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Actualité à la Hune

34e Coupe de l’America – AC45

Fred Le Peutrec : «L'aile, c'est simple – bien plus qu'une voile !»

  • Publié le : 09/04/2012 - 00:06

Comme un gamin !Pour sa première navigation en AC45, effectuée à Naples mercredi dernier, Le Peutrec était... heureux comme un gamin ! "Excellent !"Photo @ Gilles Martin-Raget www.americascup.com

Il a décroché deux Jules Verne et quelques autres records, disputé un tas de transats, remporté The Race et un paquet de Grand Prix ORMA, terminé 6e aux JO en Tornado avec Franc Citeau, à Atlanta…
S’il n’y avait Loïck Peyron qui portait déjà le surnom de "Monsieur Multicoque", on serait tenté de le redonner à Frédéric Le Peutrec, 46 ans, né à Paris et fanatique absolu de vitesse sur plusieurs coques… Peyron – dont il était un chef de quart sur le dernier Jules Verne décroché sur Banque Populaire 5 – a réparé les choses, l’appelant le "Dandy".

Aujourd’hui (mercredi dernier exactement), le Dandy prenait pour la première fois la barre d’un AC45, celui de China Team, à Naples où reprennent les régates, cette semaine. Interview à chaud.

 

Frédéric Le PeutrecFrédéric Le Peutrec, 46 ans, affiche une carrière multi de près de 20 ans : sélection olympique, records en série, transats... Et aujourd'hui, il prend la barre de l'AC45 de China Team.Photo @ Gilles Martin-Raget www.americascup.comv&v.com : Alors ?!! Cette première en AC45 ?
Frédéric Le Peutrec :
Super ! Excellent. Excellent ! On a eu des conditions idéales : du soleil, mer plate, 8 à 12 nœuds… Pour découvrir un engin pareil, c’est ce qu’il faut, sachant que je n’étais pas le seul à n’avoir jamais navigué sur un AC45… En réalité, il n’y a qu’un seul équipier qui connaît déjà le bateau ! Alors on ouvre les yeux en grand, on s’applique à analyser nos sensations et à décomposer les manœuvres, etc… Sans pression et sans urgence.

v&v.com : Comment le trouves-tu à la barre ? À la hauteur de sa réputation ?
F.L.P. :
Je n’ai pas trop été surpris… Si ce n’est agréablement surpris. Ce qui transpire à l’image, quand on regarde ces bateaux, c’est qu’ils sont très doux à barrer et ça s’est confirmé. Et l’aile, c’est simplissime… Plus simple qu’une voile (rires). Ben ouais, parce qu’une voile, faut toujours la travailler pour obtenir le profil que l’on en attend. Tandis que pour l’aile, la cambrure est prédéfinie, tu vois.

v&v.com : Et côté manœuvre ?
F.L.P. :
On découvre, donc on n’a pas encore tous les automatismes… Mais c’est comme un cata ! Ce n’est pas autre chose !

v&v.com : L’AC45 a quand même la réputation d’être légèrement plus vif et de très bien virer…
F.L.P. :
Ah, oui ! Il a de vraies qualités de rotation ! L’aile fait que même face au vent, ou quasiment face au vent, il y a toujours de la propulsion, car le profil continue de fonctionner contrairement à une voile qui faseye, génère de la trainée et fait reculer le bateau. 

v&v.com : Comment as-tu été recruté par China Team ?
F.L.P. :
Avant moi, Mitch Booth, puis Andreas Hagara – deux gars que je connais bien d’ailleurs, pour m’être bagarré contre eux en Tornado – se sont succédés à la barre de China Team. Quand ils ont quitté ce projet, moi j’avais déjà largement déclaré mon envie de faire de l’AC45… Sans doute que le bruit est revenu aux oreilles de Thierry Barot, le Directeur de China Team, puisqu’il m’a contacté au retour de mon tour du monde pour me demander si cela m’intéressait de faire un essai… Enfin, de faire un essai… De rentrer dans l’histoire et de voir s’il était possible que je devienne son barreur.

