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Actualité à la Hune

Louis Vuitton America’s Cup World Series – Oman

Adam Minoprio : «Notre objectif, c’est le podium !»

Première journée de régates à Oman pour les six équipes engagées dans les Louis Vuitton America’s Cup World Series. Après trois manches terminées aux places de 6e, 3e et 4e, l’équipage de Groupama Team France s’accorde un moment de détente au club-house du golf d’Almouj. L’occasion pour Voilesetvoiliers.com de rencontrer un navigateur encore méconnu dans l’Hexagone, Adam Minoprio, barreur remplaçant de Franck Cammas, toujours en rééducation de son accident à la cheville début décembre.
  • Publié le : 01/03/2016 - 10:06

Interview Adam MinoprioEn 2009, à 24 ans, Adam Minoprio est devenu le plus jeune Champion du Monde de match-racing. Photo @ Eloi Stichelbaut / Groupama Team France
Voilesetvoiliers.com : Comment as-tu atterri dans l’équipe française Groupama Team France ?

Adam Minoprio :
C’était début décembre. Ils voulaient beaucoup s’entraîner en GC32 à ce moment-là. Le foiling est une nouvelle technologie de navigation que peu de personnes connaissent vraiment encore. Comme j’ai passé deux ans chez Luna Rossa pour préparer la prochaine America’s Cup – projet malheureusement abandonné –, j’étais disponible et Groupama m’a téléphoné pour m’exercer avec Franck. Nous avions de bons entraînements et des matchs serrés avant son accident. Malheureusement pour lui, il s’est retrouvé à terre pour trois mois à la suite de son accident. Étant celui qui a le plus d’expérience à la barre de ce bateau avec Franck, j’ai eu l’opportunité de prendre le rôle de skipper.

Voilesetvoiliers.com : Après combien de jours d’entraînements à deux bateaux s’est produit l’accident ?
A. M. :
C’était dès la première semaine, après quatre ou cinq jours d’entraînements je crois. Sur le moment, on n’a pas compris ce qui se passait. D’un seul coup, Bertrand Pacé (le coach de l’équipe, ndlr) est parti à terre et on ne savait pas que Franck était à bord de son semi-rigide. En revenant vers l’autre GC32, on a vu qu’ils n’étaient plus que quatre à bord. Ils nous ont dit que Franck avait eu un accident. Juste après, un hélicoptère était là. Tout s’est passé très vite. On était tous un peu choqué. On s’entraînait dur, on était concentré, et d’un coup tout s’est arrêté !

Interview Adam MinoprioDepuis le chase boat, Franck Cammas, en observateur averti, distille ses conseils à l¹équipage tricolore. Photo @ Eloi Stichelbaut / Groupama Team France

Voilesetvoiliers.com : Combien de temps après l’accident as-tu appris que tu serais le skipper de Groupama Team France pour Oman ?
A. M. :
Plusieurs semaines après. C’est début janvier que c’est devenu une certitude. Avec tous les entraînements que nous avions effectués à Lorient et Quiberon, le niveau de l’équipe avait bien progressé. Nous maîtrisions les phases de transition où il faut savoir naviguer en mode foiling ou pas, ainsi que le passage du code 0 au foc.

Voilesetvoiliers.com : Tu as fait partie de Team New Zealand, de Luna Rossa, et maintenant de Groupama Team France. Quelles sont les principales différences entre ces équipes ?
A. M. :
La culture et l’attitude des gens au sein de Team New Zealand sont très différentes de celles d’une équipe latine ! Après deux ans chez Luna Rossa, la transition pour moi a été facile avec Team France… Il y a des similitudes entre Luna Rossa et Team France. Mais chez Team New Zealand, si de l’extérieur cela peut paraître un peu rigide, très programmé, en fait cela laisse pas mal de latitude quand même.

Voilesetvoiliers.com : Bertrand Pacé a travaillé pour Team New Zealand pour la 31America’s Cup en 2002-2003. Vous en avez discuté ?
A. M. :
Il connaît les gros mots et les expressions kiwis, ce qui me fait beaucoup rire ! Il pense comme les Néo-Zélandais qu’il faut passer un maximum de temps sur l’eau. Plus on navigue, plus on est proche des autres équipiers et plus on apprend différentes techniques, et on peut choisir ensuite celle qui fonctionne. Je sais que Bertrand est très content de son expérience au sein de Team New Zealand et de tout ce qu’il a pu y apprendre.

