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créé le 02-03-2009

Ce qui est écrit dans ce blog n'est jamais arrivé. Heureusement, car c'eut été déraisonnable pour un quinquagénaire chargé de famille. Voir aussi  http://grandcolombier.blog.lemonde.fr/skippeur-virtuel/ qui propose une photo presque chaque jour.

65- réseau en vue

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20/05/08   09:15Z   38 43 39N / 27 03 21 W    CAP315   VITESSE 3kts au moteur    VENT 278°/02kts   PRESSION 1019 Hpa

imgp3541.1243439376.jpg"J'ai vu une lumière et puis plus rien!"

 

Stéphane a entre-aperçu  un phare du côté de l'aéroport de Terceira que je lui avais demandé de surveiller pendant son quart. Désormais c'est mon tour, mais le couvert nuageux très bas coupe toute visibilité vers le haut. Or les Açores sont plutôt montagneuses.

 

Je tire un long bord vers le sud-est. Je vais essayer de bien viser pour entrer directement dans le port. Le jour ne va pas tarder à se lever. Stéphane dort. Je lui suis gré de me laisser le privilège de ces instants précieux.

 

Mon téléphone cellulaire est dans la poche de mon ciré, celle qui est doublée de fourrure polaire. J'ai la main dessus. De nos jour, on ne crie plus "Terre!" On dit "Ça y est, j'ai du réseau!" J'ouvre le clapet. Non, toujours rien.

 

Le ciel rosit. Des formes incongrues émergent de l'obscurité. L'horizon à tribord se pare de formes sensuelles: l'autre monde est là, tout près.

 

Il fait trop sombre pour que je puisse repérer le port. J'attends le signal du GPS. Aller, encore un chouïa! Pilz a repéré la proximité d'un radar. Il me gratifie de ses petits cris de grillon. "Crouik! Crouik!"

 

Ça y est, le port gît à 100° sur tribord. "Paré à virer?" dis-tout haut, sachant que Stéphane dort à poings fermés à la cave. Ce n'est pas grave, il est enfilé dans le trou à rat et n'aura qu'à se retourner quand la gîte s'inversera. Je pousse sur la girouette et Hozro obtempère. Le vent a faibli et tout se passe en douceur. Il ne me reste qu'à ranger les "nouilles" dans le cockpit.

 

Le soleil matinal chasse les nuages. Les couleurs sont d'une grande douceur. Le vent est en train de mourir. On devine maintenant les taches blanches des bâtiments, le bateau d'un pêcheur filant des casiers. Les cristaux liquides qui viennent d'apparaitre sur l'écran de mon téléphone sont les petits cailloux blancs qui me ramènent à mon ancienne vie. L'émotion est trop forte pour être partagée. Dors encore un peu, Stéphane!

 

" Allô? C'est moi..."

 

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64- bonjour Praia!

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19/05/08   20:40Z   39 03 46N / 26 20 16 W   CAP220 VITESSE 4,32kts   VENT 270°/12kts   PRESSION 1019 Hpa

 

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A ce cap, nous n'atteindrons pas Praia da Vitoria. Notre route est trop au sud.

Le pire, c'est que le vent nous pousse vers un alignement de grosses bouée très espacées vers la quelle converge notre trajectoire. Je n'ai aucune idée de ce dont il s'agit. Est-ce ça, un filet dérivant? A quelle profondeur se trouve le filin? Je refuse de risquer un emmêlage autour de la quille ou des safrans. Hop, on vire de bord une première fois! J'ai l'impression que ce truc fait des kilomètres.

 

Virer de bord avec un voilier ordinaire, c'est altérer sa route d'au moins 90° Avec Hozro, c'est même pire. Seuls quelques voiliers spéciaux arrivent à faire mieux, mais en aucun cas on ne peut remonter directement face au vent. C'est mécaniquement impossible. Naturellement, cette manoeuvre n'est pas anodine: il y a un monde entre aller tout droit vers un point ou bien s'en rapprocher en montant, dans le meilleur des cas, des marches d'escalier. Par chance, le bord actuel est dans la bonne direction. Mais je ne souhaite pas commencer à louvoyer trop tôt pour rejoindre notre escale, car qui sait comment sera le vent dans 12 heures?

 

On ne voit plus les bouées orange. A gauche toute. Vingt minutes plus tard, elles réapparaissent. Ce "machin" est interminable. Encore heureux qu'il fasse jour et grand soleil. C'est fou tout ce qu'on peut voir flotter comme cochonneries sur l'eau. La vue d'un objet non identifié fait même partie des petites distractions du jour. Qu'est-ce que c'est? Il nous arrive même de changer de cap pour "aller voir" quel est le trésor qui vient à notre rencontre. La plupart du temps, il s'agit d'une bouteille d'huile de cuisine. Cet objet est probablement celui qui est le plus couramment jeté par dessus bord. De plus, il flotte très bien et offre une grande prise au vent. On dirait aussi qu'il est totalement inaltérable. Cette bouteille jaunie qui nous croise vient peut-être de Floride qui sait?

 

Paré à virer? Reprendre la bastaque sous le vent. Pousser la barre. Baisser la tête. Bateau à plat, relacher la bastaque au vent. S'assoir de l'autre côté du cockpit sans quitter l'horizon des yeux. Reprendre la tension de la bastaque nouvellement au vent. Finir d'engueuler le copain qui n'a pas bordé le foc assez vite...

