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Actualité à la Hune

34e Coupe de l’America – Interview exclusive

Bertrand Pacé : «Un AC45 coûte 650 000 euros HT !»

  • Publié le : 28/03/2011 - 00:02

Betrand Pacé, 7e défi A bientôt 50 ans, Bertrand Pacé attaque sa septième campagne de Coupe de l'America, à la tête du défi Aleph Equipe de France, et avec un projet à la fois technique et sportif aussi sérieux qu'ambitieux. Photo © Ian Roman (DPPI) Bertrand Pacé n'est pas du genre à courtiser la presse, bien au contraire. Ses interviews sont plutôt rares.

Pourtant, le Français le plus expérimenté de la Coupe (avec Albert Jacobsoone et ses sept participations à la Coupe de l'America), qui aborde sa septième campagne à la tête de Aleph-Equipe de France, en compagnie de Alain Gautier, a décidé de tout nous déballer.

À quelques jours de la clôture théorique des inscriptions pour la 34e Coupe de l'America, le seul Français champion du monde de match racing - qui aura 50 ans cet été -, nous a accordé un long entretien, sans langue de bois ni concession.


voilesetvoiliers.com : La question que tout le monde se pose... Avez-vous trouvé le partenaire pour la Coupe de l'America 2013 ?
Bertrand Pacé :
Non, pas à ce jour. Nous continuons à prospecter pour trouver un partenaire. Nous avons de très bons contacts. Nous bossons dur, nous avançons, mais rien n'est fait aujourd'hui.


vetv.com : Mais tu as bon espoir que ça débouche rapidement ?
B.P. :
Ce qui est sûr, c'est que j'ai une très bonne idée de ce qu'il faut faire pour être dans le coup. Je suis surtout frustré, car nous sommes prêts à démarrer. Le contexte économique est vraiment difficile et les événements dramatiques survenus au Japon ne facilitent pas les choses. De plus, ce que nous avons à vendre n'est pas totalement connu, car il reste pas mal de choses dans l'incertitude. Bref, ce n'est pas simple !


Le Français de la Coupe Bertrand Pacé était le skipper de 6ème Sens en 2000, après avoir été navigateur sur French Kiss, puis tacticien sur France 2-3. Photo © Daniel Forster (DPPI) vetv.com : Il y a pourtant une échéance, le 31 mars : les inscriptions définitives ?
B.P. :
Oui, mais il faut être lucide. Ce sera plutôt le 30 avril, voire plus tard. La deadline, c'est le jour où tu es capable de mettre ton bateau en chantier, soit en septembre 2011. Ça, c'est la vraie échéance, si on veut y aller pour la gagne !


vetv.com : Le fait d'avoir le label FFV et le soutien du Ministère des Sports, ça aide ?
B.P. :
Oui, bien sûr. Cela prouve que notre projet est sérieux et construit, que ce soit dans la partie managériale, comme dans la partie technique. Forcément, grâce à ce label, on a plus de chances d'y arriver.


vetv.com : Penses-tu que le fait de passer en multicoque soit une formidable opportunité pour la France ?
B.P. :
Le Coupe reste la Coupe. Le changement de bateaux, c'est une étape. On voit de toute façon que l'adaptation aux bateaux, y compris le passage du mono au multicoque, n'est pas vraiment un problème pour les acteurs majeurs. Le multicoque, ça risque d'être autre chose... Mais grosso modo, ce sont les mêmes personnes qui ont le savoir-faire de la Coupe et qui se retrouvent dans les challenges comme Team New Zealand, Oracle ou Artemis...


Bertrand Pacé en bref

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Né le 16 août 1961 à Dunkerque
Marié, deux garçons
Ingénieur de formation
Six participations à la Coupe de l'America :
1987 : French Kiss (navigateur)
1992 : Ville de Paris (navigateur)
1995 : France 3 (tacticien et barreur de départ)
2000 : 6ème Sens (skipper barreur)
2003 : Team New Zeland (tacticien et barreur 2e bateau)
2007 : BMW Oracle (coach et tacticien)

