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34e Coupe de l’America - AC72 - San Francisco

5 trucs à savoir pour (encore) mieux suivre le live !

S’il y en a parmi vous qui, devant leur écran, peinent un peu à tout comprendre de ce qui se passe en direct à San Francisco entre les deux AC72 de la Coupe, voici un petit B.A.-BA des règles et enjeux.
  • Publié le : 12/09/2013 - 17:35

Là, c"est facileTant qu'on est sur un croisement tribord/bâbord de ce genre, tout va bien... En revanche, quand les équipes qui se disputent la Coupe de l'America déboulent bord à bord, à 40 nœuds sur une marque de parcours, c'est autre chose pour bien suivre ce qui se passe à l'écran.Photo @ Gilles Martin-Raget ACEA

En régate, l’anticipation est de mise ! Les tacticiens jouent avec un ou deux coups d’avance, tandis que ceux qui sont à la manœuvre ont l’habitude de bien préparer la prochaine… Alors quand la régate se joue sur des AC72 qui montent à 40 nœuds, la règle vaut carrément de l’or : il faut regarder loin, réfléchir vite et ne pas jouer avec le feu du côté des règles de course !
Mais pour ceux qui suivent les duels en direct, depuis leur poste de télévision, leur appli smartphone/tablette ou site web de la Cup, ce n’est pas toujours facile de comprendre tous les enjeux… Voici un B.A.-BA des règles de course et des situations à repérer, illustrées par des cas vidéos ad hoc. Dès ce soir, vous serez dans le coup pour le sixième duel !

 

1. L’entrée sur la ligne

En match-race, l’entrée sur la ligne des deux adversaires est scénarisée et codifiée.

> Ce que dit la règle C4 des règles de match-racing ISAF. Jusqu’au signal préparatoire, chacun doit se tenir à l’extérieur de la ligne de départ (c’est-à-dire au-delà de la perpendiculaire à la ligne qui passe par la marque matérialisant la ligne de son côté), du côté droit ou gauche qui lui a été attribué avant le match. À partir du signal préparatoire, chacun dispose de deux minutes pour franchir la ligne et la dégager, en arrivant du côté parcours de la ligne, vers le côté pré-départ.

> Ce que cela implique. Si un concurrent n’effectuait pas cette manœuvre dans les règles de l’art, il ne serait pas considéré comme partant… Il est donc primordial pour chacun de s’y conformer, alors que les problèmes annexes se profilent. D’un point de vue du règlement, le bateau qui navigue bâbord amures doit rester à l’écart de celui qui navigue tribord amures (règle 10), donc se retrouve plus vulnérable. Une phase d’intimidation peut en découler. Par ailleurs, pour des raisons stratégiques, chaque bateau peut vouloir prendre son départ depuis un côté de la ligne, indépendamment de celui qui lui a été initialement attribué – donc l’acquérir et le défendre.

> Ce que dit la règle 27 des règles de course dédiées à la Coupe de l’America. Dix secondes avant le signal préparatoire (deux minutes avant le départ), le concurrent qui entre bâbord amures doit se trouver au-dessus de la ligne et bénéficie d’une minute et dix secondes pour franchir la ligne de départ, en arrivant du côté parcours de la ligne, vers le côté pré-départ (perpendiculaires à la ligne de départ et ligne de départ sont matérialisées en vert à l’image) : voir le cas vidéo ci-dessous.
Le concurrent qui entre en tribord amures doit quant à lui se tenir du côté droit, à l’extérieur de la ligne (c’est-à-dire au-delà de la perpendiculaire à la ligne qui passe par la marque matérialisant la ligne de son côté) jusqu’au signal préparatoire ; à ce signal, il dispose d’une minute pour franchir la ligne de départ, en arrivant du côté parcours de la ligne, vers le côté pré-départ.

