -mentaires: la cuisine et la vaisselle.

Je le concède aisément: je lui laisse volontiers gérer ces deux tâches, à tort assimilées à des corvées, mais de la plus haute importance pour la bonne marche du bateau. Que la vaisselle soit faite en retard, que le seau rempli de couverts et d’assiettes sales traîne un peu trop longtemps dans un coin du carré, et me voici contrarié. Je vois déjà tout le bazar voler d’un bord à l’autre en cas de virement, l’huile de sardine sur la table à cartes, un fond de lait sur mon sac de couchage. Mes craintes sont déplacées, car le plus souvent, Hervé règle le problème en un tour de main. D’ailleurs, je n’ai rien à dire car si je ne suis pas content, je n’ai qu’à faire la vaisselle moi-même.

J’ai un peu honte, certes, mais Stéphane semble tenir à la séparation des pouvoirs. J’ose même le questionner sur l’heure qu’il est, sentant un petit creux faire sa place dans mon estomac. Innocemment, je spécule sur le temps universel et le calcul de l’heure du bord. Nous sommes partis de La Rochelle en été en heure locale TU-2 heures. Compte tenu d’un décalage de 15 minutes par degré de longitude, il est localement 11 heures 15. Trop tôt pour réclamer à manger. Pourtant, j’ai faim…

Le réchaud est placé à bâbord. Selon l’angle de gîte et son sens, le cuisinier jouit d’un confort de travail qui va de passable à carrément exécrable. Au prés serré, la situation devient vraiment périlleuse. J’ai vu le cuisto, arcbouté d’une main à un équipet, tenant de l’autre la poêle à frire, accomplir stoïquement son devoir. J’avais prévu quantité de plats lyophilisés, car ils sont faciles à ranger… mais pas à manger. Après un ou deux essais, nous avons sélectionné un dessert, intéressant par sa consistance et sa couleur. Il eut fourni un excellent emplâtre en cas de voie d’eau… Le premier avait un goût d’abricot, mais l’étiquette était formelle, cette préparation ne comportait pas la moindre trace d’abricot. Plutôt rassurant quand on sait le nombre de gens allergiques à ce fruit! La couleur était attrayante, la quantité suffisante.

Stéphane fit une autre tentative, à l’époque de mes embarras gastriques. Il me prépara des nouilles chinoises, espérant me faire plaisir. J’espère que les poissons ont aimé… J’ai versé discrètement le contenu du sachet par dessus bord. Étrangement, c’est lui qui coinça un jour avec une superbe préparation de gelée à la fraise…

La procédure ne varie pas. Notre coq rampe sous le pont bien mieux qu’au dessus. Tel une taupe jaune fluo, il fouille caisses et sachets en plastique, à la recherche de la merveille qui égaiera notre quotidien. Bien que pratiquement aveugle, son odorat développé garantit qu’il fera marche arrière sur les coudes, un trésor dans chaque main. Nous fîmes festin d’une boite de potée auvergnate et d’une canette de bière, de ces vieilles boites datant de notre première tentative. Le fer est rouillé, mais le contenu prodigieux. Une conserve de choucroute garnie du même tonneau renouvela ce plaisir quelques jours plus tard.

La spécialité du bord est le couscous-sardines. Un repas froid à priori, mais Stéphane y ajoute une boite de petits pois chauds, qui donne à l’ensemble une température et un arome indéfinissables. Les sardines sont dressées en étoile sur la semoule criblée de petits poids et, parfois, un petit piment rouge se prend pour la cerise sur le gâteau. Le soir, place a l’éternelle soupe instantanée. Poireaux, champignons, tomates… Un pâté de porc, bien connu de tous les matafs du monde, servi en tartine sur quelques crackers et accompagné d’une gorgée de vin du Roussillon sert d’apéritif.

