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Louis Vuitton America’s Cup World Series

Dean Barker : «Pour une Coupe tous les deux ans !»

Pas de régates courues samedi sur le lac Michigan par manque de vent. Du coup, les organisateurs ont validé la manche de substitution disputée vendredi et remportée par SoftBank Team Japan. Interview avec son skipper, Dean Barker, victorieux de la Coupe en 2000 et impliqué dans cet événement depuis plus de vingt ans.
  • Publié le : 12/06/2016 - 10:18

Portrait Dean BarkerDean Barker, 44 ans, directeur général et skipper de SoftBank Team Japan, a consacré plus de la moitié de sa vie à la Coupe de l'America. Photo @ Ricardo Pinto/ACEA

Voilesetvoiliers.com : Tu as remporté la régate de substitution à New York, mais elle n’a pas compté. Cette fois-ci c’est une victoire qui compte…
Dean Barker :
C’est bien que cette régate compte. On a eu une superjournée hier (vendredi, ndlr) sur toutes les manches d’entraînement. On a bien travaillé en tant qu’équipe. C’est agréable que les résultats soient là. Sur les autres épreuves, nous régations bien, mais il n’y avait pas le résultat à l’arrivée. On faisait de toutes petites erreurs qui nous coûtaient cher. Hier, on a encore fait quelques erreurs, mais on a réussi à se rattraper et les résultats sont là. C’est très encourageant et agréable de remporter enfin une régate officielle…

Voilesetvoiliers.com : Et pour la première fois, vous êtes en tête du classement. Cela rajoute de la pression pour dimanche ?
D. B. :
Pas vraiment. Le dimanche est toujours la journée où tout se joue. La pression est toujours là. C’est une journée où les points comptent double, donc il faudra faire trois bonnes courses. Normalement, il devrait y avoir plus de vent demain. Un vent de Nord-Est, donc plus froid. Les grosses chaleurs des deux derniers jours ont rendu le vent très instable. Surtout avec la ville qui renvoie beaucoup de chaleur. Elle a beaucoup d’influence sur le vent. Si on a de la chance, cela devrait être très spectaculaire dimanche.

Voilesetvoiliers.com : Qu’est-ce qui a changé dans ta vie en passant de skipper d’Emirates Team New Zealand à directeur général et skipper de SoftBank Team Japan ?
D. B. :
C’est un énorme changement pour moi. Chez Team New Zealand, mon travail se concentrait sur la navigation et le design. Je ne m’occupais pas du reste. Maintenant que je suis responsable de toute l’équipe, il y a beaucoup de pression. Mais j’ai beaucoup de chance qu’on m’ait confié de telles responsabilités. Monter l’équipe, l’installer aux Bermudes dans une nouvelle base. C’est très excitant et nous sommes impatients d’être en 2017 pour disputer la Coupe.

SoftBank Team Japan L'équipage de SoftBank Team Japan est composé d'un Japonais et de quatre Néo-Zélandais comme Dean Barker.Photo @ Ricardo Pinto/ACEA

Voilesetvoiliers.com : Comment partages-tu ton temps entre directeur général et skipper ?
D. B. :
Ma première préoccupation est de bien m’entourer pour pouvoir m’appuyer sur les bonnes personnes. C’est un équilibre à trouver. Sur les six derniers mois, j’ai culpabilisé de passer plus de temps à m’occuper de l’équipe plutôt que de m’entraîner. Ça s’est ressenti dans les résultats peut-être. Maintenant, l’objectif est de naviguer et de développer le bateau. Et plus on va se rapprocher de la Coupe, plus je vais passer de temps sur l’eau. D’où l’importance de pouvoir s’appuyer sur les bonnes personnes. On est une petite équipe. Il n’y a pas trop de problèmes à régler, donc c’est assez facile.

