Photos, articles, vidéos… de la 35e édition de la légendaire Coupe de l'America

Actualité à la Hune

LOUIS VUITTON AMERICA'S CUP WORLD SERIES

Les Français à un souffle !

Pour la première apparition des Louis Vuitton America’s Cup World Series sur AC45 en France ce week-end, Toulon, qui a vu les choses en grand et mis les petits plats dans les grands, a été récompensé par une manche certes disputée dans du tout petit temps comme annoncé, mais passionnante, et remportée par les Suédois devant les Japonais les Anglais et les Français. Nous y étions.
  • Publié le : 11/09/2016 - 22:35

Toulon LVACWS 2016Même avec moins de 8 nœuds de vent, ces engins ont des performances ahurissantes. Photo @ Didier Ravon

S’il y avait un doute quant à l’intérêt du grand public pour les régates préliminaires de la Coupe de l’America, on peut dire qu’il a été très vite dissipé. Il n’y a pas que le Vendée Globe ou la Route du Rhum dans le cœur des Français. Michel Desjoyeaux et Olivier de Kersauson, présents à Toulon, ont pu s’en rendre compte ! Le village au bord des plages du Mourillon, à l’Est de la ville, n’a pas désempli quatre jours durant, la rade peuplée de toutes sortes d’embarcations non plus, et l’organisation remarquablement huilée… bien que très marquée du sceau anglo-saxon a été à la hauteur de l’événement. Les Latins que nous sommes, habitués à plus de spontanéité, ont pu constater que sous l’ère de Russell Coutts, le quintuple vainqueur de la Coupe de l’America et désormais à la tête de l’organisation du plus vieux trophée sportif du monde, pas une tête ne doit dépasser. C’est un fait que cette grosse machinerie est un poil rigide… Et quand on voit l’énorme barnum, l’impressionnante infrastructure, le budget colossal (on parle de 2 millions d’euros) pour deux jours d’entraînement, deux jours de régate et six manches de 15 à 20 minutes avec «seulement» six bateaux… ça fait chère l’heure de course ! Il y a quand même de quoi se demander si la promesse de baisser de façon drastique les coûts de l’America n’était pas qu’une chimère de plus… N’empêche : le spectacle avait une sacrée gueule, l’accueil était exceptionnel et les équipes installées en face de la rade à Saint-Mandrier ont déclaré qu’elles n’avaient jamais été si bien logées qu’ici.

Toulon LVACWS 2016Les AC45 ont fait le spectacle devant les digues et plages du Mourillon ! Photo @ Didier Ravon

Pétole méditerranéenne

On se doutait bien que le vent manquerait de consistance tout le week-end. Avec des conditions anticycloniques mais un temps un peu couvert et orageux sur les massifs, une eau très chaude (25 °C) ne favorisant pas l’établissement de la brise thermique dont on sait que son intensité dépend du contraste de température entre la mer et la terre, il ne fallait pas s’attendre à des miracles. Un peu déçu de voir que les AC45 n’avaient pu voler, Franck Proffit, le boss de l’événement, racontait «qu’en six mois, il n’y a eu que quatre jours où il était impossible de naviguer». Jeudi, c’était magique avec un flux d’Ouest de plus 15 à 20 nœuds… mais il s’agissait des entraînements libres. Vendredi, lors des régates d’entraînement officiel, un joli Zéphir était établi à 400 mètres du rond de course, qui lui ne pouvait bouger. Et comme il n’y avait pas un pet d’air sur la zone de course face aux tribunes, trois pauvres départs «fictifs» furent lancés pour remercier le public d’avoir patienté plusieurs heures en cuisant à petit feu sous un gros «cagnard». Les aficionados ayant déboursé 80 euros pour voir trois régates de 20 minutes par jour, leur tribune aurait mérité un auvent, tant le soleil a cogné trois jours durant.
Sans tomber dans le protectionnisme, il n’est guère normal que, dans une épreuve disputée en France, les conférences de presse ne s’effectuent qu’en anglais… et sans traducteur (d’autres disciplines très huppées, passées sous la houlette des Anglo-saxons, observent ces exceptions linguistiques, ndlr).
Enfin, le commentateur réputé et compétent, et dont on taira le nom, a fini par lasser le public par sa logorrhée ! Pour le reste, il faut bien admettre que la formule fonctionne admirablement. Les six équipages accueillis comme des rock-stars semblent apprécier ce rapprochement avec le public, les média-zones ont un petit air de match de foot… à la différence que les skippers prennent le temps de s’arrêter et d’échanger.