A ce propos, on peut s’étonner de la présence de vin rouge à bord d’un mini. Nous avons vivement regretté l’emport de ce container de trois litres: il fut tout à fait insuffisant. Nous aurions aisément bu deux ou trois fois plus de ce breuvage aux vertus reconnues depuis l’antiquité. “Quand je mourrai, je donnerai un sourire au vent qui passe, au flot qui chante, au soleil qui brille ; je donnerai mon coeur à ceux que j’aime et je laisserai tomber une larme dans le verre qui m’aura consolé.” Fulbert Dumonteil Tous les soirs, il y a l’apéritif et la soupe. Deux gorgées pour l’apéro et un fond de verre pour le chabrol, une recette raffinée enseignée midi et soir par mon grand père Auguste. On garde un peu de soupe chaude dans l’assiette - si possible de la soupe au “vomisselle” comme dit Ursel - et on y ajoute le vin rouge. Le meilleur, c’est le rouge des Tuillières, mais il se fait rare… Ce breuvage magique vous donne une pêche incroyable. Il est déconseillé aux enfants en bas âge et aux dames, mais a la réputation de donner du “sang” aux femmes enceintes. Par prudence, nous cesserons ces pratiques à l’approche des eaux territoriales canadiennes.

Avant de trinquer, il y a l’offrande au Vieil Homme. Et là, il y eut hélas du gaspillage:
Un beau soir, Eole est en forme et nous force à un prés assez virile, nous nous préparons à diner à la Cave plutôt qu’en surface. Stéphane retient mon coude avec fermeté: “Et le Vieux?” Sacrilège! Voulant réparer l’outrage, je passe un bras et la tête à l’extérieur et envoie avec vigueur le contenu de mon verre par dessus bord. Pas une seule goute n’atteint l’élément salé. J’ai purement et simplement oublié que nous naviguons bâbord amure et que le vent apparent souffle vigoureusement du travers avant . Toute la partie du bateau en arrière du rouf est constellée de gouttelettes de vin. Mon visage également. Mon offrande à Neptune a été vaporisée par la puissance du courant d’air. Je suppute une quelconque rivalité jalouse entre les dieux. Eole a ravi à Neptune l’offrande qui lui était destinée!

J’expédie donc un autre verre, sous le vent cette fois, mais avec une pensée émue pour le premier qui ne profitera à personne.

54- froid au c.

13/05/08 20:40Z 45 15 53N 12 40 29W
s 2,7kts/h 270 W 129°/9,3kts 1008HPa

Les nuits sont très humides. Même quand il ne pleut pas, la rosée couvre le bateau d’une pellicule d’eau qui transforme le pont en patinoire. Le ciré, trempé, décuple l’impression de froid. Pourtant, il faut bien rester là et guetter le trafic éventuel. Je déteste avoir les fesses mouillées! Mon pantalon à beau être renforcé en cet endroit stratégique, il ne peut être étanche pendant des heures. Ensuite, il a un mal de chien à sécher. Je prends le taureau par les cornes et adapte un vieux truc qui m’a déjà sauvé la vie lors des attentes interminables précédent les départs de courses à vélo de montagne: le sac poubelle. J’en choisis un bien grand dont je me fais une jupe du plus bel effet. Ce matin, c’est moi qui ferai l’infirmière!

La houle est longue et régulière. Il y a toujours aussi peu de vent, mais il est bien orienté. Le mur de nuages bourgeonnants et ses voiles de pluie perd du terrain. Il dessine un vaste disque de ciel intégralement bleu dont nous suivons un diamètre. Stéphane est allé se reposer en prévision du premier quart de nuit. Je suis allongé le long des filières, la tête appuyée sur le bidon d’essence. Je dessine mentalement la courbure de la perturbation et la compare à sa représentation sur l’écran que m’a envoyé CLARK (voir le chapitre sur la réception des fax)

La mer est argentée. Hozro glisse sans heurt. L’océan est en pente douce. Nous montons lentement, en compagnie d’oiseaux économes de leurs efforts, vers la crête derrière la quelle le soleil se noie. “Quand on y va, on y va!” Je ressens pour la première fois en deux ans une chose étrange: nous sommes partis. Nous avons contourné le cap Finisterre et le point milieu entre la France et les Açores est derrière nous. Il n’y aura pas de demi tour. Nous sommes en mer, pas en équilibre précaire comme une flèche qui n’aurait plus assez de vitesse et hésiterait à piquer vers le sol: nous avons suffisamment d’élan pour aller très loin maintenant. J’ai le sentiment que ceux qui nous regardent progresser sur l’internet l’ont compris aussi. Notre destin est en haut de la côte.