Voilesetvoiliers.com : Que peux-tu nous dire du partenariat technologique que vous avez passé avec Oracle Team USA ? Combien de personnes travaillent dans le design team japonais ?
D. B. :
Trois ou quatre personnes travaillent dans notre design team. On s’appuie essentiellement sur cet accord que nous avons avec Oracle. Cela marche très bien. C’est à double sens car nous leur fournissons aussi pas mal d’informations sur nos développements, nos foils, etc. On s’entraîne beaucoup ensemble aux Bermudes. Cela permet de valider les équipements, de voir comment chacun règle ou manœuvre sur son bateau. Et quand on va régater, on enlève les gants et on se bagarre comme les autres. 

Voilesetvoiliers.com : Y aura-t-il des différences entre vos deux bateaux l’an prochain ?
D. B. :
On explore des idées différentes pour le moment mais rien ne nous interdit de faire exactement le même bateau qu’eux. Ça serait bien que ce soit les deux bateaux les plus rapides. Tout ce travail commun est un vrai avantage.

Dean BarkerLa Coupe de l'America, Dean Barker l'a soulevé en 2000 lorsque Russell Coutts lui a laissé la barre de Team New Zealand pour la 5e et dernière manche.Photo @ Ricardo Pinto/ACEA

Voilesetvoiliers.com : Tu es impliqué dans la Coupe de l’America depuis vingt-trois ans maintenant. Comment vois-tu les vingt prochaines années ?
D. B. : Oui, c’est plus de la moitié de ma vie. J’ai commencé à naviguer avec Team New Zealand en 1993. Pas facile de dire si je vais faire ça encore vingt ans ! J’aimerais continuer le plus longtemps possible. Mais je ne rajeunis pas et ces bateaux deviennent de plus en plus physiques. Pour l’instant, ce n’est pas une barrière. Je me sens assez fort pour régater encore sur ces bateaux. Mais les choses changent et un jour il faudra passer la main à quelqu’un de meilleur. Mais si je peux être impliqué dans d’autres campagnes par la suite, j’en serais ravi.

Voilesetvoiliers.com : Russell Coutts*, qui était un peu ton mentor à tes débuts, fait toujours partie de la Coupe, même s’il ne navigue plus. C’est un parcours que tu aimerais suivre ?
D. B. :
Bien sûr. Russell Coutts a écrit de grandes pages de l’histoire de la Coupe et il est à l’origine aujourd’hui de sa transformation. Il faudrait être fou pour ne pas lui demander conseil. Il a toujours de bonnes idées.

Voilesetvoiliers.com : Si tu pouvais, travaillerais-tu toute ta vie dans la Coupe de l’America ?
D. B. :
Ça dépend de beaucoup de choses. Ma famille compte beaucoup. Elle a grandi dans cet environnement de la Coupe. C’est une vie de nomade. Pour l’instant, elle me soutient et apprécie cette vie. Vivre aux Bermudes n’est pas désagréable… Mais dans quelques années, c’est difficile à dire.

Voilesetvoiliers.com : Es-tu conscient que ta génération vit une véritable révolution dans l’histoire de la voile avec ces bateaux qui volent ?
D. B. :
Oui, je pense qu’on en reparlera pendant longtemps. Avoir des catamarans qui volent aujourd’hui sur l’eau, c’est assez dingue alors qu’on a commencé sur des monocoques qui pesaient 25 tonnes… Quand la décision fut prise de passer aux multicoques, je n’étais pas convaincu de notre capacité d’adaptation à un tel changement. Vous, les Français, étiez impressionnants avec vos grands trimarans et catamarans très puissants. On se demandait si l'on arriverait à se mettre au même niveau. Mais en appliquant la même méthodologie de travail qu’avant, on apprend vite, et maintenant tout le monde est au même niveau. Ces AC45 sont des monotypes très sympas à naviguer, mais d’un niveau technologique finalement très faible aujourd’hui comparé aux AC72 de la dernière Coupe ou aux futurs AC50 de la prochaine. Ce seront des bateaux tellement rapides et puissants ; dangereux aussi. Mais l’excitation et l’adrénaline sont sans commune mesure avec ce qu’on a vécu avant.