Franck Cammas Toulon 2016Franck Cammas, «l’enfant du pays», a été très sollicité quatre jours durant. Photo @ Didier Ravon

Groupama Team France de plus en plus proche

Le retour de Nathan Outteridge à la barre d’Artemis Racing a clairement fait du bien aux Suédois. Très absorbé par sa préparation olympique en 49er afin de tenter de conserver son titre obtenu à Londres, l’Australien n'a été présent qu’à temps partiel sur les AC45 ces derniers temps. «Seulement» vice-champion olympique à Rio, derrière les Kiwis Burling et Tuke, qui eux ont retrouvé Emirates Team New Zealand, Outteridge a annoncé qu’il allait désormais se consacrer uniquement à la Coupe. Très inspiré dans les vents erratiques, avec son tacticien Iain Percy, d’une redoutable lucidité, Artemis Racing a largement dominé la première journée, remportant deux manches sur trois sans ciller. Deuxième, Groupama Team France a réalisé comme souvent une très bonne première journée… et ce malgré trois départs manqués (deux prématurés et un enfermé). N’empêche, l’AC45 bleu-blanc-rouge n’a pas de carences dans les petit temps. A la barre, Franck Cammas est très à l’aise dans les zones de transition, Thomas Le Breton à la tactique a été impressionnant, et Matthieu Vandame qui a pris la place d’Hervé Cunningham (ce dernier ne fait plus partie du défi, ndlr) s’est parfaitement fondu dans le quintette.

Toulon LVACWS 2016Emirates Team New Zealand est le seul à naviguer ainsi au portant. Notez la gîte du bateau et l’aile totalement «cassée». Photo @ Didier Ravon

Les finalistes de la dernière Coupe au tapis !

Dimanche, toujours soufflant du large à 6-7 nœuds au 190, le thermique a eu du mal à prendre du coffre, bien qu’étant un poil plus stable que la veille. Il faut dire que le parcours mouillé sous le vent du cap Cépet ne pouvait guère favoriser son renforcement, alors que plus à l’Est ou plus à l’Ouest, on notait clairement plus de pression. Bref, le très nombreux public qui rêvait de voir ces engins voler devra repasser. Artemis Racing, décidément très inspiré, a confirmé son aisance tant en vitesse qu’en tactique, pour s’imposer avec cinq points d’avance sur les Japonais autour de Dean Barker, en progrès constants. Leader du classement général après trois épreuves, Ben Ainslie à la barre de Land Rover BAR, et qui avait retrouvé son tacticien Giles Scott, tout frais champion olympique à Rio en Finn, a alterné le pire et le meilleur. Après un début catastrophique samedi (deux fois dernier), l’AC45 britannique a retrouvé sa clairvoyance et son rang, remportant deux manches sur six, et creusant l’écart sur son poursuivant direct Oracle Team USA, cuillère de bois à Toulon.
Bon d’accord, James Spithill tout juste opéré d’un tennis elbow avait laissé le manche à Tom Slingsby, le champion olympique de Laser 2012… mais ça n’explique pas tout ! Les Américains ont multiplié les fautes en sortant du parcours, pris des départs hasardeux, tricoté à l’envers. Philippe Presti, le coach français du tenant de la Coupe de l’America, est impatient de retrouver son skipper «maison». Et que dire des Kiwis, avant-derniers avec pourtant leur "dream team" à bord ! Peter Burling, récent champion olympique de 49er à Rio, a beau savoir faire gîter son AC45 au portant en faisant du VMG comme personne au monde, il n’a pas été bon sur les départs notamment. Il est clairement plus à l’aise dans le vent et sur les foils que dans la pétole.

