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Le diable est Kiwi

Trois régates étaient au programme de cette deuxième journée de finale des challengers. Malgré des départs très moyens, Emirates Team New Zealand en a gagné deux et Artemis Racing une seule. Retour sur cette journée à couteaux tirés avec les commentaires d'un expert de Land Rover BAR, David Carr.
  • Publié le : 12/06/2017 - 11:34

Peter BurlingPeter Burling plane sur cette finale.Photo @ ACEA 2017/Ricardo Pinto
Ca y est : il est arrivé le jour où la technique cède le pas sur le sport ; le jour où les bateaux passent derrière les marins ; celui où l’affrontement devient humain, où la compétition s’élève.
«Regardez bien, expliquait David Carr. Regardez bien les premières minutes de la première régate ; regardez bien comment ils vont se comporter, Peter et Nathan, à la barre de leur bateau.»
Ce type-là, Carr, que son équipe Land Rover BAR surnomme «Freddie», mériterait le Nobel du meilleur pédago en voile. Ses bras sont énormes –normal il est wincheur à bord du bateau anglais –, son humour est ravageur et ses explications feraient passer la mécanique des fluides pour une bluette !
Alors, dans ce monde un brin déshumanisé et surtout terriblement cartésien et anglo-saxon de la Coupe de l’America, il replace l’église au milieu du village, le mât au milieu du bateau et le bon sens au milieu des esprits soi-disant les plus fins.
«Dans ces minutes d’avant le départ, regardez-les bien, Peter et Nathan, continue-t-il. Ils n’ont plus rien à perdre mais tout à donner. Peter, il veut gagner la Coupe Louis Vuitton pour les Kiwis ; il veut que son nom soit associé à des types du calibre de Russell Coutts et Dean Barker qui l’ont gagné pour son pays. Désolé, mais je ne vois pas plus fort. En face, Nathan, c’est son pote mais surtout son adversaire de toujours en 49er. Il veut bouffer du Kiwi. En 2012, il est médaille d’or aux Jeux ; en 2016, c’est Peter. Alors tenez-vous bien : ça va envoyer.»

 

David CarrDavid Carr, équipier de Land Rover BAR et excellent pédagogue en Coupe de l"America. Photo @ Land Rover BARTrois heures plus tard, salle de conférence de presse de l’America’s Cup dans le village de la Coupe à Hamilton (Bermudes). Sur l’estrade, les deux barreurs ; devant eux un parterre riquiqui de journalistes anglo-saxons, toujours. La discussion est aisée, les visages avenants mais c’est du vent. Le Peter et le Nathan en question ne se regardent jamais. Côte à côte à débiter des banalités sur la force du vent, les «gars du bord qui ont fait du bon boulot», et «demain on a encore toutes nos chances».

Entre ces deux moments, entre celui où Freddie nous a interpellés sur une rivalité insensée et celui de cette conférence de presse fadasse, il y a eu trois régates et autant de chef-d’œuvres !

Le Great Sound avait revêtu les habits du sale gosse du dimanche, la tenue du gamin qui fait la tronche avant d’aller à la messe, ciel bas du front, pluie tantôt torrentielle, tantôt mesquine et vents pas conciliants. Le plan d’eau de la 35e Coupe de l’America n’était pas très fréquentable, balayé par 12 à 15 nœuds de brise.
Pourtant, au loin, Groupama Team France, SofBank Team Japan et Oracle Team USA tirent des bords à l’entraînement. Seule dans son coin, l’équipe Land Rover BAR fait ses cartons : on ne reverra plus l’AC Class à l’Union Jack tirer des bords aux Bermudes cette année.

