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Coupe de l’America - Interview

Bertrand Pacé : «En France, la Coupe fait peur»

  • Publié le : 18/05/2012 - 00:01

Label jeune et FFVSoutenu par Hugues Lepic, l'équipe d'Aleph naviguait avec le label Équipe de France de la FFV : sous l'égide d"Alain Gautier et de Bertrand Pacé, les jeunes avaient leur place à bord de cet AC 45 barré en dernier lieu par Pierre Pennec.Photo @ Ricardo Pinto (www.americascup.com)

Après ses révélations de la semaine dernière, Bertrand Pacé (deux titres mondiaux de match-race) déballe tout sur la Coupe de l’America à laquelle il a participé six fois – et a dû renoncer avec Aleph.

 

Bertrand Pacé, six participations à la CoupeBertrand Pacé s'était positionné pour l'édition 2013 aux côtés d'Aleph avant que l'équipe soit contrainte d'abandonner, début avril, faute d'avoir trouvé les moyens financiers suffisants.Photo @ Gilles Martin-Raget ACEAAprès le retrait de Aleph dans la préparation de la Coupe de l'America il y a de cela quelques semaines, Bertrand Pacé – six participations succesives à la Coupe de l'America, un titre mondial de match racing, vainqueur du World Match Racing Tour, une victoire dans l'Admiral's Cup et huit sacres au Tour de France à la Voile… – a accordé un long entretien (publié en deux volets) à voilesetvoiliers.com. La perle rare ! Car si Pacé est souvent critique et réticent envers la presse, quand il décide de se confier, il parle cash et n'élude aucune question…

Après une première interview dans laquelle il disséquait le TFV («Le M 34 est un gros bateau que l’on a castré», à lire ici), Pacé évoque aujourd’hui la Coupe de l’America, la Solitaire du Figaro, le match-race, la Volvo Ocean Race…

 

v&v.com : Aleph a été contraint d'abandonner la conquête de la Coupe de l'America 2013 qui se disputera à San Francisco. Le projet et l'équipe avaient pourtant belle allure avec des gens comme Alain Gautier, Fabrice Levet, toi et le soutien de la FFV ?
Bertrand Pacé :
Oui, c'est une aventure que nous avons commencée en octobre 2009 avec Hugues Lepic et Philippe Ligot et qui nous a quand même permis de disputer trois épreuves des Louis Vuitton Trophy en Class America, à Nice, à Auckland et à la Maddalena avec un équipage peu préparé. Ensuite, nous avons pris la décision de nous concentrer sur la Coupe 2013 et de bâtir un projet autour du Yacht club d'Aleph… Donc de rechercher des partenaires. Hugues Lepic a continué à investir, car il croyait vraiment au nouveau format de la Coupe et notamment au circuit AC 45.

v&v.com : Combien d'épreuves avez-vous disputées en AC 45 avant de devoir vous retirer ?
B.P. : Trois – Cascais, Plymouth et San Diego. La date butoir pour trouver des partenaires était fixée au 31 mars et comme nous n'en avions pas, nous avons été obligés d'arrêter.

v&v.com : Vous avez pourtant été proches de concrétiser avec un sponsor ?
B.P. :
Oui, on a été proches à plusieurs reprises, notamment avec deux grands groupes français au début de l'année 2011, puis à nouveau au début de l'année 2012.

v&v.com : Il y a comme une malédiction sur la Coupe en France avec votre retrait, celui de K Challenge et la difficulté pour les Peyron de boucler leur budget. Comment l'expliques-tu ?
B.P. :
Je pense que la Coupe fait peur à nombre d'entreprises. Le retour que l'on a eu, d'une manière générale, c’est que la Coupe est parfaitement cohérente d'un point de vue commercial et performante pour des entreprises, avec des retombées très fortes, du haut niveau sportif, du high tech… Mais elle reste un peu trop ostentatoire. Les partenaires potentiels nous disent souvent que la Coupe est trop liée à l'argent et qu'ils redoutent cette exposition.