Equipe recomposéeAprès les départ successifs de Mitch Booth et Andreas Hagara, l'équipe de China Team était intégralement à reconstruire. Le Peutrec a été préféré à Phil Robertson à la barre et endosse une sorte de rôle de professeur de multi à bord, où un seul de ses équipiers avait déjà navigué en AC45.Photo @ Gilles Martin-Raget www.americascup.com

v&v.com : Donc tu es parti en Chine pour courir ce qui ressemblait à des sélections…
F.L.P. :
Oui ! Je suis rentré la semaine dernière, après deux semaines et demi d’entraînement sur des M2, les grands catas suisses, avec une équipe de nouveaux gars et Phil Robertson, un jeune barreur néo-zélandais de match-race… On a fait tourner les équipes, on s’est émulés, et puis on en est arrivés à des sélections, oui, si l’on peut dire. Et j’ai été retenu.

v&v.com : Comment se profile la suite du programme pour China Team ?
F.L.P. :
Je ne sais pas du tout ! Déjà parce que c’est une équipe qui n’a pas beaucoup d’argent ! Le bateau sera à Venise et sur la suite, ça c’est sûr. Mais comment le temps va être utilisé entre deux rendez-vous et comment vont s’organiser les entrainements, je ne sais pas. Cela dépendra des sous qui vont être trouvés… Très vite, j’espère ! (Rires.)

v&v.com : Mais toi, tu gardes la barre… Ça, c’est acquis ?
F.L.P. :
Ah oui ! C’est bien mon intention ! Et oui, c’est comme ça que c’est prévu !

v&v.com : L’AC72 n’est donc pas encore d’actualité pour vous…
F.L.P. :
Non, pas du tout. Pour l’instant, notre vision se limite au fonctionnement de l’AC45 sur cette saison… Avec l’espoir que de l’argent arrive rapidement et que l’on puisse envisager un projet plus ambitieux, que l’on recrute du monde, etc… Pour l’instant, on tourne avec des moyens qui ne nous permettent que de faire le minimum.

v&v.com : L’équipe prospecte uniquement des sponsors asiatiques ?
F.L.P. :
Oui, essentiellement. L’esprit de «China Team» doit être respecté et le projet financé par des entreprises nationales, ou au moins implantées localement.

v&v.com : Tu disais que toute ton équipe découvrait l’AC45 alors que vous vous retrouvez projetés dans l’épreuve de Naples. Dans ces conditions, quels sont vos objectifs ?
F.L.P. :
Holà ! Pas de résultats ! De la progression, de la prise en main. Pas faire de bêtise. On va se mettre la pression des résultats alors que l’on a un bateau à découvrir ! À chaque jour suffira sa peine ! On se satisfera déjà de réussir à faire ce qu’on veut (rires), de faire de bonnes manœuvres et d’aller au bon endroit si possible. Honnêtement, après les quelques heures que j’ai passées sur l’eau, je serais bien incapable d’ambitionner le moindre résultat. Ce serait idiot et prétentieux. (Rires.) Il y a tellement de choses à faire avant ! On va faire le mieux possible, mais marche après marche ! (Rires.)

Double Jules VerneÀ peine Banque Populaire 5 arrivé triomphant du Jules Verne à Brest et Fred entré dans le cercle fermé des doubles détenteurs du record, le chef de quart était contacté par Thierry Barot pour le projet AC45 chinois.Photo @ Benoît Stichelbaut BPCE

v&v.com : Tu as des spécialistes du match-race à bord ?
F.L.P. :
Oui. 

v&v.com : Toi-même, tu as un peu navigué en match-race ?
F.L.P. :
Tu sais, le match-race, pour moi, ce n’est pas une spécialité. Quand tu veux passer un bateau et que t’es en régate, c’est du match-race. Et voilà. Pour moi, je fais du match-race à chaque fois que je régate… C’est mon sentiment. (Rires.) Ben ouais ! Ça a toujours été mon sentiment, contrairement à ce que tout le monde dit ! Tu navigues en flotte, tu veux passer un bateau, c’est une bagarre au contact entre deux bateaux – et ça, ça s’appelle du match-race. Donc, je ne me sens pas perturbé par ça.

v&v.com : Après tes années d’olympisme, tu es passé sur les circuits de course au large, mais tu as toujours gardé le goût pour la régate au contact en navigant en cata de sport, notamment en F18…
F.L.P. :
Et en D35, en Suisse, aussi ! Oui, bien sûr que j’ai gardé ça ! Le contact, la régate, c’est de là que je viens ! Le tour du monde, c’est une chose qui m’a énormément attiré, mais… Mais même en ORMA, on faisait de la régate au contact, entre trois bouées, sur des multis qui allaient très vite… Et ce que l’on va faire là, sur des bateaux un peu plus petits, ce n’est ni plus ni moins que ce que l’on faisait sur les Grands Prix !