53- alleluia!

Un enchaînement d’évènements extraordinaires confirme que nous naviguons sous une bonne étoile.

Nous appliquerons désormais une procédure rigoureuse lors des changements d’aérien, inspirée du travail en équipe dans les blocs opératoires. Stéphane fera l’infirmière, et moi le grand patron. Les objets devront être tendus sans hésitation et lâchés uniquement sur ordre.

Justement, c’est “la grande” qui bat la mesure et Bartòk joue inlassablement sa petite musique. Il est aisé, dans ces conditions, de relâcher la vigilance visuelle et de s’abandonner à la méditation. Par chance, je lève la tête et mon regard est attiré par l’aspect étrange de la mer droit devant. Je passe à l’avant du génois pour mieux observer le phénomène. A quelques encablures, l’eau fait une tache rectangulaire presque lisse au milieu des vaguelettes alentour. Quelque chose, sous l’eau, en perturbe l’écoulement. Qu’est-ce que c’est? A quelle profondeur se trouve cet objet invisible qui doit être au moins quatre fois plus grand qu’Hozro? Je cours à l’arrière et presse de côté la girouette du régulateur. Mince, ce n’est pas le bon côté! Je l’incline de l’autre et Hozro abat sagement. Nous parons l’obstacle, réel ou imaginaire, et malgré la faible distance, je ne distingue rien sous la surface. Était-ce un conteneur entre deux eaux ou une baleine ayant sondé?

Plus tard, vient la corvée de générateur. L’ordinateur a besoin d’énergie, de même que les instruments et la loupiote en tête de mât. On le pose dans le cockpit, bien vertical, car ces petits moteurs ne supportent pas le moindre défaut de lubrification. Il ronronne et insuffle dans les câbles de cuivre le fluide électrique qui va regonfler les batteries. Hélas, j’ai négligé de l’assurer avec un petit bout car la mer me semblait clémente. Fatale négligence! Une vague dont je n’avais auguré la violence nous prend par le travers et retourne le générateur qui se retrouve les quatre fers en l’air, comme une drôle de tortue jaune agonisant. Cette couleur est à la mode à bord… Il ronfle encore quelques secondes puis trépasse. Cet incident me contrarie beaucoup, car l’appoint du générateur permet un suivi régulier de la météo. Sans lui, il faudra rationner les consommations, et espérer que les deux petits panneaux solaires, d’une manipulation laborieuse, seront aptes à entretenir la charge des batteries.
L’objet gît là au fond du cockpit, en pièces détachées. Le manuel dit qu’en cas d’absence d’étincelle à la bougie, il faut débrancher le câble violet. Or, il n’y a pas de câble violet!Nous retournons chaque pièce en tous sens: il n’y a pas de câble violet! Alors nous décidons de tout remonter. J’ai l’impression de ne pas avoir les yeux en face des trous. Il me manque le shéma mental clair de l’ordre de remontage. Mon état général médiocre, après le jeûne forcé, en est-il la cause? Alors intervient le divin incarné en Stéphane: il prend cet axe, enfile ces rondelles, place le tout dans une des coquilles jaunes qu’il recouvre de sa jumelle. Tout s’emboîte, il n’y a plus qu’à placer les vis. Ce soir, le jaune canari est plus que la couleur de l’espoir, c’est la couleur du miracle. Stéphane, qui a besoin d’habitude de tester le sens de rotation d’un winch avant de tourner un cordage dessus, n’a pas pu réaliser ça tout seul: il était en état de grâce.
Même s’il a retrouvé son intégrité, le moteur affiche toujours un électroencéphalogramme de la bougie complètement plat. Allumage du deuxième étage du miracle: je distingue un fil par la petite trappe de remplissage d’huile. Il est tout sauf violet. “C’est celui-là!” dis-je sans hésitation, tant est palpable l’inspiration divine. Je le débranche et l’étincelle jaillit! Un quart d’heure plus tard, une fois épongée l’huile maculant le cockpit, l’électricité coule dans les veines d’Hozro. Nous étanchons notre joie d’une canette rouillée de bonne bière d’Alsace.