Apprentissage multi expressLe temps de l'étape de Plymouth, Bertrand Pacé s'est retrouvé à la barre de l'AC 45 d'Aleph, bien qu'il n'ait que très rarement barré de multi avant ça... Malgré quelques difficultés, le skipper d'expérience s'est néanmoins vite fait à cet engin qu'il juge "fantastique".Photo @ Gilles Martin-Raget ACEA

v&v.com : Contrairement à la France, le sponsoring sportif est défiscalisé pour les entreprises en Espagne, par exemple. Penses-tu qu'il faudrait réfléchir à faire évoluer les choses dans ce sens, chez nous ?
B.P. :
Ça, c'est une décision purement politique, mais il est clair que ça aiderait énormément de projets à emerger et voir le jour, que ce soit en voile ou dans d'autres sports. Et pour la Coupe en France, je pense que ça nous aurait forcément permis d'avancer. Pourtant, nous avons eu le soutien sans faille de la Fédération française de voile très tôt, qui était un gage de sérieux tant au niveau technique que sportif.

v&v.com : Vous étiez bien avancés du point de vue technique justement ?
B.P. :
Oui, nous étions associés aux architectes VPLP pour l'aspect design team, aussi à Hervé Devaux pour l'aspect calculs et structures et nous avions un bagage technique et sportif important. L'idée était d'ouvrir au maximum l'équipe. Moi, ma volonté était de faire le lien sportif, pas forcément de naviguer coûte que coûte.

Pacé, à la barre de 6e SensPacé, ici à la barre de 6e Sens, le monocoque français dont il était le skipper pour la Coupe 2000, a participé à six Coupe de l'América, de 1987 à 2007.Photo @ Gilles Martin-Raget v&v.com : Toi qui as essentiellement barré des monocoques, comment s'est passé ton passage au multicoque ?
B.P. :
J'en ai fait très peu (Rires) ! Jusqu’ici, ma seule expérience à la barre se résumait à la participation à quatre Trophée Clairefontaine. J'ai très vite pris beaucoup de plaisir et ce que j'avais appris sur les monocoques était tout à fait transposable sur des multicoques à partir du moment où tu avais acquis les spécificités de ces bateaux.

v&v.com : Mais tu as aussi fait des Grand Prix ORMA en 60 pieds ?
B.P. :
Oui, j'ai fait une ou deux saisons avec Franck Cammas sur Groupama et une avec Karine Fauconnier sur Sergio Tacchini, comme tacticien. Même si d'un point de vue tactique, ce n'était pas très riche, car en définitive quand tu avais choisi ton côté, tu essayais d'y rester car ce sont des bateaux qui viraient plutôt mal, contrairement aux AC 45.

v&v.com : Justement en AC 45, tu ne t'es pas si mal débrouillé pour un non spécialiste du multi ?
B.P. :
L'AC 45, je l'ai découvert avec Alain Gautier à Cascais au Portugal, juste après le Tour de France. Je me suis retrouvé à la barre le dernier jour à Cascais, puis à Plymouth. Et personnellement, j'ai trouvé ce bateau fantastique ! Mes performances n'ont pas du tout été régulières. Sans une vraie connaissance du support et très peu d'entraînement, c'est très difficile ! J'ai fait de bonnes manches et d'autres catastrophiques. Mais ce que je retiens de cet AC 45, c'est que c'est un engin incroyable. L'aile, c'est quelque chose de passionnant à utiliser. Tu arrives à gérer la surpuissance d'une façon remarquable, en la vrillant, en l'applatissant… Pour moi, ça a été une experience géniale, dans ma vie de sportif. C'est sûr que j'aurais aimé approfondir et aller un peu plus au-delà, car ce format de course et ce bateau sont clairement passionnants, et je commençais à sentir ce bateau. Mais bon, j'ai quand même eu ma chance, même si elle a été tronquée par trop peu de navigation. J'en ressors avec un sentiment partagé. Mais nous ne sommes pas si nombreux à avoir eu ce privilège de barrer des bateaux pareils.