Champion du monde de match racing 1994
Vice-champion du monde de match racing en 1998 et 1999
Sextuple vainqueur du Tour de France à la voile
Vainqueur de l'Admiral's Cup 1991
Vainqueur de la Quarter Ton Cup 1985

vetv.com : Tu veux dire que lorsqu'on entend que les Français n'ont jamais été aussi armés parce qu'ils possèdent une imposante avance en matière de multi, il faut relativiser ?
B.P. :
Disons que d'un point de vue technique et architectural, c'est une certitude. Mais ça s'arrête là. Je crois que d'un point de vue sportif, le temps qui nous sépare de la Coupe (deux ans, ndlr) permettra à des équipages qui n'ont jamais fait de multicoque de combler leur retard sans problème. Dean Barker par exemple, ne devrait pas mettre longtemps à se mettre au niveau. Un multicoque, même avec une aile, ça reste un bateau à voile. La complexité, c'est de dessiner un bateau rapide. Ensuite, tous les équipages sauront les faire marcher, même s'il y a un certain temps d'adaptation. A bord du trimaran BMW Oracle, vainqueur à Valence l'an dernier, l'équipage au départ - mis à part Thierry Fouchier - ne comptait pas franchement de spécialistes du multicoque, que ce soit les équipiers sur la plage avant, les régleurs ou le tacticien...


vetv.com : Donc il faut cesser de mettre en avant l'avance française ?
B.P. :
Attention, aujourd'hui, d'un point de vue technique, la France garde un certain nombre de personnes qui ont un savoir-faire indéniable. En même temps, les autres ne vont pas nous attendre ! Il faut qu'à l'intérieur d'un syndicat, il y ait des personnes qui connaissent le multicoque bien évidemment, mais ce n'est pas parce que tu as "machin", que tu vas gagner la Coupe ! C'est surtout l'échange entre la partie architecturale et sportive qui permettra de dessiner un bateau rapide. Donc ça reste dans la droite ligne de ce qui s'est toujours fait dans la Coupe, soit faire un bateau plus rapide que les autres.


vetv.com : Justement au niveau de vos architectes, tu peux nous en dire un peu plus ?

B.P. :
Nous avons un accord moral avec un cabinet français très réputé, pour travailler ensemble sur la conception du premier et/ou du deuxième bateaux. Il y a le respect mutuel, mais aussi le fait que nous sommes sur la même longueur d'onde. J'ai très envie de travailler avec eux - Alain Gautier aussi - et je crois que c'est réciproque.


vetv.com : Que penses-tu de la solution du plan VPLP "générique" ?
B.P :
C'est certainement une alternative intéressante, comme le faisait Bruce Farr dans la Volvo Ocean Race, notamment au moment de l'arrivée des VOR 60, en proposant un ensemble de plans "de base". Il faut savoir que VPLP a été embauché par ACRM pour faire un bateau "générique" qui serait vendu éventuellement à des équipes intéressées par acheter ce "package".


vetv.com : On se rapprocherait alors d'une certaine monotypie ?
B.P. :
Oui, d'une certaine façon, mais ça ne veut pas dire que le plan que tu achèterais à VPLP, tu ne pourrais pas le modifier ensuite.


Fabrice Levet Fabrice Levet, ici au premier plan, est le fidèle complice de Bertrand Pacé depuis près de vingt ans. Le coach d'Aleph a disputé trois Coupe de l'America aux côtés de Pacé, gagnant aussi le championnat du monde de match-racing avec lui. Photo © Thierry Seray (DPPI) vetv.com : Comment êtes-vous organisés au sein de l'équipe ?

B.P. :
Aujourd'hui, Fabrice Levet (son complice et équipier depuis plus de vingt ans, ndlr) dirige la partie sportive, Alain Gautier la partie technique et design, et moi, disons que je chapeaute un peu les deux. Nous sommes tous les trois très complémentaires.


vetv.com : Tu attaques ta 7e campagne Coupe de l'America. Ton objectif est de barrer le bateau ?
B.P. :
Non, non ! La finalité n'est pas que je barre absolument. Mon objectif, c'est que le bateau aille le plus vite possible et au bon endroit. Moi, je fais partie aujourd'hui de l'équipe navigante, mais sans aucune revendication. De toute façon, il est trop tôt pour en parler, même si ce genre de décision ne se prend pas la veille. Il y a plusieurs options, notamment avec des jeunes régatiers qui ont la culture du multicoque, mais pas encore celle du match race. Ce sera forcément un mix entre spécialistes du multicoque, du match-race et de la Coupe de l'America. Il faut impérativement ces trois compétences, notamment dans la cellule arrière (barre, tactique, navigation). J'ai respectivement deux noms, Alain en a quasiment deux, et nous en avons au moins un en commun.


vetv.com : Et quels sont ces noms ?