v&v.com : Il y a un paquet d’anciens adversaires que tu vas croiser à Naples : cela a une saveur particulière de te retrouver contre eux ?
F.L.P. :
Oh… Non. Enfin, ceux contre lesquels j’ai navigué en Tornado, on se connaît bien, on s’est pratiqués pendant dix à douze ans… Et on aura sûrement du plaisir à partager le fait de se retrouver là, en AC45, sur la série qui est devenue la plus fantastique pour courir la Coupe de l’America ! Pour tout ceux qui font du multicoque, c’est un vrai plaisir ! De voir que la Coupe qui est sensée être le défi ultime disputé sur les bateaux les plus rapides du monde – parce qu’est comme ça que c’est né, chacun prétendant avoir le bateau le plus rapide –, sauf que depuis des années, elle se courait sur les bateaux les plus lents du monde ! (Rires.) Donc, ce n’est jamais que la Coupe qui se remet dans l’histoire et reprend sa place dans le monde nautique ! Pour ma part, j’ai toujours été persuadé que le multicoque était la formule ultime, aussi bien pour les gens qui naviguent dessus que pour ceux qui observent !

v&v.com : C’est vrai que tu as toujours tenu ce discours, notamment lorsque l’ORMA a disparu, puis que le cata a été écarté des Jeux olympiques… Mais tu aurais imaginé un tel retour du sort : les MOD70, les JO, la Coupe ?
F.L.P. :
Dans les premiers mois, non, bien sûr. Par contre, le vide que cela a créé était tellement énorme et les décisions prises tellement aberrantes, que cela ne pouvait pas être autrement. L’ORMA est mort de sa belle mort… Enfin, cela correspondait à une maturation et, en quelque sorte, c’était un mal pour un bien. De virer le multicoque des Jeux, en revanche, c’était vraiment n’importe quoi ! C’est une décision qui a été prise par des gens qui n’ont aucune idée de la réalité : n’importe où dans le monde, quand tu te pointes dans un club, il y a des catas. La moindre sortie sur l’eau, les gens la font en cata maintenant ! Ce choix était complètement à contre-temps… Mais le cumul a été bénéfique, car quand un manque est trop évident, le rééquilibrage se fait naturellement !

Plan de campagneDisposant d'un budget modeste, China Team n'a pas de visibilité au-delà de cette saison en AC45, tandis que les hommes de Le Peutrec qui découvrent le support à Naples se fixent la progression comme objectif, en toute humilité.Photo @ Gilles Martin-Raget www.americascup.com

v&v.com : Quand as-tu navigué en monocoque pour la dernière fois ?
F.L.P. :
Mais j’ai une plate de 5,50 en bois dans le Golfe et je navigue en Open 7,50 dès que j’en ai le temps et l’occasion ! Je navigue aussi en mono, bien sûr ! Mais c’est vrai que pour faire du sport et de la course au large, c’est le multi, y’a pas photo.

v&v.com : Pour revenir aux AC45, vous échangez avec les autres Français ?
F.L.P. :
Déjà, on partage la tente avec Energy Team, donc oui il y a forcément des échanges, d’autant qu’on n’évolue ni les uns ni les autres dans les équipes favorites. Évidemment, on ne va pas tout se raconter non plus… Mais on se connaît par cœur : je sais déjà quelle est la tendance de réglages, la manière de se comporter et de tactiquer de Yann Guichard avec lequel j’ai navigué sur Gitana 11 et en Équipe de France !

v&v.com : A minima, tu vas faire parler la poudre sur les runs de vitesse, non ?
F.L.P. :
Ah non ! Je ne prendrai pas de risque sur les runs de vitesse ! J’en prendrai plus sur les régates ! Non, les runs de vitesse ne sont pas un objectif en soi, hein ! Même si ça compte, c’est peanuts ! La finalité d’une Coupe de l’America, ce n’est pas d’aller tout droit sur un bord de 300 mètres ! Tu vois le truc ?