Profil du skipper virtuel
Posté le 08/02/2009 | Vendée Globe virtuel
Mich vient de remporter le Vendée Globe sur FONCIA, et Hugues la course virtuelle équivalente sur INDERWELTSEIN.
Mich avoue en interview que 80% de cette réussite est liée à la préparation en amont, et 20% à la course elle même... Cela est sans aucun doute vrai pour quelqu’un de son expérience, et les proportions doivent en effet avoir tendance à s’inverser complètement pour les moins aguerris à l’exercice !
Pour les régates virtuelles, on peut également se poser la question suivante :
Comment être le plus performant possible ?
N’ayant pas terminé cette course virtuelle, je n’apparais peut être pas comme le plus légitime pour y répondre, mais bon, n’oublions pas que les compétiteurs confient rarement (jamais ?) leurs secrets.
La première des choses est de bien connaitre les performances de son bateau (comme en réel d’ailleurs), et c’est donc pour cela que nos 30 skippers réels possèdent tous les polaires théoriques de leur bateau. D’ailleurs, tous synthétisent ces informations au moyen d’un simple tableau avec,
- en tête de colonne: la force du vent,
- en tête de ligne: l’angle du vent,
- et pour chaque case du tableau: le meilleur choix de voile, par rapport à la force du vent et à l’angle du vent par rapport au bateau.
Dans une régate virtuelle, il en est de même : comment peut-on jouer sans connaitre le fonctionnement de nos bateaux ? De mon point de vue, tous les jeux de régates virtuelles devraient obligatoirement fournir les polaires au format graphique au minimum (les polaires sont des graphes représentant les vitesses théoriques des bateaux suivant la vitesse du vent et l’angle du vent par rapport au bateau). En plus, le fait de ne pas divulguer ces informations à l’effet pervers de tenter les joueurs à regarder de plus près les mécanismes du jeu pour les obtenir...
Une fois que l’on sait comment faire fonctionner son voilier, et quelles sont ses performances aux différentes allures, il faut tracer sa route :
- Dans tous les jeux de régates virtuelles, il existe un laps de temps durant lequel la météo est figée et connue de tous (angle et force du vent). Cette durée peut être de 12 heures par exemple. C’est là que vont intervenir les compétences mathématiques et informatiques pour automatiser les calculs de route : orthodromie, estimation d’heure d’arrivée dans la prochaine case de vent (la zone où l’angle et la force du vent change par rapport à la situation précédente), et méthode des isochrones pour savoir en toute exactitude où il est possible de se trouver dans 12h avant la prochaine carte de vent. Soyons très clair, la question n’est pas de savoir si il est possible de faire un programme qui précise tous les endroits atteignables en 12h de temps (ou plus): C’EST POSSIBLE ! Cela revient seulement à utiliser la méthode des isochrones « à la » MaxSea sur la carte de vent en prenant en compte la position actuelle et les performances du voilier (les polaires donc)...
J’en vois déjà certains hurler à la lecture de mon billet, que ce type de programme, ou l’utilisation de MaxSea (ou équivalent avec le fichier GRIB qui va bien) vont tuer les régates virtuelles...
Erreur, c’est là qu’intervient un autre domaine de compétence : en effet, si nous sommes dans une régate virtuelle de longue haleine (plusieurs jours ou semaines), alors il faut également des compétences sur les prévisions météos, comme Jean-Yves BERNOT par exemple...
Lisez et apprenez ! : http://www.voilesetvoiliers.com/club/blogs/voir/jyber
Une fois que l’on maitrise la route et le temps (au sens horaire du terme), et que l’on croit maitriser les prévisions météo, il reste le problème de la disponibilité (tout le monde n’est pas étudiant ou retraité !) : en effet, ce type du jeu demande tout de même de la disponibilité lors des manœuvres clés (changement de case de vent, et changement de carte de vent). Le plus simple (mais pas le moins onéreux vu le prix des forfaits !) reste le téléphone mobile avec accès à Internet, et il suffit alors de programmer en mode réveil son téléphone pour agir correctement et au bon moment sur son cap et ses voiles virtuelles, de jour, comme de nuit.
De mon point de vue, et si on est un peu compétiteur, le profil type des vainqueurs de régates virtuelles doit être le suivant : une seule personne (ou un duo) capable à la fois
- D’avoir MaxSea (ou équivalent), ou de développer ses propres outils informatiques de calcul de route (orthodromie + ETA + méthode des isochrones), Excel restant le minimum du minimum du minimum,
- et de faire de l’analyse météo et du routage météo sur 24h, 36h, voir plus...
50% Homme 50% Machine 100% BERNOT !!!
Conclusion
Pour conclure, gardons bien en tête qu’Hugues est programmeur (Linux) avec une jeunesse de compétiteur en Optimist : quand je vous dis qu’il faut avoir le meilleur des deux mondes en terme de compétences !
De mon côté, je viens malheureusement de découvrir trop tardivement le blog de Jean-Yves BERNOT sur Voiles et Voiliers, et je dois admettre que je suis frustré et agacé : pas pour ce retard, mais j’ai l’énervante sensation que l’on m’invite à déguster un grand millésime de Petrus, mais que mon niveau de culture en œnologie est bien trop faible pour l’apprécier à sa juste valeur...
Aussi ce dimanche matin, j’ai couru chez mon dealer local acheter une des « bibles » de ce sorcier météo (il a été le routeur météo d’Ellen Mac Arthur pour la route du Rhum, et celui de Mich pour la Transat anglaise).
Il est fort probable que mes prochains billets parleront routage météo et prévisions météos, et que je vous ferai profiter des outils informatiques que je compte développer à des fins pédagogiques et didactiques. En effet, je compte me faire un petit « laboratoire à vent » pour l’hémisphère nord (oui, j’avoue être très attiré par les pays nordiques).
Pour les régates virtuelles, j’arrête, à moins que quelqu’un sorte une formule (payante ou non) mettant tout le monde sur un pied d’égalité en termes d’outils, rendant impossible l’utilisation d’automate ou de robot, et tout en étant largement moins chronophage. Et oui, jouer contre des bateaux automates cela reviendrait à s’imaginer jouer aux échecs par Internet contre un Homme, alors qu’en fait on jouerait contre un vulgaire programme... sans intérêt.
Bont vent réel ou virtuel à tous !
PS : Cette photo est composée pour moitié d’un Terminator, et pour l’autre de Jean-Yves BERNOT !
