Photos, articles, vidéos… de la 35e édition de la légendaire Coupe de l'America

Actualité à la Hune

Coupe de l'America

Dans un mois la Coupe !

Le 26 mai prochain, les six concurrents de la 35e America’s Cup vont entrer en lice aux Bermudes avec les Louis Vuitton America’s Cup Qualifiers, première phase éliminatoire en deux rounds robins. Objectif : ne pas terminer dernier sous peine d’éjection. À 30 jours des premiers duels, certains teams sont en forme, d’autres moins. Ce constat est le fruit des observations réalisées lors des deux semaines de régates d’entraînement qui ont eu lieu en mars et avril sur le plan d’eau de Great Sound. Une troisième session est en cours, occasion de découvrir les performances d’Emirates Team New Zealand, jusque-là absent des débats. Mais la hiérarchie actuelle a le temps de basculer dans les quatre prochaines semaines, tant les progrès peuvent être fulgurants et les comportements différents dans les vents plus légers du mois de mai. «Nous sommes dans le money time» clament les Français Mick Kermarec, Nicolas Rousselon et Simon Watin, les hommes-clés du design team d’Artemis, l’équipe qui a fait la plus forte impression ces derniers jours, avec une pointe de vitesse enregistrée à 47,6 nœuds ! Du temps, de l’argent, un bon recrutement, de l’expérience, de la créativité, de la réactivité, la capacité à aller très vite, à exécuter l’ensemble du parcours en vol, tels sont les piliers qui feront la force d’une équipe dans les deux mois qui viennent. Revue des équipes en lice sous les regards avisés de quelques vétérans de la Cup…
  • Publié le : 26/04/2017 - 07:25

Oracle et Artemis entraînementsArtemis Racing et Oracle Team USA, les deux équipes fortes ... du moment.Photo @ Austin Wong/ACEA
«Les trois équipes en forme en ce moment sont celles qui sont présentes aux Bermudes depuis un an et demi», explique Thierry Fouchier, le régleur d’aile de Groupama Team France, seul marin Français à avoir remporté la Coupe (2010). Pendant tout ce temps, Artemis Racing, Oracle Team USA et SoftBank Team Japan ont navigué ensemble, se sont observés, ont appris les uns des autres. «Mais la force de ces équipes est aussi liée à la force du vent, tempère Bertrand Pacé, le coach des Français. Aujourd’hui, on a fait très peu de régates dans la fourchette 7-11 nœuds – les conditions attendues fin mai et juin pour les épreuves de la Coupe, ndlr -. On s’est beaucoup confrontés dans la brise et dans ces conditions, les plus impressionnants sont les Suédois d’Artemis».
Honneur, donc, à l’équipe venue du froid…

Artemis entraînementLes Suédois d’Artemis, l’équipe forte du moment.Photo @ Austin Wong/ACEA
Artemis Racing (SWE)
Barreur : Nathan Outteridge (AUS)
Expérience des bateaux volants : Challenger sur la 34e en AC72

C’est l’équipe forte du moment. Les Suédois ont remporté toutes les manches (9) disputées mi-avril à l’entraînement. Redoutables en vitesse et en manœuvres dans la brise, notamment au portant, ils ne devraient plus tarder, à l’instar de leurs adversaires, à tester leurs foils de petit temps. Occasion de vérifier s’ils sont en mesure de cocher toutes les cases. «Il ne faut pas avoir de point faible, sinon tu es mort» confirment Michel «Mick» Kermarec, Nicolas Rousselon et Simon Watin, la french touch ultra-talentueuse recrutée en 2013 dans le design team d’Artemis. «Notre point fort, disent-ils, ce sont nos navigants. Ce qu’ils font sur l’eau est exceptionnel et ils sont forts techniquement». Barreur réputé pour sa finesse et son feeling, l’Australien Nathan Outteridge fait partie des hommes–clés de ce groupe suédois plein de fraîcheur.

SpithillJames Spithill, barreur d’Oracle Team USA. Discours pour le lancement du Class AC américain à côté de l’aiguière d’argent, le trophée de la Coupe détenu par Oracle depuis 2010.Photo @ Austin Wong/ACEA
Oracle Team USA
Barreur : James «Jimmy» Spithill (AUS)
Defender de l’America’s Cup depuis 2010

Détenteurs du trophée depuis un duel historique contre Alinghi à bord de leur grand trimaran ailé, les Américains d’Oracle ont mis en place toutes les règles du jeu de la Coupe… avec la bénédiction de la majorité des challengers. Sur le papier, ils sont les grands favoris. «Ils n’ont pas de ‘trou’. Ne font pas d’erreur. Ils utilisent leur AC50 à la perfection, vont vite et manœuvrent très bien. Je pense qu’ils sont supérieurs à tout le monde au près, notamment dans la tranche 12-20 nœuds. Avec Artemis, ceux sont eux les top guns» analyse Bertrand Pacé. «Leur force principale, poursuit Thierry Fouchier, c’est leur expérience de l’America’s Cup. Et c’est leur barreur. Jimmy, la régate, il l’a déjà gagnée le matin en conférence de presse. Sans rire. C’est l’une des forces principales du syndicat».