Artemis vs TNZDuel au cordeau sur Great Sound.Photo @ ACEA 2017/Gilles Martin-Raget
Le prédépart de la première manche est bien le moment tant attendu, celui que Freddie avait prédit. Burling et Outteridge, respectivement à la barre d’Emirates Team New Zealand et d’Artemis Racing se cherchent des cross d’emblée. Le deuxième, vexé d’être passé à la baille la veille, donnant ainsi sur un plateau un point aux Kiwis, est d’une folle agressivité et le voici qui titille les All Blacks, les poussent, les menacent. Et surtout le voici qui gagne une nouvelle fois un départ ! Le quatrième en quatre courses !
«Avec Team New Zealand, explique encore Freddie, il faut gagner tous ses départs, sinon c’est cuit. Ils s’envoleront. Et lorsque tu es devant, c’est aujourd’hui la seule équipe dont il faut craindre les retours fulgurants.»
Appliqués, les Suédois déroulent la meilleure des tactiques : le contrôle. Emirates Team New Zealand est un brin plus rapide mais qu’importe, il faut lui claquer la porte sur le nez en permanence… jusqu’au moment où un virement de bord raté plonge les étraves du cata bleu dans le lagon. Et pan sur le bec : le bateau des Kiwis est revenu presque à hauteur. Tout est dans le presque : l’infime avantage demeure et se concrétise par une victoire bien venue.
Au terme de cette première manche, le tableau d’affichage indique 2 – 2 entre les deux équipes.

Nathan OutteridgeDifficile pour Nathan Outteridge. Excellent au départ, il se fait dépasser ensuite par la machine kiwi.Photo @ ACEA 2017/Gilles Martin-Raget

Lors de la course suivant les Suédois font encore très forts et gagnent encore le départ. Burling et son alter ego Blair Tuke, celui des triomphes en 49er et sans lequel il ne pourrait envisager régater, seraient-ils mous du genou sur la ligne d’autant qui n’y a pas eu beaucoup d’engagement sur cette phase ? A la première porte, chaque équipage choisit un côté différent du plan d’eau. Grâce à sa vitesse supérieure au près, Emirates Team New Zealand tend ses bords à l’extrême, comble son retard et après le deuxième virement, croise devant tribord amure. L’écart se creuse, la messe est dite et les Suédois, en proie à des petits soucis techniques, préfèrent abandonner pour réparer et se présenter en forme au troisième départ.
Celui-ci est à égalité entre les deux bateaux, lancés pleine balle. Mais, naviguant sous le vent, les Suédois lofent les Néo-Zélandais puis s’en vont virer en tête la première marque. C’est la sixième fois en six régates qu’ils enroulent cette bouée-là en leaders ! Mais l’écart est faible, trop faible. A la porte au vent, les deux bateaux s’affrontent, les Kiwis privilégient le bon côté du plan d’eau, passent en tête et s’envolent vers un nouveau succès.
Mais ces satanées régates ne sont jamais gagnées ! En empannant à la dernière marque, Emirates Team New Zealand plonge, s’arrête, peine à repartir. Artemis fond sur sa proie qui parvient in extremis à se relancer et s’impose avec une seconde d’avance !
Et voilà les Kiwis forts de quatre points contre deux aux Suédois. Mais le plus surprenant sans doute est cette étrange statistique : en six régates, les Néo-Zélandais ont toujours été derrière à la première bouée ! «Mais nous sommes très rapides ensuite au près, concluait Burling. En tout cas on a beaucoup appris ces jours-ci sur la manière de passer devant quand on part derrière. On a confiance en nous quand il s’agit de revenir.»
Bigre : gagner des départs ne suffit plus face aux Kiwis. La tâche semble ardue pour les Suédois qui doivent désormais gagner trois régates pour se qualifier en vue de l’America’s Cup alors que leurs adversaires n’ont plus qu’un point à glaner. Comment il dirait «Freddie» ? Ah oui : «Ces gars-là sont des diables !»

Great SoundLe plan d'eau de Great Sound est parfait pour les régatiers mais les spectateurs y sont très peu nombreux. Photo @ ACEA 2017/Ricardo Pinto

35e Coupe de l’America

Finales des challengers
(Louis Vuitton America's Cup Challengers Playoffs finals)

 

Manches du 11 juin 2017
Course 4 - Artemis Racing bat Emirates Team New Zealand de 15 secondes
Course 5 - Emirates Team New Zealand bat Artemis Racing sur abandon.
Course 6 - Emirates Team New Zealand bat Artemis Racing de 1 seconde.  

Classement
Emirates Team New Zealand (NZL), 4 points
Artemis Racing (SUE), 2 points

Programme du lundi 12  juin
Trois manches à suivre à 19 heures 12 ; 19 heures 51 et 20 heures 30.

Est qualifié pour la 35e America's Cup, le premier des deux équipages vainqueurs de cinq régates.