Nous ne le savions pas encore, mais il s’agissait d’une trilogie miraculeuse.
Nos quarts sont immuables. Ils sont dictés par la culture et la physiologie de chacun. J’aime bien me coucher tôt et Stéphane passé minuit. Ça s’emboîte à merveille. Ainsi, tout en dissimulant soigneusement mon plaisir à quitter la douceur de ma couche, je me lève vers 1 ou 2 heures du matin et veille jusqu’après le lever du soleil. Puis c’est à nouveau le tour de mon compagnon. Ainsi, aujourd’hui, après ma sieste matinale, je passe la tête par la petite porte et fait un tour d’horizon du cockpit, des cordages et ficelles pour me faire une idée de la sauvagerie de la bataille. Un détail, seulement visible par un esprit au pessimisme chronique, me glace d’effroi! L’accouplement du safran bâbord a lâché. Il se balade librement au gré des remous, le bateau n’étant plus gouverné que par le safran tribord. Vus l’état de la mer et la maigreur du vent, nous ne risquons pas grand chose dans les minutes à venir, mais l’horizon de l’expédition s’est obscurci. Je fais part de mon horreur à Stéphane qui, sans doute perdu dans des pensées plus élevées, ou ne saisissant pas toutes les subtilités de mon langage, ne la partage visiblement pas. Le joint en caoutchouc qui accouple le safran à la barre de liaison (ils en ont quand même de la chance, eux!) pend lamentablement, retenu par un ou deux filets du pas de vis. Que personne ne bouge! Je m’allonge dans le cockpit, me glisse entre les jambes de Bartók et saisis l’objet entre deux doigts. Sauvés! Enfin presque. Il faut réussir le remontage, en évitant de faire tomber quoi que ce soit à l’eau. Quelques minutes plus tard, le safran bâbord peut reproduire fidèlement le moindre mouvement de son frère à tribord. La réparation a réussi. Je m’émerveille en suivant la chaîne cinématique qui transforme les hochements de tête de “la grande” en lents mais fermes marsouinages de la pelle immergée, puis traction des drosses sur la barre au travers de poulies nerveuses et enfin angle d’attaque avisé des deux safrans jumeaux. Ça vaut bien tout un réseau de courroie plates dans l’atelier d’un menuisier, le ronflement des réas étant remplacé par les doux accords de nos instruments d’inox.
Nous sommes saisis par la grâce. Hozro sera-t-il béatifié? Des millions de pèlerins viendront-ils se ressourcer en cet endroit dont j’ai soigneusement relevé les coordonnées géographique? Neptune nous a envoyé trois signes. A nous d’en être dignes. Une charte de bonne conduite est immédiatement approuvée par l’équipage: plus aucun rejet volontaire à la mer, même parfaitement recyclables par les bernard l’ermite comme les canettes de bière; partage obligatoire avec Neptune de toutes les boissons agréables comme le Côte de Buzet, par exemple; séance d’autocritique, voir de mortification en cas de pollution accidentelle par négligence.

L’effet est immédiat: je réclame des flocons d’avoine trempés dans du lait en poudre. Je suis guéri! Alléluia!

52- la fin

11/05/08 12:40Z 45 12 12N 08 26 44W
s 4,3kts h 275°T W 050°/07kts

Si vous ne deviez lire qu’un seul article, j’aimerais que ce soit celui-ci.
La girouette en bois est rangée dans un équipet. Elle ne risque plus rien. Je devine de l’animation à la “cave”. Stéphane s’habille, déplace toutes sortes d’objet, plonge dans le garde-manger. La bouilloire tinte sur le réchaud.
Il passe la tête par la porte, tenant à deux doigts devant son nez un bol de lait dans lequel trempent des flocons d’avoine. La cuillère tribord (la verte) tient toute seule dans l’espèce de bouillie compacte.
“Petit dej‘?” demande-t-il avec un sourire radieux.
Ayant perdu depuis plusieurs jours l’usage de mon tube digestif dans le sens descendant, je prends le temps d’une courte réflexion avant de lancer un “Why not?” parfaitement adapté à la nature de la pitance proposée (du poridge, en fait)
J’avale de petites cuillerées de nourriture, racle consciencieusement les angles du récipient et en lèche les bords avec délice.
Fin du mal de mer.

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