Chavirage OracleAprès Team New Zealand, ce fut au tour d'Oracle Team USA de chavirer vendredi. Rapidement redressé, l'AC45 a néanmoins terminé la manche. Photo @ Ricardo Pinto/ACEA

Voilesetvoiliers.com : La Coupe pourrait-elle revenir en monocoque maintenant ?
D. B. :
C’est très difficile à dire puisque la décision revient au defender. Mais nous discutons beaucoup aujourd’hui entre nous pour formater un peu l’avenir de la Coupe, augmenter sa fréquence (on parle d’une année sur deux, ndlr) et déterminer à l’avance à quoi ressembleront les prochaines éditions de la Coupe, le type de bateaux. Je suis d’accord avec cette démarche. J’espère que toutes les équipes le seront aussi. Ce n’est peut-être pas un point de vue partagé par les traditionnalistes, mais si on veut que la Coupe continue de grandir et reste un événement majeur, on a besoin de travailler dans la continuité. C’est comme ça qu’on pourra impliquer plus d’entreprises sur du long terme. Il faut une vision à plusieurs éditions.

Voilesetvoiliers.com : Tu as dit que ces bateaux sont dangereux. Les prochains le seront encore autant ?
D. B. :
Quand on va 40 nœuds sur des foils, s’il y a le moindre problème, ça se termine mal en général. Le risque zéro n’existera pas. On réduit les risques grâce à la préparation et à la qualité du travail de l’équipe à terre. Il est inspecté en permanence. Lorsqu’on quitte le quai, on sait que le bateau est fiable à 100 %. Mais tout peut quand même arriver. Il faut en avoir conscience. Il faut respecter le bateau et les équipements.

Voilesetvoiliers.com : Qu’est-ce qui fera la différence l’année prochaine ?
D. B. : Ce sera une combinaison de nombreux facteurs. La technologie sera toujours un point crucial. Donc les appendices, les systèmes de contrôle. Il reste de nombreux points à développer pour trouver des petits avantages sur les autres. On pourra voir des bateaux plus performants que d’autres dans certaines conditions. Ce sera très intéressant à vivre et à suivre...

ChicagoLa proximité des gratte-ciel de Chicago influence énormément les conditions météo sur le plan d"eau. Photo @ Ricardo Pinto/ACEA

Une première journée sans vent !

Encore une fois, la malédiction s’acharne sur les Louis Vuitton America’s Cup World Series. La Windy City, surnom de Chicago, était samedi écrasée de chaleur. Mais le vent s’est fait encore désirer, comme à New York le mois dernier. Du coup, les organisateurs, qui n’ont pas pu lancer de régate officielle, ont validé la manche de substitution courue vendredi. Une manche remportée par SoftBank Team Japan et marquée par le dessalage d’Oracle Team USA, surpris en pleine manœuvre par une rafale de vent et un concurrent sur le bord opposé. Un peu plus tôt dans la journée, sur une autre régate d’entraînement, c’est Emirates Team New Zealand qui avait chaviré. Jamais deux AC45 n’avaient encore chaviré le même jour. Aucun risque samedi faute de vent…

Classement provisoire (après 1 manche) des Louis Vuitton America’s Cup World Series :

  1. SoftBank Team Japan (Dean Barker), 10 points
  2. Artemis Racing (Nathan Outteridge), 9 points
  3. Groupama Team France (Franck Cammas), 8 points
  4. Emirates Team New Zealand (Glenn Ashby), 7 points
  5. Land Rover BAR (Ben Ainslie), 6 points
  6. Oracle Team USA (James Spithill), 5 points

 

* Russell Coutts est directeur général d’ACEA (America’s Cup Event Authority), l’organisateur de la dernière et de la prochaine America’s Cup.