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Michel Desjoyeaux : «Une courbe de progression impressionnante !»

Première journée encourageante pour Groupama Team France, deuxième du classement provisoire derrière Artemis Racing. Malgré des mauvais départs, Franck Cammas et son équipage ont réussi à revenir dans le match pour finir les trois courses du jour aux 4e, 3e et 2e places. Michel Desjoyeaux, l’un des trois fondateurs de l’équipe avec Olivier de Kersauson et Franck Cammas, fait le point pour voilesetvoiliers.com sur l’avancée du défi français…
  • Publié le : 10/09/2016 - 19:06

Michel Desjoyeaux CastelliMichel Desjoyeaux (à gauche en compagnie du journaliste Pierre-Louis Castelli), l'un des trois fondateurs de Groupama Team France avec Franck Cammas et Olivier de Kersauson, s'occupe plus particulièrement de la partie technologique et construction.Photo @ Yvan Zedda/Groupama Team France

Voilesetvoiliers.com : Etiez-vous à Marseille en 2004 lors du premier passage de la Coupe de l’America en France courue à l’époque en Class America ?
Michel Desjoyeaux :
Non, mais je m’en souviens parce qu’il y avait eu une tornade la nuit qui avait couché trois bateaux et fait beaucoup de dégâts. On se souvient souvent malheureusement des mauvais moments plutôt que des bons. Mais ça commence à dater et il était temps qu’elle revienne.

Voilesetvoiliers.com : Il y avait aussi eu des conditions magnifiques et un spectacle extraordinaire. Peut-on espérer que le succès soit encore plus grand avec cette nouvelle formule ?
M. D. :
Déjà les bateaux sont beaucoup plus spectaculaires, même quand il n’y a pas beaucoup de vent. Certes, si le vent n’est pas au rendez-vous, cela ne va pas voler, mais ça ira déjà vite car ce sont des multicoques et que la mer est plate ici. Et le spectacle est top puisque l’on est très près des côtes avec ce format plutôt show nautique au plus proche du public. J’y suis plus que favorable car les spectateurs se régalent.

Voilesetvoiliers.com : Chaque équipe est invitée à organiser une étape dans son pays. A Toulon, c’est donc l’étape de Groupama Team France. Qu’est-ce que ça change ? Y a-t-il une pression supplémentaire ?
M. D. :
Il n’y a pas de pression supplémentaire sur les marins car ils sont déjà sous pression, très passionnés et très engagés dans leur mission de bien faire marcher le bateau, de faire de belles régates et j’espère de beaux résultats. Ils nous ont montré de belles choses, plus particulièrement dans le petit temps. Ça tombe bien puisque ce sont les conditions prévues ce week-end à Toulon ! C’est vrai que dans le règlement, on vous fait gentiment comprendre qu’il est bien vu d’organiser un événement dans son pays. C’est sûr qu’on est très content que la Coupe revienne en France, avec ces bateaux-là et ce format-là. On est une équipe encore jeune mais qui a beaucoup d’ambition, notamment à longs termes.

Toulon LVACWSDans un vent faible et instable, Groupama Team France a bien rattrapé ses deux départs volés en terminant 4e, 3e et 2e samedi à Toulon.Photo @ Ricardo Pinto/ACEA

Voilesetvoiliers.com : Donc pas de surcharge de travail pour l’équipe ?
M. D. :
Non, ça n’a pas changé grand-chose pour l’équipe sportive ni pour ceux qui travaillent sur les bateaux. C’est une organisation parallèle qui s’occupe de Toulon (America’s Cup Toulon Organisation, ACTO) avec évidemment des connexions car il y a du savoir-faire des deux côtés et il faut mettre tout ça à profit pour que l’événement sportif soit le meilleur possible. Mais ce sont deux organisations distinctes.