Panne de radio sur Groupama Team France

Sixième et dernier lors de la première course ce dimanche, Groupama Team France, qui avait comme invité Patrick Kanner, ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, s’est rebellé dans les deux manches suivantes, confirmant de gros progrès sur le timing au départ.

Patrice KannerPatrick Kanner, ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, ravi d’être embarqué sur Groupama Team France pour un «tour de manège».Photo @ Didier Ravon

Le travail imposé par Bertrand Pacé, le coach réputé comme l’un des meilleurs «starters» au monde quand il dominait le match-racing mondial, commence à payer. L’ultime manche aurait pu être parfaite, tant Franck Cammas, Thomas Le Breton, Thierry Fouchier, Devan Le Bihan et Matthieu Vandame ont été inspirés. Auteur d’un départ canon sous le vent, Groupama Team France s’est envolé, a perdu un peu de son avance à la marque sous le vent… avant de se faire «déposer» par les Japonais dans le dernier bord de portant sous l’effet d’une bande de vent providentielle. Mais ce que Cammas n’avait pas dit, c’est que le système de communication HF entre lui et son tacticien, Thomas Le Breton, est tombé en carafe en milieu de régate. Et comme dans les petits airs, les quatre équipiers, dont le tacticien, étaient agglutinés devant pour soulager l’arrière et appuyer les étraves, Le Breton qui informait au micro son barreur ne savait pas que ce dernier ne l’entendait pas… et les Français n’ont clairement pas choisi la bonne marque de parcours. Rageant ! «Ce n’est pas une excuse, a expliqué le skipper dans la zone mixte à l’issue de la course, mais cela ne nous a pas aidés ! Sportivement, on savait que l’on pouvait bien jouer dans ces conditions-là, et la place de deuxième n’est pas passée loin avec une dernière manche un peu frustrante. C’est toujours difficile de contrôler les adversaires dans ce vent aléatoire.»

Si l’on doit retenir une chose de l’épreuve de Toulon, c’est que l’engouement populaire en a surpris plus d’un ! Dans cette ville où les gens n’ont d’yeux que pour le rugby et le RC Toulon, c’est de bon augure pour la Coupe de l’America dans reste du pays pour Groupama Team France.

Toulon LVACWS 2016Le départ canon de Groupama Team France dans l’ultime manche de l’épreuve de Toulon. Photo @ Didier Ravon

LOUIS VUITTON AMERICA'S CUP WORLD SERIES

Classement Toulon

1) Artemis Racing, SUE (1, 1, 3, 1, 3, 5) ; 76 pts

2) SoftBank Team Japan, JAP (5, 4, 5, 2, 4, 1) ; 71 pts

3) Land Rover BAR, GBR (6, 6, 1, 3, 1, 4) ; 70 pts

4) Groupama Team France, FRA (4, 3, 2, 6, 2, 3) ; 68 pts

5) Emirates Team New Zealand, NZL (2, 2, 6, 5, 6, 2) ; 63 pts

6) Oracle Team USA, USA (3, 5, 4, 4, 5, 6) ; 57 pts

Ben AinslieSir Ben Ainslie, leader des Louis Vuitton America's Cups World Series, se prête aux questions de la presse internationale.Photo @ Didier Ravon

Classement général après Toulon

1)   Land Rover BAR (GBR) : 437 points

2)   Oracle Team USA (USA) : 423 points

3)   Emirates Team New Zealand (NZL) : 420 points

4)   SoftBank Team Japan (JAP) : 399 points

5)   Artemis Racing (SUE) : 391 points

6)   Groupama Team France (FRA) : 360 points