> Ce qu’USA et NZL peuvent tenter. L’avantage de 10 secondes offert au concurrent qui entre bâbord amures sur la ligne donne un peu plus de souplesse au scénario de pré-départ, mais il dispose malgré tout de peu de temps pour tenter de prendre l’avantage sur son adversaire. Deux points de règlement et un paramètre technique sont à prendre en compte. Si les deux bateaux sont sur le même bord et non engagés, le bateau qui navigue devant est prioritaire (il s’agit de la règle 12, également valable au moment d’enrouler la marque de dégagement) ; il devra en revanche faire attention à ne pas engager son adversaire sous le vent au moment où il abat. Si les deux bateaux sont sur le même bord et engagés, le bateau sous le vent est prioritaire (règle 11) : voir le cas vidéo ci-dessus.

Engagé. Deux bateaux sont engagés quand tout ou partie de l’un des deux bateaux a dépassé la perpendiculaire à l’axe de l’autre bateau, qui passe par le point le plus arrière de ce dernier (matérialisée par une ligne orange à l’image).

Pour ce premier bord de dégagement couru travers au vent, la position sous le vent est donc des plus avantageuses du point de vue du règlement, mais peut aussi être plus difficile à tenir techniquement, à cause des perturbations générées par le bateau au vent. Si le bateau au vent n’éprouve pas de difficulté à respecter la priorité du bateau sous le vent, il est dans une meilleure position pour accélérer et passer devant ; à noter que lors d’une arrivée au près sur la marque, la position au vent peut elle aussi être complexe à tenir techniquement, surtout si les performances (cap et vitesse) du bateau sont moindres que celles de son adversaire. Au final, si le bateau au vent parvient à prendre le départ avec suffisamment d’avance sur le bateau sous le vent pour ne pas subir d’engagement, c’est parfait ! S’ils sont engagés, l’adversaire au vent aura intérêt à ce que l’écart latéral soit conséquent, afin de le lui laisser la marge suffisante pour réagir aux actions du bateau sous le vent.

 

2. L’engagement à bouée

Une zone circulaire d’engagement est délimitée autour de chaque marque, d’un rayon de trois longueurs (représentée par un cercle jaune à l’image) : l’engagement à la bouée se juge au moment où l’un des deux bateaux entre dans cette zone.

> Ce que dit la règle 18 des règles de course dédiées à la Coupe de l’America. Si les deux bateaux sont engagés à cet instant, le bateau au vent doit laisser la place d’enrouler la marque au bateau sous le vent. Si les deux bateaux ne sont pas engagés, le premier à se trouver dans la zone d’engagement est libre d’enrouler la bouée et l’autre ne doit pas le gêner : voir le cas vidéo ci-dessous.

> Ce qu’USA et NZL peuvent tenter. Étant donnée la taille très réduite de ce bord de largue, une route quasi directe est la plus intéressante et comme on l’a vu ci-dessus, la position au vent est la plus intéressante car elle permet au concurrent de recevoir de l’air frais, non perturbé par l’autre, et d’abattre comme il veut pour accélérer… Et, dans l’idéal, de passer devant l’autre en se désengageant avant d’atteindre la zone des trois longueurs. C’est en effet un idéal, car le «comme il veut» est à relativiser : le concurrent sous le vent est prioritaire, tant que les bateaux sont engagés (règle 11). Le bateau sous le vent peut donc empêcher le bateau au vent d’abattre pour enrouler la marque. Si le bateau au vent ne respecte pas cette règle, il risque évidemment une pénalité.

 

3. Le passage des portes sous le vent et au vent

Les mêmes règles s’appliquent pour le passage d’une porte que pour le passage d’une marque, mais il s’y ajoute les règles 10 et 16.

> Ce que dit la règle 10 des règles de course dédiées à la Coupe de l’America. Lorsque deux concurrents naviguent sur des bords opposés, c’est celui qui est tribord amures qui est prioritaire et celui qui est bâbord amures doit se maintenir à l’écart.

> Ce que dit la règle 16 des règles de course dédiées à la Coupe de l’America. Lorsque le bateau bâbord amures est en train de modifier sa route pour éviter le tribord amures, ce dernier ne peut abattre à plus de 60° du vent réel pour enrouler la marque au vent si cela oblige l’autre bateau à modifier à nouveau sa route pour l’éviter. Idem à la marque sous le vent, où le tribord amures ne peut lofer à plus de 110° du vent réel.