B.P. :
Je ne veux pas donner de noms pour l'instant. Pour moi ce serait être mensonger. Je ne veux pas faire comme certains qui annoncent des gens sans même leur demander leur avis...


vetv.com : Quel est ton sentiment sur Energy Team des frères Peyron ?
B.P. :
Je sais qu'avec Loïck je pourrais travailler. Je l'ai déjà fait pendant plus d'un an (Bertrand Pacé et Loïck Peyron avaient tenté de monter le défi Team France pour la Coupe de l'America en 2004, mais avaient dû renoncer faute d'un sponsor titre, ndlr). Nous avons toujours une bonne complémentarité, comme je l'ai avec Alain.


vetv.com : Trois syndicats français - dont le Franco-allemand dirigé par Stéphan Kandler - ce n'est pas un peu beaucoup, compte-tenu de la conjoncture ?
B.P. :
Evidemment. Nous "chassons" tous sur les mêmes terrains. Ce n'est pas sain.


vetv.com : Vous avez été obligés de créer votre propre yacht club. Pourtant le Yacht Club de France avec qui vous étiez en discussion a finalement choisi le camp Peyron ?
B.P. :
Je ne ferai aucun commentaire...


vetv.com : Il se dit que Kandler, qui vient d'être rejoint par Kersauson, aurait bouclé son budget ?
B.P. :
Je n'en sais rien.


Le Team Aleph Equipe de France

Management team
Président : Hugues Lepic
Directeur général : Philippe Ligot

Sport et Design team
Skipper/directeur sportif : Bertrand Pacé
Alain Gautier, Fabrice Levet

Consulting team
Communication : Jean-Michel Hieaux
Identité sportive et événementielle : Leroy-Tremblot
Stratégie d'entreprise, audit : Pricewaterhouse Coopers
Juridique et fiscal : Landwell & Associés

Site internet
http://aleph-sailing.com

vetv.com : Revenons sur l'équipe navigante. Elle sera de combien de personnes ?
B.P. :
Autour de 18. Il faut 4 ou 5 personnes dans la cellule arrière - au moins un navigateur, un ou deux barreurs et un ou deux tacticiens - pour trois places. Pour les régleurs - l'aile et les voiles d'avant -, j'ai prévu quatre personnes. Ensuite, il faut des wincheurs... et là c'est au moins cinq - trois sur le bateau -, pour pallier les éventuelles blessures. Ce sont des engins qui vont demander beaucoup de force et de puissance. Sur la plage avant, ça ne va pas être simple, car il faut des mecs très en forme. Je vois quatre personnes. Sur ces bateaux, il y a beaucoup de vent apparent, les manoeuvres seront donc très physiques. Enfin, dans l'équipe navigante, il y aura le directeur sportif, Fabrice, et obligatoirement quelqu'un chargé des règles de course. Sur les expériences que j'ai connues, notamment avec Team New Zealand et BMW Oracle, il faut des équipiers remplaçants, mais pas trop non plus. A ce jour, on a établi une liste d'une trentaine de personnes.


vetv.com : Quel est le nombre de personnes au total pour un tel défi ?
B.P. :
Raisonnablement, c'est 65 au total. Mais c'est difficile de répondre de manière précise, car cela dépend si tu intègres ou non tous les sous-traitants, ceux qui travaillent dans les cabinets (archi et structure), ceux qui vont fabriquer la plate-forme, l'aile et les voiles d'avant, plus classiques.


vetv.com : Et un budget pour la 34e Coupe, tu l'évalues à combien ?

B.P. :
Cela dépend pas mal du nombre d'équipes. Pour faire quelque chose permettant de viser la finale, s'il y a une dizaine d'équipes, il faut compter sur un budget de 60 millions d'euros, mais aujourd'hui, comme il y a encore peu d'équipes - entre 4 et 5 -, c'est plutôt 40 millions. Avec ce budget, tu fais les choses correctement... Mais il est clair que les salaires ne seront jamais au niveau de ceux de 2007.


