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America’s Cup World Series

Thierry Barot : «Nous voulons créer de l’intérêt en Chine !»

Manager général de China Team, Thierry Barot, 53 ans, tente de mettre sur pied le deuxième défi chinois de l’histoire de la Coupe de l’America. Pas simple. Même dans un pays à plus de 15% de croissance par an.
  • Publié le : 19/12/2011 - 00:02

Thierry Barot, China TeamA 53 ans, Thierry Barot, longtemps équipier sur les Class America, est désormais le nouveau patron de China Team. Photo @ Gilles Martin-Raget 34e America"s Cupvoilesetvoiliers.com : Thierry, quel est ton rôle au sein de China Team ?
Thierry Barot : Depuis maintenant un an, à la demande de Monsieur Wang Chaoyong, qui était déjà le patron de China Team en 2007, j’ai pris la position de manager général, CEO pour les Anglo-Saxons. Donc, je suis directeur de l’équipe. Mon rôle depuis le début a été de créé deux structures. Une marketing et l’autre technique. La première s’occupe de présenter notre projet, de contacter les sponsors et de réunir les fonds pour pouvoir participer à la 34e Coupe de l’America (San Francisco 2013, ndlr). La partie technique s’occupe de toutes les études sur l’AC72, d’organiser toute la base qu’on avait à San Diego, de l’AC45, de réunir l’équipe sportive et de s’occuper du management de l’équipe sportive jour après jour.

vetv.com : Où en est justement China Team dans sa campagne pour la 34e Coupe ?
T.B. : Suite aux différentes choses qui se sont passées cette année et à la conjoncture économique globale, extérieure à la Coupe de l’America, il nous a fallu être très vite réaliste.
Aujourd’hui, tout est prêt. Nous avons un chantier en stand-by, les pré-commandes de carbones sont faites. Les questions sont de savoir si on part sur un budget minimum, soit 43 millions d’euros. Cela comprend les deux saisons d’entraînement en AC45 et la construction de l’AC72 avec deux ailes.

vetv.com : Depuis combien de temps habites-tu en Chine ?
T.B. : Je suis venu pour la première fois en 1993. Je me suis ensuite installé à Hong Kong en 1997. J’ai fait quelques allers-retours pour suivre différents projets de voile internationaux, comme Club Med et la Volvo Ocean Race avec Grant Dalton. J’ai démarré sur la première campagne de China Team en 2004. Au total, cela fait un peu plus de quinze ans que j’habite en Chine.

vetv.com : Tu parles chinois ?
T.B. : Euh, non ! Pas encore. Ça vient. Il me faudrait avoir un peu plus de temps en dehors de mon travail pour reprendre des cours. Le chinois est un langage qui comprend environ 800 signes. On dit qu’il faut maîtriser 400 signes pour arriver à lire, écrire et communiquer. C’est une question de temps.

AC45 de China TeamL'AC45 de China Team lors d"un run de vitesse sur 500 mètres dans la baie de San Diego.Photo @ Gilles Martin-Raget 34e America"s Cupvetv.com : Aujourd’hui, vous n’avez donc toujours pas le financement pour disputer la prochaine Coupe de l’America. A ce stade, alors que nous sommes déjà fin 2011, est-on obligé de prendre le package architectural proposé par les organisateurs ? (les Français ont annoncé qu’ils choisiraient cette solution s’ils trouvent le budget)
T.B. : Depuis le mois de mars, nous avons décidé de prendre le package. Dans le protocole, il est important de savoir que le premier AC72 ne peut être mis à l’eau avant juillet 2012 et qu’il n’y aura que 30 jours de navigation autorisés le reste de l’année. On sait que la mise au point d’un bateau est toujours très long. Surtout sur la Coupe de l’America. Aujourd’hui, par expérience, dire qu’on va développer dans plein de directions, c’est prendre le risque de se perdre. Dans le passé, on a eu des exemples nombreux sur la Coupe, comme en Orma 60, où des projets apparemment innovants n’ont pas fonctionné. A cause du temps, on est dans une phase de compromis. Il faut accepter de se donner des priorités.

vetv.com : Parmi ces priorités, vous souhaitez avoir des marins chinois à bord, ce qui n’était pas vraiment le cas la dernière fois, à trois exceptions près…
T.B. : En 2007, on a fini avec six marins chinois dans l’équipe, dont trois à bord en même temps. Pour nous, c’est important que ce projet chinois suscite un intérêt en Chine. Aujourd’hui, si on achète les meilleurs marins du monde, l’intérêt en Chine sera quand même très limité. Il nous faut des marins chinois pour créer cet intérêt. A partir de ce mois-ci, on veut démarrer notre entraînement en Chine. On a déjà recruté un ancien basketteur, on a une ancienne star du football qui va nous rejoindre, on a des rameurs qui ont participé aux JO de Pékin. Bref, on a déjà un groupe de sportifs qui ont déjà une réputation dans d’autres sports. Ils vous nous rejoindre et on va s’entraîner. Rien que ça, cela va créer de l’intérêt en Chine.

vetv.com : Parce qu’on ne trouve pas des marins chinois, il faut aller chercher d’autres athlètes ?
T.B. : Le problème en Chine, comme dans beaucoup de pays,la filière voile se limite à la voile olympique. Et malheureusement, les gabarits de ces athlètes-là tournent souvent entre 72 et 78 kg. Sur la Coupe, les athlètes doivent faire plus de 85 kg ! Donc, dans le réservoir que nous avons en Chine, ces gens-là n’existent pas. L’AC45 est un bateau très physique. Le 72 pieds sera encore pire, avec une moyenne de poids plus proche des 87 kg.

