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Michel Desjoyeaux : « Il faut remettre la machine en route »

Alors que les dernières régates des Louis Vuitton America’s Cup World Series de la saison vont se dérouler aux Bermudes dans dix jours, Michel Desjoyeaux, qui est à l’origine de l’actuel défi français avec Franck Cammas et Olivier de Kersauson, revient sur son rôle exact au sein de Groupama Team France.
  • Publié le : 08/10/2015 - 16:58

Michel DesjoyeauxS'il est actuellement un peu à l'écart de la préparation de la Coupe de l'America, Michel Desjoyeaux entend bien s'y investir prochainement de manière plus intensive. Son immense compétence sera un vrai plus pour Groupama Team France.Photo @ Dominic Bourgeois Dominic Bourgeois
Voilesetvoiliers.com : Michel, quel est votre positionnement sur ce projet ?

Michel Desjoyeaux :
Je suis engagé dans ce projet depuis le début. Mais, il se trouve que j’ai déjà des engagements en particulier avec SMA. Comme Groupama Team France a concrètement débuté cet été, je ne voulais ni planter SMA, ni me planter. Pour le moment, je m’en occupe quasiment pas. Denis Juhel, qui pilote Mer Forte (bureau d’étude d’ingénierie pour le nautisme lié à la société Mer Agitée de Michel Desjoyeaux), est depuis le début de ce projet mon bras droit. Quand je ne suis pas dispo, c’est lui qui va à ma place à toutes les réunions, quelles qu’elles soient. Nous sommes actuellement en train de regarder où nous allons fabriquer les morceaux du futur AC 45 Turbo (bateau issu de l’AC 45F actuel dans lequel seront implantés des éléments du futur bateau de l’America et sur lequel les équipes ont le droit de s’entraîner, ndlr). Denis m’informe et je l’alimente dans l’autre sens. Le but du jeu est, qu’au fur et à mesure que je me dégage de mes obligations actuelles sur les IMOCA 60, je puisse consacrer au moins un bon mi-temps sur Groupama Team France sans arrêter d’accompagner Paul (Meilhat) et les autres projets de Mer Agitée.

Voilesetvoiliers.com : Mais quel est – ou quel sera - votre précisément votre rôle au sein de Groupama Team France ?
M. D. 
: Je ne suis pas censé aller sur le bateau, à savoir être parmi les navigants même si j’espère avoir la possibilité de voir comment cela fonctionne in situ et comment l’équipage s’en sert. Je suis là dans le but de faire des retours pertinents à toute l’équipe et de mettre mon nez dans la technique comme j’ai toujours aimé le faire.

Itw Michel Desjoyeaux foilsC'est avec Paul Meilhat, nouveau protégé de Michel Desjoyeaux en vue du Vendée Globe, qu'il participera à la prochaine Transat Jacques Vabre. Photo @ R.Gladu/Windreport


Voilesetvoiliers.com : Il reste des endroits de créativité sur les futurs bateaux de la course, mais peu. N’est-ce pas un peu "bridant" pour quelqu’un de créatif comme vous ?
M.D. :
Ce sont les règles du jeu. Un de nos objectifs à moyen ou long terme et de la gagner et de remettre du coup plus d’ouverture et de technologie. C’est aussi cela qui est amusant dans ce sport. Je n’ai rien contre la monotypie mais tout ne peut pas l’être. Sinon, dans cinquante ans, on fera encore des bateaux à foils qui n’avancent pas !

Voilesetvoiliers.com : Ils avancent pourtant les actuels…
M.D. 
:
Oui : à l’échelle d’aujourd’hui ! Mais si nous avions tenu ce genre de réflexion voilà trente ans, on serait encore à se faire chier à 10 nœuds au près et 10 nœuds au portant. Dans un sport mécanique, le summum n’est pas la monotypie. Là, ils le font car il faut recréer des défis, remettre en route la machine ainsi que toute une économie. Et c’est très bien car cela permet à Groupama Team France d’être présent. Dans une version open, nous n’aurions pas été capables d’y aller. Mais cela ne peut être que transitoire. Cela durera une ou deux America mais cela ne peut pas être autrement.

Groupama Team France GöetborgLe week-end prochain, Groupama Team France (ici en vol en Suède) participera à la dernière étape 2015 des Louis Vuitton America's Cup World Series aux Bermudes.Photo @ ACEA 2015 / Gilles Martin-Raget

Voilesetvoiliers.com : La Coupe de l’America, avec ses régates de World Series et ces bateaux à éléments monotypes, vous la trouvez intéressante sous ce format ?
M. D. :
Il en est ainsi et c’est un jeu. Nous avons beaucoup à apprendre et il y a une grosse culture America que nous devons assimiler, assez différente des approches contemporaines en France. Il faut se recréer cette culture-là avec des jeunes qui arrivent et remettre la machine en route pour l’avenir.