Le petit Napoléon Recruté par Team New Zealand en 2003, comme barreur du second bateau, puis tacticien, Bertrand Pacé - ici devant Dean Barker - était surnommé par les Kiwis, ! Il a beaucoup apporté dans l'art du départ en match-racing, là où il excelle. Photo © Stéphanie Lamy (DPPI) vetv.com : Tu as navigué sur le nouvel AC 45 ?
B.P. :
Non, justement ! Car pour naviguer à bord, il faut d'abord payer les trois-quarts du bateau pour pouvoir en disposer une semaine à Auckland avec ton équipage.


vetv.com : Tu veux dire que ce n'est pas possible pour quelqu'un comme toi de l'essayer, avant de décider d'en acquérir un ?
B.P. :
Et non, ce n'est pas possible ! Un AC 45 coûte 650 000 euros hors taxe. Ce n'est pas donné ! En fait, il faut faire deux chèques d'acompte : un de 25 % du prix du bateau qui valide la commande et un de 50 % qui leur assure que tu achèteras bien le bateau à la fin !


vetv.com : C'est quand même un peu scandaleux !
B.P. :
Ah oui, on peut le dire !


vetv.com : Tu sais qui a déjà commandé un bateau ?
B.P. :
Ils sont quatre aujourd'hui. Le bateau 0 est celui de démonstration, le 1 est celui des Suédois (Artemis) le 2 celui des Kiwis (Team New Zealand), le 3 celui des Américains (Oracle) le 4 celui des Italiens (Mascalzone Latino)... Mais tout le monde se plaît à dire que c'est Oracle qui l'a acheté pour Mascalzone ! Le 5 serait en passe d'être vendu, mais on ne sait pas encore à qui...


vetv.com : Mi-mars, aucun des trois syndicats français n'a donc commandé un AC 45 ?

B.P. :
Non, aucun !

Alain Gautier Alain Gautier, ancien vainqueur du Vendée Globe et de la Solitaire du Figaro, possède également une expérience incalculable en matière de multicoque. Avec Aleph Equipe de France, il dirige la partie technique et design, et devrait barrer l'AC 45 dans un premier temps. Photo © Didier Ravon vetv.com : Alain Gautier devait quand même naviguer en tant qu'invité une journée ?
B.P. :
Oui, c'était prévu lors d'une réunion des Challengers à Auckland... Mais c'était prévu pour le jour où ils ont cassé. Il a donc seulement vu le bateau qui, d'après lui, est très bien construit et plutôt typé 12 à 20 noeuds que 0 à 8.


vetv.com : Alain Gautier, justement, est un sacré atout pour l'équipe ?
B.P. :
Carrément. Alain a l'expérience et cette capacité à bien analyser un bateau et à donner son ressenti. Des gens comme ça, il y en a très très peu au monde.


vetv.com : Sur ton expérience et les retours que tu as, penses-tu que cet AC 45 est un bon support ?

B.P. :
C'était indispensable de lancer un tel bateau, ne serait-ce que pour prendre la mesure de l'aile et les problèmes logistiques qui y sont liés. Ce passage me paraît très intéressant. Ce sera certainement un bateau amusant et sympa à utiliser, mais pour la Coupe, ce ne seront pas des bateaux de 45 pieds, mais de 72 !


vetv.com : Et l'on peut faire la prochaine Coupe sans faire le circuit des AC 45 ?
B.P. :
Oui, absolument... Et si dans ce circuit, il y a dix AC 45, ça aura de la gueule, mais s'il n'y en a que quatre, je te laisse juger... Ce qui est certain, c'est que la Coupe de l'America est à un tournant, qui est extrêmement important, grave même. A ce jour, il y a seulement trois équipes qui sont financées (Artémis, Oracle, Team New Zealand, ndlr). Et encore, d'après ce que je sais, Emirates n'aurait pas encore validé son engagement sur les saisons 2012 et 2013.


vetv.com : Tu penses que l'évolution vers des multicoques était inévitable ?
B.P. :
Moi, je pense surtout que nous aurons une idée de ce que sera la prochaine Coupe en multicoque le jour où elle se disputera ! Aujourd'hui, c'est difficile d'avoir une vraie opinion. C'est clairement une façon différente de naviguer, ce n'est pas de la régate à l'état pur, c'est autre chose. Voilà.


vetv.com : Tu passes une partie de ton temps à rencontrer les patrons des entreprises françaises du CAC 40 ?

B.P. :
Non, ce n'est pas mon job, et en plus je ne sais pas faire... J'interviens d'une manière anecdotique sur la recherche de partenaires. C'est Philippe Ligot - directeur général (il a été champion du monde de Melges 24 avec Sébastien Col, ndlr) qui s'occupe de tout ça, avec Hugues Lepic - président (il est l'un des dirigeants de la prestigieuse banque Goldman Sachs et un régatier amateur averti, ndlr). Mais il est vrai que nous sommes plusieurs fois par jour en contact téléphonique.


vetv.com : Ton énorme expérience, notamment à l'étranger, c'est un plus ?

