Photos, articles, vidéos… de la 35e édition de la légendaire Coupe de l'America

Actualité à la Hune

34e Coupe de l’America

Défi français : les ambitions d’Aleph

Le lancement officiel d'Aleph, défi français pour la 34e Coupe de l'America, a eu lieu à Paris, au siège de la Fédération française de voile, le 30 septembre dernier. Bertrand Pacé en est le skipper et directeur sportif. Il espère bien monter une équipe tricolore capable de rivaliser avec les plus grands syndicats. Et présente, avec le manager Philippe Ligot, les premières lignes d'un projet ambitieux. Et réaliste ?

  • Publié le : 03/10/2010 - 06:06

Conférence de presse De gauche à droite, les membres du team Aleph : Bertrand Pacé, Jean-Michel Hieaux, Philippe Ligot, Patrick Goddet. Photo © Morris Adant

<J'y crois comme jamais !> Bertrand Pacé a participé six fois à la Coupe de l'America. Il a navigué avec les Français, les Néo-Zélandais et les Américains. Après avoir disputé plusieurs Louis Vuitton Trophy avec Aleph, il souhaite désormais <prouver que la France a les talents pour gagner la Coupe en 2013.> Des objectifs sportifs clairement affirmés qu'il tempère : <Je sais aussi que je ne le ferais pas seul.>

Car, pour se démarquer des projets français plus ou moins réussis des années passées, Aleph Team France veut jouer la carte de la cohérence et de la popularité.

Première chose, le soutien de la Fédération Française de Voile. Jean-Pierre Champion promet un label <Équipe de France pour la 34e America's Cup>... qui n'a pas encore été attribué à Aleph. Il devrait toutefois l'être dès l'inscription officielle de l'équipe, laquelle sera possible à partir du 1er novembre.

Le budget, ensuite. <Pour avoir les moyens de nos ambitions, dont deux bateaux mis à l'eau>, Philippe Ligot annonce une somme moyenne de 50 millions d'euros sur trois ans. La somme semble inférieure aux estimations des spécialistes, mais il faut y ajouter 20 % de dépenses supplémentaires prises en compte par des partenaires techniques. En comparaison, BMW Oracle a annoncé le chiffre de 70 à 80 millions de dollars.

Pacé aux commandes Bertrand Pacé, champion du monde de match-race en 1994, six participations à la Cup, ici à la barre d'Aleph pendant un match du Louis Vuitton Trophy. Photo © Paul Todd Côté planning, les responsables d'Aleph ont fixé une date limite à leur recherche de fonds : début mars 2011, soit un mois avant la clôture des inscriptions. Soutenu par Jean-Michel Hieaux (déjà présent sur le défi French Kiss), Ligot est clair : <Nous déclarerons forfait si nous n'avons pas rassemblé le budget d'ici là. Quand il s'agit de la Coupe, il vaut mieux 40 millions en avance que 80 au dernier moment.>

Qu'en est-il des designers qui devront créer un bateau performant et conforme au nouveau protocole ? L'AC 72, prochain support de la Coupe, sera un catamaran de 72 pieds doté d'une aile rigide. Un multicoque... Ce qui réjouit les Français, experts en la matière. Pacé : <Nous avons les compétences pour dessiner et construire un cata rapide.> Le skipper a déjà pris quelques contacts, mais souhaite <rester ouvert.> Selon lui, il faut réunir les meilleurs dans les quatre domaines suivants : aérodynamique, hydrodynamique, dessin de la plate-forme et structure. <Les contraintes techniques seront incroyables ! Le bateau doit être démontable, il doit pouvoir sortir par 3 à 33 noeuds de vent... La structure du bateau, de l'aile et des foils sera l'une des clés du design.>

Les navigants aussi devront être à la hauteur de ce nouveau support. Pacé compte réunir une vingtaine de sportifs d'ici 2011. Une majorité de Français, évidemment, mais la présence de wincheurs et de régleurs étrangers lui semble obligatoire. Le patron parle ici de trois compétences nécessaires à l'équipe : connaissance du match-race, de la Coupe de l'America elle-même et du multicoque. <Moi, par exemple, j'ai deux de ces compétences - il m'en manque une !>
Aleph en action La Maddalena, Sardaigne, mai dernier : match-race à l'ancienne pour Aleph à bord d'un des Class America du Louis Vuitton Trophy. Photo © Paul Todd Bertrand Pacé reconnaît volontiers avoir peu d'expérience en multi et se veut d'abord un catalyseur. <Je n'ai aucune prétention à barrer ce bateau. Ce sera le meilleur qui barrera. Mais j'ai fait quelques saisons à la tactique sur Groupama, avec Franck Cammas, et plusieurs Trophées Clairefontaine. C'est une approche différence, même si le match-race garde ses bases.>

Le plan de route d'Aleph est tracé, ses ambitions et ses limites aussi. Pacé, souriant, se confie : <J'aimerais que, pour une fois, on ait un challenge français cohérent.> Et d'ajouter : <En France, personne n'a vraiment réussi à réunir les trois pierres angulaires d'une campagne réussie : les fonds, les designers et l'équipe sportive. Aujourd'hui, il s'agit de passer du rêve à la réalité.>