v&v.com : Que penses-tu de l'avenir de la Coupe aujourd'hui ?
B.P. :
Un petit retour dans le passé récent semble nécessaire. En juin 2007 à Valence, il y avait beaucoup d'équipes, une vraie volonté de changement, de belles promesses, comme celle d'avoir une épreuve plus démocratique, plus ouverte, plus séduisante sportivement… Puis, il y a eu le choix des Suisses d'Alinghi de changer de bateau et le protocole – quelque part inacceptable –, puis la bataille juridique avec les Americains d'Oracle et finalement cette régate tronquée en février 2009… Tout ça a détruit la dynamique qu'il y avait. Aujourd'hui, la Coupe essaye de se reconstruire et passer en multicoque me paraît une super idée. Mais on ne saura qu'à la fin de l'édition 2013 si c'était le bon choix. En France, compte-tenu du contexte économique actuel et le fait que les projets demandent énormément d'argent, on n'a une nouvelle fois pas réussi à trouver les financements et à travailler dans le long terme. Même si les frères Peyron vont peut-être y aller, ça va être encore à l'arrache… Et ça, ce n'est jamais bon. Pour disputer la Coupe – on ne le sait que trop bien –, il faut un financement tôt ; il n’est pas forcément nécessaire qu’il soit le plus important possible, en revanche, il faut avoir le temps avec soi.

Admiral"s Cup 93Avec l'équipe de Corum, Bertrand Pacé (ici au rappel) a notamment remporté l'Admiral's Cup 91. Toujours attiré par le large, le skipper a également navigué dans des formats inshores et le Tour de France à la Voile.Photo @ Didier Ravon

v&v.com: Tu suis la Volvo ? Tu aurais aimé la courir, toi qui affectionnes le large ?
B.P. :
Bien sûr, j'aurais adoré la courir ! C’est un super Tour de France à la Voile sur des bateaux passionnants et difficiles. Je suis la course de façon assidue… Deux à trois fois par jour, déjà, car sur Groupama 4, j'ai pas mal de copains. Je suis très déçu qu'il y ait aussi peu de bateaux et on voit bien que le contexte économique n'a pas été favorable. Quand tu vois une étape se finir avec trois, voire à peine deux bateaux et demi, c'est quand même préoccupant. Mais c'est une fabuleuse régate !

v&v.com : Et le Figaro, c'est une course qui te tente ?
B.P. :
Ah oui alors ! Il y a un an et demi, j'ai essayé de trouver un partenaire pour la disputer. Mais je ne veux pas faire le Figaro pour me dire que je l'ai fait – à plus de 50 ans, galérer pour le faire coûte que coûte ne m'intéresse pas. L'épreuve est géniale, le niveau est super haut, mais si je dois le disputer, c'est dans de bonnes conditions, avec le budget dès l'année précédente de façon à pouvoir anticiper, répondre à tous les problèmes ou du moins se poser les bonnes questions. Je crois avoir une bonne idée de comment il faut l'aborder. C'est une course complexe et il ne suffit pas d'être un bon marin et d'être rapide au près. C'est vraiment une épreuve que je regrette de ne pas avoir encore faite. Et je rêve encore de la courir, même à mon âge !

WMRT 2010En 2010, Bertrand Pacé et son équipage avaient pris part au circuit mondial de match-race et terminaient à la 11e place, tandis que Mathieu Richard était battu sur le fil par un certain Ben Ainslie.Photo @ Brendon O"Hagan www.subzeroimages.comv&v.com : En France, tu es l'unique champion du monde de match-race et le premier vainqueur du World Tour en 2000. Tu penses qu'un autre Français puisse aujourd'hui te succéder ?
B.P. :
J'ai un peu l'impression que les Français sont passé à côté, les trois ou quatre dernières années, que ce soit Seb (Col, ndr) ou Mathieu (Richard, ndr). Ils n'étaient pas vraiment loin pourtant. C'est d'autant plus dommage que la FFV avait mis en place une super structure et une équipe de France qui n'existait pas à mon époque. Je pense qu’aujourd'hui, Pierre-Antoine Morvan – qui possède non seulement beaucoup de qualités pour le match race, mais a une culture pluridisiplinaire (multi, TFV…) – a le potentiel requis. C'est tout ce que je lui souhaite. C'est un challenge difficile, mais il a une bonne équipe. J'espère qu'il pourra être champion du monde.

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