NB : Bertrand Pacé et Thierry Fouchier ont tout deux œuvré pour Oracle. Le premier lors de la 32e America’s Cup à Valencia. Le second dans l’édition d’après. Thierry était à bord du trimaran géant lorsque les Américains ont raflé le Trophée à Alinghi.

entrainements hamiltonLes entraînements aux Bermudes début avril entre cinq des six équipes. Les Néo-zélandais étaient les derniers à arriver mi-avril. Photo @ Austin Wong/ACEA
SoftBank Team Japan
Barreur : Dean Barker (NZL)
«Nouvelle» équipe
Remercié par Emirates Team New Zealand suite à l’incroyable défaite en finale de la 34e America’s Cup, Dean Barker s’est retrouvé à la barre et aux commandes de cette équipe japonaise largement fomentée par le Defender Oracle et son ancien mentor Russell Coutts. Surnommé «Joracle», ce syndicat, nouveau venu sur le papier, regroupe en fait un effectif très expérimenté. Jusqu’à présent, Team Japan a été le partenaire privilégié du Defender avec qui il a partagé des éléments de design, de la R&D et des entraînements. Mais leurs performances sont encore un peu en deçà de celles des Américains. Dean Barker, biberonné à la Coupe depuis ses 20 ans, est un barreur hors pair, à la tête d’un équipage qui exécute parfaitement chaque manœuvre. Pour mémoire, il y a tout juste un an, les Japonais étaient les premiers à avoir passé le «foiling tack» (virement de bord en vol).

BurlingPeter Burling, barreur d’ETNZ.Photo @ Ricardo Pinto/ACEA 2016
Emirates Team New Zealand
Barreur : Peter Burling (NZL)
Détenteurs de la Coupe de 1995 à 2000
Finalistes contre Alinghi en 2007 puis Oracle en 2013

À la fois adorés et détestés, les Kiwis cultivent leur singularité. Ils sont les derniers à être arrivés aux Bermudes mi-avril. Ont développé des vélos pour wincher et réservent probablement encore quelques surprises à leurs adversaires qui craignent «le petit coup d’avance» dont ils ont souvent le secret. Personne n’oublie qu’ils ont été les premiers à faire «foiler» leur AC 72… Il y a moins de 3 ans. Tous les teams n’ont aujourd’hui qu’une hâte : voir les Néo-Zélandais sur l’eau et confronter leur AC50 aux autres sur le terrain de jeu bermudien. Or, ces derniers n’étaient pas sûrs d’être prêts à régater cette semaine pour la troisième série de confrontations amicales. Aucun doute cependant : Emirates Team New Zealand sera une des équipes très fortes de cette 35e édition. Leur principal atout : une expérience énorme de la Coupe, dans la défaite comme dans la victoire.

BAR RacingLes Anglais en manque de vitesse lors des premiers entraînements dans Great Sound.Photo @ Harry KH/Land Rover BAR
Land Rover BAR (GBR)
Barreur : Ben Ainslie (GBR)

Nouvelle équipe
La superstar olympique Ben Ainslie s’est lancé une mission : «Bring the Cup Home», Ramener la Coupe à la Maison. Pour cela, l’équipe anglaise a fait les choses en grand et est réputée bénéficier du plus gros budget de cette 35e édition. Vainqueur des Louis Vuitton America’s Cup Series (circuit AC45), ils bénéficieront de 2 points bonus au moment d’entrer en compétition le 26 mai. Et ils en auront peut-être besoin ! Jusqu’à présent, et malgré une équipe composée d’excellentes recrues (équipe technique et navigants), nos voisins anglais ont déçu sur l’eau. «Au début, ils étaient complètement à la rue en vitesse. Ils se prenaient 1 minute à 2’30 à chaque régate, explique Bertrand Pacé. Ils ont certainement eu des problèmes avec leurs foils qui sont particuliers : ils sont dotés d’un coude en titane qui leur permet de changer le tip (la partie basse). Ce système a des avantages et des inconvénients : tu bosses toutes les nuits pour lisser la surface parce que des craquelures se forment à la jonction. Ils semblent avoir changé de tip ou de foils car sur les derniers entraînements, ils ont réussi à réduire de moitié leur retard. À part ça, ils manœuvrent très bien et sont très élégants à voir naviguer.»
 

En résumé
Trois équipes au top – Oracle, Artemis et vraisemblablement Team New Zealand -, des Japonais à très fort potentiel, des Anglais qui doivent remonter la pente et des Français en super-outsiders (voir notre interview de Franck Cammas datée du 20 avril), tel est le tableau à un mois des hostilités. Mais ce tableau est très loin d’être figé. «En quatre semaines, toutes les équipes ont largement le temps de progresser, de faire des modifs sur les foils, les safrans, les systèmes de contrôle, la manière de manœuvrer, d’utiliser le bateau, confie Michel Kermarec. Nous sommes encore tous en phase d’apprentissage et chaque équipe avance par palier, par phase. Il faut simplement arriver dans le bon cycle au bon moment pour être prêt le jour J.»