B.P. :
C'est vrai. Je parle anglais couramment maintenant et, outre ma casquette d'ingénieur qui me permet de bien appréhender ce que doit être un bateau, j'ai une très bonne connaissance des gens du milieu, et notamment de la partie technique. C'est cet aspect qui m'intéresse plus que tout, le développement des bateaux et le challenge technique pour la prochaine Coupe, à la fois génial et très excitant. En revanche, j'ai bien peur que le challenge sportif soit un peu galvaudé, car les Américains veulent en faire un événement très médiatique, plus "show" que vraiment régate. Si c'est une réussite, on ne le saura qu'à la fin. Je pense néanmoins que d'un point de vue spectacle, la Coupe va avoir une certain gueule.


vetv.com : Vous allez être basés où géographiquement ?

B.P. :
Je ne peux pas le dire officiellement aujourd'hui... Mais ce sera en Méditerranée. La ville qui nous accueillera ne souhaite pas l'annoncer tant que nous ne sommes pas financés. Je puis juste dire que c'est le plan d'eau idéal pour se préparer avec le nouveau format de la Coupe.

Profil complet Sept fois vainqueur du Tour de France - la première fois sur Dunkerque en 1979 et la dernière sur Nouvelle Calédonie, ici, en 2010 -, Pacé affectionne aussi beaucoup la course au large et y a toujours brillé. Il a ainsi remporté l'Admiral's Cup en 1991 sur Corum. Photo © Jean-Marie Liot (DPPI) vetv.com : A t'écouter, vous semblez quand même très avancés techniquement ?
B.P. :
Aujourd'hui, oui, nous savons exactement où nous voulons aller, et le projet est très avancé. Mais il arrive à un stade où l'on ne peut pas vraiment aller plus loin sans raconter d'histoires. On ne peut pas aller plus loin, car on n'a pas le nerf de la guerre, le ou les partenaires indispensables.


vetv.com : Tu crois donc vraiment qu'à condition de trouver le financement, vous pouvez enfin faire le meilleur résultat jamais réalisé par des Français ?
B.P. :
Cette fois-ci, grâce à plusieurs facteurs dont l'architecture française, on peut avoir un bateau performant, capable de rivaliser avec les meilleurs, et être dans le coup pour faire quelque chose de vraiment bien... Ça, c'est une certitude.


vetv.com : Quand les organisateurs disent que les AC 72 pourront naviguer de 0 à 33 noeuds (!), tu ne crois pas qu'ils en font trop ?
B.P. :
(Rires.) Je pense fondamentalement que l'on ne pourra pas naviguer au-delà d'une certaine force de vent ! 33 noeuds à six mètres de hauteur, ça fait 39 noeuds à 36 mètres, la hauteur de l'aile. Moi, je n'y crois pas. Là, il y aura beaucoup de chavirages... Et plus simplement, il sera probablement impossible de sortir du port.


vetv.com : Tu navigues en multicoque ?

B.P. :
Non, pas en multicoque. J'ai eu des sollicitations. J'ai notamment fait la tactique sur les Grands Prix ORMA avec Franck Cammas, puis Karine Fauconnier. J'essaye de naviguer autant que possible. Je viens de me qualifier, le week-end dernier, pour l'épreuve d'ouverture de la saison du World Tour en match-race qui aura lieu sur J 80 à Marseille, en mai. J'ai aussi disputé le premier Tour d'Arabie sur le Farr 30 Nouvelle Calédonie, il y a quelques semaines (qu'il a remporté, ndlr).


vetv.com : Mais tu espères régater en AC 45 avec Aleph ?

B.P. :
Oui, bien sûr. Si ça marche, la logique serait dans un premier temps que Alain barre et que moi, je fasse la tactique.


vetv.com : Et admettons que vous ne trouviez pas le budget avant la fin de l'été 2011, que feras-tu ?
B.P. :
J'ai deux projets sportifs dans les cartons... Mais ma priorité, c'est plus que jamais de faire cette 34e Coupe. Car je le répète, notre projet est cohérent.


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À lire dans le Voiles et Voiliers, daté avril, n°482, l'enquête de Loïc Le Bras sur les trois équipes françaises inscrites et l'histoire des défis français.