> Ce qu’USA et NZL peuvent tenter. À la porte sous le vent, le plus pertinent est d’enrouler la marque qui envoie directement sur le bord favorable : si le plan d’eau est favorable à droite en montant au près, il faut enrouler la marque de gauche en descendant. Il arrive parfois qu’une porte ne soit pas mouillée parfaitement perpendiculaire à l’axe du vent et/ou du parcours, par conséquent l’une des bouées offre un avantage net qu’il peut être intéressant d’exploiter. Quoi qu’il en soit, le choix peut aussi prendre en compte le nombre de manœuvres à effectuer pour enrouler telle ou telle marque. Ainsi à la porte au vent, un concurrent peut choisir la marque qui lui évite un virement, plus coûteux en temps et distance qu’un empannage.

La position intérieure (prioritaire) ou extérieure des concurrents à l’arrivée à la marque sous le vent peut influencer ce choix stratégique. En théorie, le concurrent qui est derrière devra également composer en fonction du choix du premier : s’il le suit de trop près, il risque notamment de subir son dévent (ce qui n'est pas le cas de NZL dans la vidéo ci-dessus, car il ressort plus haut de son enroulement que USA). Le concurrent qui est devant peut de son côté choisir de contrôler son adversaire, afin de sécuriser sa position – ce qui peut être délicat si ses performances sont moindres. Si les écarts sont faibles, tous deux peuvent essayer de pousser l'autre à la faute (notamment en jouant sur les règles 10 – tribord/bâbord –, 11 – au vent/sous le vent – et 12 – devant/derrière).

 

4. L’obstacle des "boundaries"

La notion d’obstacle est précisément définie par les règles de course internationales : c’est un objet (côte, îlot… exceptés un bateau en course ou une marque de parcours) qui ne peut être passé sans que le bateau modifie sa trajectoire. Un obstacle peut aussi être défini par les instructions de course.

C’est le cas des «boundaries» ou limites de champ (marquées par des zones blanches à l’image) que le jury délimite afin de recentrer et condenser l’aire de jeu des AC72.

> Ce que dit la règle 20 des règles de course dédiées à la Coupe de l’America. À partir du moment où l’un des concurrents est entré dans la zone de trois longueurs qui entourent une boundary, il peut demander à un concurrent la place suffisante pour éviter l’obstacle, y compris s’il doit virer ou empanner pour le faire. Cette règle prend le pas sur les autres priorités, comme bâbord/tribord. Pour faciliter le repérage de cette zone, une lumière verte clignote à l’extrémité du bout-dehors lorsque le concurrent navigue dans les trois longueurs qui entourent les boundaries : voir le cas vidéo ci-dessous.

> Ce qu’USA et NZL peuvent tenter. Lorsque les deux concurrents sont engagés, ils peuvent se pousser l’un et l’autre contre les boundaries et éventuellement entamer un duel de virements ou d’empannages, ou tenter d’aller chercher la faute de son adversaire… Le tout est de correctement jongler entre les règles 10 et 11 qui s’appliquent hors des boundaries et la règle 20 qui s’applique dans les boundaries. Chaud ! Sur la vidéo ci-dessous, on voit que NZL ralentit nettement après son virement... Ce qui lui permet de rester dans la limite de zone de la boundary, donc de forcer USA virer. Ce dernier peine à relancer en bâbod et perd alors pas mal de terrain en latéral, ce qui ne lui permet même pas de tirer avantage de sa position sous le vent... Et voilà NZL qui prend le large !

 

5. L’équipier éjecté

Contrairement à ce que l’on pourrait supposer, que l’équipage soit au complet n’est pas une obligation pour qu’un AC72 puisse terminer sa course en bonne et due forme ! Autrement dit, s’il arrive qu’un ou plusieurs équipiers passent à l’eau, le skipper n’a pas à aller les récupérer.

Il est en effet convenu qu’un bateau accompagnateur sera plus manœuvrant pour les repêcher et que cela sera moins risqué. Pour ceux qui s’interrogent d’un éventuel gain de performance (et/ou de poids) qu’apporterait le fait de passer des équipiers à la baille, disons qu’il a été admis que manœuvrer un AC72 avec une ou plusieurs paire(s) de bras en moins n’est pas franchement confortable.

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