Interview Adam MinoprioPetit moment de détente avec Hervé Cunningham, le régleur de voiles, avant un bel après-midi de régates à Oman. Photo @ Eloi Stichelbaut / Groupama Team France

Voilesetvoiliers.com : Ne pas parler français est un problème pour toi dans la communication à bord ?
A. M. :
Ce n’est pas un problème parce que les autres parlent très bien anglais. Et j’essaie d’apprendre le français le plus vite possible. J’ai trois leçons par semaine. C’est un peu plus compliqué ici, à Oman. Mon objectif est de parler couramment d’ici la fin de l’année. Comme ça, si je suis à bord, ce sera le français la langue du bord. Les Français sont fiers de leur identité et de parler français à bord, ce qui est une bonne chose à mon avis. L’esprit de l’équipe est aussi une affaire de culture. Je ne vais pas influencer l’équipe avec la mienne. C’est à moi de m’adapter à la culture française. Elle a prouvé par le passé qu’elle pouvait être victorieuse, je ne vais pas changer ça…

Voilesetvoiliers.com : Tu as signé un contrat avec Groupama Team France jusqu’à la fin de la 35e America’s Cup ?
A. M. :
Non, je suis là pour essayer d’aider l’équipe du mieux possible. Je ne sais pas jusqu’à quand je vais rester. Si je peux faire partie de l’équipe jusqu’à l’America’s Cup, je serai superheureux. La structure de l’équipe est géniale. L’objectif de Bruno (Dubois, le directeur de l’équipe, ndlr) et de tout le Team France est fantastique. Ils ont un bel avenir. En faire partie depuis le début est super et j’aimerais y rester jusqu’au bout. J’ai eu la chance de passer deux ans chez Luna Rossa à beaucoup naviguer. Maintenant, à chaque fois que je m’assois avec les designers de Team France, on discute beaucoup et on échange des idées pour être sûr d’avoir le bateau le plus rapide possible. Tant que je pourrais aider l’équipe et que mon français s’améliore, j’espère que je pourrai continuer l’aventure.

Voilesetvoiliers.com : Après toutes ces semaines d’entraînements avec Luna Rossa et Groupama Team France, samedi était ta première journée de régates sur les LVACWS. Quel premier bilan en tires-tu ?
A. M. :
Je suis très heureux. On est proche de Artemis, des Japonais et de Team New Zealand au tableau de scores. Nous étions trois nouveaux à bord qui n’avaient encore jamais régaté en AC45F. Notre marge de progression est bien supérieure à celle des autres équipes. Eux naviguent en AC45 depuis six ans pour certains. Ils n’ont plus grand-chose à apprendre. Nous, nous nous améliorons tout le temps. Avec l’aide de Bertrand Pacé, ce soir (interview réalisée samedi 27 février après les premières régates, ndlr) au débriefing, nous allons encore progresser et j’aime à penser que demain nous serons encore plus forts sur les départs et que nous aurons de bons résultats (le dimanche, Groupama Team France terminera 6e, 2e et 1er pour finir à la 4e place au général, ndlr).

Interview Adam MinoprioGroupama Team France devant Oracle Team USA lors de sa victoire dans la dernière régate dimanche. Photo @ Eloi Stichelbaut / Groupama Team France

Voilesetvoiliers.com : Quelle est la principale chose à améliorer ?
A. M. :
Les départs ! La ligne est très courte. Et les départs ont une énorme influence sur tout le reste de la course.

Voilesetvoiliers.com : Quel est votre objectif pour ce premier LVACWS ?
A. M. :
Mon objectif est de finir sur le podium. On a travaillé dur à Lorient pour en arriver là. Malheureusement, les règles mises en place par les big teams ne sont pas en notre faveur. Personne n’a le droit de s’entraîner en AC45F le dernier mois avant une compétition. Pour une petite équipe comme nous, c’est une vraie contrainte. Car chaque jour passé sur l’eau, nous progressons. Donc nous aimerions pouvoir y aller autant que nous le voulons.

Voilesetvoiliers.com : Tu es Néo-Zélandais. Il y a beaucoup de tes compatriotes dans toutes les équipes, et pas seulement chez Team New Zealand. Tu as le temps de discuter avec certains d’entre eux et de récupérer des informations ?
A. M. : Oui, on discute beaucoup de ce qui se passe sur l’eau et on rigole des incidents, comme ce fut le cas aujourd’hui lorsque l’on a heurté Land Rover BAR. Ce n’était rien, juste un petit choc sur notre étrave, mais cela ne nous a pas gênés pour les autres courses du jour. C’est vrai que j’ai de bons amis dans les autres équipes. Mais jusqu’à présent, on n’a pas encore eu le temps de partager une bonne bière ! Dimanche soir peut-être…

Voilesetvoiliers.com : Tu pèses environ 25 kilos de plus que Franck Cammas. Ton arrivée à bord a dû être contraignante pour toute l’équipe à cause de la limite de poids ! (437 kilos, soit 87,5 kilos par personne)
A. M. :
Je pesais 89 kilos début janvier et maintenant je suis à 81 kilos ! Cela n’a pas été très facile à perdre, surtout en étant en France. Ce n’est pas drôle de ne pas pouvoir apprécier la bonne bouffe ! Pas de fromage, pas de pain, plus de pâtes ; un minimum de vin… Tous les autres ont dû perdre également environ 5 kilos pour qu’on descende au poids maximum autorisé. Le programme physique a donc été modifié pour faire moins de musculation et plus de cardio.