Cérémonie chinoiseCérémonie dans la tradition chinoise, avec dragons et tambours, en ouverture de l'America"s Cup World Series de San Diego.Photo @ Gilles Martin-Raget 34e America"s Cupvetv.com : Depuis un an, les règles ont pas mal évolué grâce aux négociations avec les challengers. Est-ce que les «petites équipes» ont aussi leur mot à dire ?
T.B. : Oui, c’est très important. ACRM a fait un travail extraordinaire. Le projet a démarré d’une page blanche en septembre 2010. Le premier AC45 a navigué en janvier. En août, on disputait la première régate à Cascais. Et lorsqu’on regarde ce qu’on avait à San Diego, c’est tout simplement incroyable. Ils ont vraiment fait un travail extraordinaire. Ils sont à l’écoute de tout le monde. A San Diego, Ian Murray (directeur d’ACRM, ndlr) est passé nous voir tous les jours pour demander comment ça va, savoir si on a des idées. Il y a des discussions en permanence sur tous les sujets.

vetv.com : Combien êtes-vous dans l’équipe ?
T.B. : Presque une trentaine.

vetv.com : Et il y a encore beaucoup de Français, comme en 2007 ?
T.B. : Il y a Noëlle qui s’occupe du marketing, Yann Dabadie qui gère la technique, Pippo qui entretient et répare le bateau et le préparateur physique. Ah oui, il y a aussi Sylvain Barriel qui gère le programme voiles. On était déjà ensemble sur French Kiss en 1987 ! Un équipier de longue date… Qui en plus habite San Francisco. C’est donc le parfait agent local. Sinon, on a beaucoup de personnels chinois.

vetv.com : Quel est ton parcours ?
T.B. : Je suis arrivé à la voile assez tard. J’ai d’abord pratiqué l’athlétisme à Montauban. Saut en hauteur, 110 mètres haies et 400 mètres plat. A l’âge de 16 ans, je suis passé à l’aviron. J’ai de suite été parmi les meilleurs rameurs français. Avec le Huit de l’Equipe de France, j’ai terminé 5e au Championnat du Monde. Suite au boycott des JO de Moscou, j’ai arrêté l’aviron. Etant Montalbanais, j’ai été aspiré vers le rugby. J’ai joué trois années à Montauban, puis à Perpignan. Je jouais 3e ligne aile. Il y avait un joueur américain dans l’équipe. Il m’a emmené aux Etats-Unis en 1983 et j’ai passé trois ans à Los Angeles comme entraîneur de rugby à UCLA. Je suis rentré en France fin 1985. Et à la fin d’une saison de ski, ah oui parce que je suis aussi moniteur de ski, j’ai lu une petite annonce dans Voiles et Voiliers : «SOS gorilles ! Marc Pajot cherche des athlètes pour la Coupe de l’America.» J’ai répondu à l’annonce et depuis j’ai suivi le chemin de la Coupe… En même temps, j’ai fait de la planche à voile de vitesse. J’ai repris le rugby entre les éditions de Coupe de l’America. J’ai même été International de rugby en Andorre !

Charlie Ogletree, skipper de China TeamLe Britannique Charlie Ogletree est le skipper de l'AC45 China Team. Mais c'est l'Autrichien Andrea Hagara qui barre le catamaran chinois.Photo @ Ricardo Pinto 34e America"s Cupvetv.com : Revenons aux AC45. Mitch Booth était le barreur de China Team sur la première épreuve à Cascais, et depuis Plymouth, c’est Andrea Hagara le nouveau barreur. Pourquoi ?
T.B. : (hésitant) On s’est posé beaucoup de questions sur la construction de l’équipe sportive au départ. Je me suis posé la question de prendre aussi des marins français. Quand on est CEO d’une équipe, on reçoit beaucoup d’emails. On a d’un coup plein d’amis qui appellent ! Avec Yann Dabadie, on s’est posé beaucoup de questions. On a tenté l’expérience avec Mitch. On cherchait quelque chose, on ne l’a pas trouvé. On a simplement arrêté. Dans une équipe de rugby, quand on cherche un buteur, si la personne ne fait pas l’affaire, on se sépare. Il n’y a pas de secret. On est parti sur l’idée de prendre quelqu’un du Tornado. Je pense qu’on a été les premiers à le faire (Glenn Ashby et Yann Guichard faisaient déjà partie de Team New Zealand et Energy Team, ndlr). Je suis tout à fait conscient qu’il nous faut des marins venus du gros bateau. Là, on vient de s’associer avec une équipe de match-racing, celle de Phil Robertson. Notre prochaine étape sera de renforcer l’équipe pour s’entraîner cet hiver et montrer un tout autre visage à Naples.