Portrait Cammas"Michel va aller au bout de ses engagements actuels hors Coupe et sera plus présent avec nous ensuite dans le design team", explique Franck Cammas qui compte sur l'apport de Desjoyeaux au plus vite.Photo @ ACEA 2015 / Gilles Martin-RagetVoilesetvoiliers.com : Lorsque l’on constate commente fonctionne Groupama Team France, on a le sentiment que c’est l’entité de Franck Cammas qui a totalement pris la main sur le défi français et n’a plus besoin de personne… dont vous…
M. D. 
: Ils ne sont pas fermés ; ce n’est pas du tout la position de Franck. De fait, si je n’avais pas eu SMA cette année je serais à 100 % dans Team France. Cela démarre enfin avec un budget existant mais pas très confortable ; et tant mieux car cela permet de ne pas faire trop de bêtises comme quand on a trop d’argent. J’ai des engagements, je dois les tenir car je fonctionne ainsi et cela permet aussi que je mange ce qui n’est pas accessoire. Je n’ai pas la dispo d’être à 100 % mais cela ne m’empêche pas d’être parfaitement au courant.

Voilesetvoiliers.com : Et le puzzle de l’AC45 Turbo, comment se construit-il ?
M.D. 
: Dans le coin (de Lorient NDLR, là où cette interview a été réalisée) C’est ce sur quoi nous travaillons actuellement mais tout n’est pas tranché. C’est un bateau qui va se construire dans les mois qui viennent. On peut déjà faire le moule de mât, de coques et presque de bras. C’est déjà un bon bout du travail. On prend le fichier, on va voir le monsieur qui construit des moules et on lui dit : « faites nous ça avec moins de 5 mm d’erreur ». Et ensuite on appelle le monsieur qui vérifie et il nous dit si on a le droit de construire des coques dedans. Faire un bon outillage qui permet de faire des bonnes coques et des bonnes pièces demande déjà une énorme attention. De toute façon, tu commences par là. Et une fois que tu as le moule tu te demandes ce que tu mets dedans en premier et c’est casse-pieds car ce tu dois y mettre en premier c’est ce que tu vas finir en dernier ! Exemple, les réservations pour tout ce que tu vas mettre à la fin. Donc il faut savoir par quoi tu vas finir pour décider par quoi tu commences ! Et là ça me passionne. »

Groupama partenaire de Team FranceOlivier de Kersauson, Michel Desjoyeaux et Franck Cammas, ici en pleine séance de selfie avec le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, ont monté ensemble Team France soutenu par Groupama.Photo @ Didier Ravon

Un 50 pieds en partie monotype

La dernière Coupe s’est déroulée à bord d’AC72. Les actuelles World Series se courent sur les AC45F (F comme foils) ; certaines équipes naviguent déjà sur des AC45T (T comme Turbo) et la prochaine Coupe en 2017 se déroulera sur des 50 pieds.
Dans Voiles et Voiliers n°536, Franck Cammas nous présentait ce bateau sur lequel planche déjà l’équipe technique de Groupama Team France  : « Coques (à l’exception des trois premiers maîtres qui sont laissés libres), bras de liaison et partie avant de l’aile seront monotypes avec les mêmes formes et les mêmes structures. La partie arrière de l’aile sera de forme identique pour tous mais sa structure est libre. Système de barre, plan de pont, hydraulique, électronique commandant l’hydraulique seront aussi libres aussi (seules la délimitation et la surface du cockpit sont fixées). Nous pourrons travailler dans une certaine limite sur l’aéro de la plateforme. Les seules choses qui sont totalement libres sont les appendices, les safrans, les  systèmes de contrôle des foils et des safrans qui peuvent désormais bouger pendant la régate – et c’est un élément fondamental – les systèmes de montée et de descente des foils (la capacité de les actionner au bon moment est un point crucial dans les empannages pour rester en vol) et aussi le système de contrôle de l’aile ainsi que l’électronique et l’hydraulique. Car si nous disposerons tous de la même forme d’aile, nous n’aurons pas forcément tous la même manière  et des capacités de la régler. 50 % de sa performance tient dans son réglage plus que dans sa forme et sa surface. En conclusion, tout ce qui est resté libre dans la règle concerne les points où il y a le plus de réflexions et de recherches à mener ce qui est intéressant car la Coupe de l’America ne doit pas être monotype. La recherche hydro et aéro est la partie la plus passionnante de ce challenge technologique. »