 

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63- adieu Flores

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18/05/08 04:40Z 40 47 19N / 23 54 24 W CAP255 VITESSE 5,94kts VENT 283°/16kts PRESSION 1021 Hpa

 

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La nuit fut agitée et humide. Pas facile de trouver une position confortable dans le cockpit quand la pluie tombe à verse et que les vagues viennent vous lécher les fesses. Le moins pire, c'est de s'assoir à moitié dans le passage de la descente, une main sur le winch (treuil aidant à tendre les cordages) du rouf, un pied sur la marche en bois. On épargne la plus grande partie du corps et on baisse la tête quand une vague claque sur l'étrave. L'inconvénient, c'est que beaucoup d'eau ruisselle dans le carré au fond du quel une petite flaque va et vient au rythme des secousses.


De toutes manières, il ne sert presque à rien d'assurer une veille visuelle, tant les rideaux de pluie réduisent la visibilité! On a l'impression de ne rien voir au delà de la longueur du bateau. Pourvu que l'AIS et "Pilz", le détecteur de radars, remplissent pleinement leurs fonctions!

La situation ne s'améliore pas au niveau de la route fond. Hozro qui, décidément veut nous imposer sa volonté, pique vers le Brésil au travers des Açores. Il connaît le chemin.

Pour rejoindre Flores, il faudrait lutter contre le vent, tirer des bords, espérer une rotation de la girouette que les prévisions météo n'augurent pas du tout. Je consulte mes documents. Je ne voudrais pas perdre une miette de la distance gagnée vers l'ouest. Il nous faut donc accrocher au passage une des îles du groupe central des Açores, sans obliquer vers le sud et encore moins vers l'est. La flottille de la Grande Traversée 400 a rendez-vous à Ponta Delgada. Cette escale ne répond pas à notre cahier des charges: trop à l'est. Serait-il possible d'atteindre sans trop de contraintes l'île de Terceira? Son port principal est Praia da Vitória. Sur le papier, l'affaire se présente bien.
GOTO PRAIA (gotou = on va vers ... sur le GPS) Relèvement vrai 234° , 137NM à parcourir. Notre route vraie oscillant autour de cette valeur, nous avons des chances de jeter l'ancre là-bas.
Mine de rien, nous sommes sur le point d'atteindre les Açores. Des bouffées euphoriques m'envahissent. Je lutte contre cet excès d'optimisme en me donnant des gifles, au sens propre. Non, nous ne sommes pas arrivés. Nous ne sommes même pas à la moitié du parcours.

 

18/05/08 20:40Z 39 55 48N / 24 77 48 W CAP205 VITESSE 3,78kts VENT 247°/21kts PRESSION 1019 Hpa

 

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62- clignotant à gauche

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17/05/08 04H40Z 42 17 21N / 22 15 56W CAP245°T VITESSE 6kts VENT 317°/14kts PRESSION 1019 Hpa

Il fait soleil. La mer arbore ses couleurs de fête. Au loin, une tache blanche grandit. C’est un chalutier. Il y a bien longtemps que nous n’avons pas rencontré de bateau. Je ne sais pourquoi, mais c’est un peu inquiétant. Quelques jours en mer et déjà on se croit seul au monde. Il nous croise par notre tribord en nous ignorant royalement.
Le vent refuse peu à peu. Il faut ajuster les voiles, accepter la gîte qui s’agrave. Sur le livre de bord, j’écris ” mauvais cap, mais excellent repas” Effectivement, notre belle trajectoire vers Flores s’infléchit un peu vers le sud. Dommage! Moi aussi, je refuse: pas question de s’auto-flageller en serrant le vent au plus près. L’expérience de la première tentative a montré que les conditions de vie deviennent intenables à long terme à cette allure: ça cogne, ça mouille et ça n’avance pas. Pas question non plus de virer de bord et donner un grand coup de barre au nord: nous sommes taillés pour le ciel bleu et les coups de soleil, pas pour la navigation de combat. Laissons nous donc tomber un peu sous la route prévue. Demain sera un autre jour… Dés le départ, j’ai prévu que nous descendrions au sud autant que nécessaire en laissant le bateau filer à son aise. En principe, notre trajectoire devrait s’incurver vers St Pierre quand nous aborderons les vents dominants de sud-ouest de l’autre côté de l’anticyclone des Açores. De toutes façons, il y a la contrainte des glaces flottantes qui descendent de la mer du Labrador en cette saison. La flottille de la Grande Traversée 400 doit laisser au nord un point qu’ils ont nommé “S” et qui garantit l’évitement des glaces. Justement, elle est où la flottille? Nous sommes partis 3/4 d’heures après eux et nous n’en avons pas vu un seul, malgré la pétole.

Tiens, quelles sont les prévisions pour demain? Il est fastidieux de rechercher les horaires des émissions de radio-fax dans mes documents. Alors quand j’en trouve un intéressant, je le note au crayon de bois sur la cloison (presque) blanche à côté de la table à carte. Le mur se couvre peu à peu de graffitis. On se croirait dans une cellule de prison. Manque plus qu’un coeur et une flèche… ou un gros zizi obscène!
Les pressions vont rester élevées, mais la queue d’une perturbation va nous balayer, comme celle d’une vache qui cherche à éloigner les mouches.
Après, le vent s’installera à l’ouest en faiblissant. Justement, loin, loin à l’ouest, il fait vraiment mauvais. Les dépressions se suivent en chapelet sur la côte est de l’Amérique du nord. On s’en fiche, dans quinze jours, il y fera beau puisqu’il y fait un temps de cochon maintenant. Peut-être…


17/05/08 04H40Z 42 17 21N / 22 15 56W CAP245°T VITESSE 6kts VENT 317°/14kts PRESSION 1019 Hpa


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