Voilesetvoiliers.com : Si l'on fait un point à date, où en est Groupama Team France lors de cette manche de Toulon ?
M. D. :
Groupama Team France a une courbe de progression assez impressionnante depuis un an et demi. Avec un bateau test mis à l’eau fin juillet et qui est en pleine phase de mise au point. Il y a beaucoup de travail et le temps est compté. On sait que les autres équipes ont bien ramé aussi pour mettre leurs bateaux tests en route. Cela fait aussi partie de notre courbe de progression et du plan de formation des troupes. Ça navigue, ça vole et ça nous permet de multiplier les heures de navigation en vol. Car l’AC45 qui est ici à Toulon est le seul que nous ayons. Comme il a passé l’année en container, nous n’avons pas pu nous entraîner avec en dehors des entraînements autorisés et des régates des LVACWS. Donc de pouvoir naviguer et voler avec notre AC Test nous permet de poursuivre cette courbe de progression et de mieux appréhender la découverte de ce monde-là.

Groupama Team France Toulon 1 Pour son LVACWS en France, l'équipe tricolore espère bien faire. C'est bien parti avec une 2e place provisoire samedi soir.Photo @ Ricardo Pinto/ACEA

Voilesetvoiliers.com : Depuis les premières navigations fin juillet, combien avez-vous fait de journée d’entraînement en un mois et demi ?
M. D. :
Je n’ai pas le nombre exact, mais ça navigue en alternance avec des heures de travail de mises au point sur le bateau. Ça travaille également la nuit sur le bateau lorsqu’il y a eu de belles journées de navigation. On navigue depuis quelques semaines à Lanvéoc, dans l’anse d’Armorique grâce à un partenariat avec la Marine Nationale qui nous met à disposition une partie de ses installations. Ce choix est d’abord dicté par le plan d’eau. La rade de Lorient est trop petite. Les courreaux de Groix sont animés par de la houle et beaucoup de trafic plaisancier. L’anse d’Armorique présente l’avantage d’un plan d’eau suffisamment grand, avec une mer plate et peu de trafic qui peut être facilement réglementé par une intervention des bateaux de la Marine. Seul inconvénient de Lanvéoc : le relief alentour. Certaines orientations de vent sont assez perturbées par ces reliefs.

Voilesetvoiliers.com : Comment se répartit le temps des tests purs et celui des entraînements dédiés à l’équipage ?
M. D. :
Tout est lié. Les coques, les bras et l’aile sont figés en géométrie et en échantillonnage. Il n’y a pas grand-chose à faire. Les appendices et les systèmes de commande sont libres, mais encadrés quand même. Autant il faut que ça puisse voler, autant il faut que l’équipage apprenne à s’en servir. C’est pourquoi nous avons mis sur cet AC Class Test tout ce qu’on pouvait de l’AC50 afin que l’équipage se familiarise avec son futur bateau.

Voilesetvoiliers.com : La seule chose qui va changer entre l'AC Class Test et le AC Class, ce sont donc les deux flotteurs ?
M. D. :
Même pas les deux flotteurs. Juste les deux pirogues des flotteurs, car le haut des flotteurs correspondent déjà aux cockpit de notre futur bateau. Une grosse partie de l’adaptation de l’équipage au bateau se trouve notamment dans l’ergonomie du cockpit et les systèmes hydrauliques avec des commandes aux pieds menés par les wincheurs. En plus de leurs gros bras, il faut donc qu’ils aient la tête fraîche pour appuyer sur le bon bouton au bon moment pour réaliser telle ou telle action ou connexion, car on peut quasiment tout commander de n’importe où. Il faut donc que les marins apprennent à s’en servir.

Toulon LVACWSPour la parade, les concurrents sont tractés et peuvent éventuellement voler même si le vent n'est pas au rendez-vous.Photo @ Ricardo Pinto/ACEA

Voilesetvoiliers.com : Ces «pirogues» qui vont venir se greffer sont elles aussi monotypes. Leur construction a-t-elle déjà commencé ?
M. D. :
Non, ça peut aller assez vite. Mais ça ne changera pas grand-chose. Peut-être lorsque le bateau navigue en archimédien car les coques seront un peu plus longues devant et derrière. Mais sur l’ergonomie et le maniement du bateau, cela ne va rien changer. C’est juste lors des croisements tribord-bâbord, il ne faudra pas oublier qu’il y a 1,50 mètre de plus ! (Rire.)

Voilesetvoiliers.com : A partir de janvier, le bateau de la Coupe naviguera-t-il en Bretagne ou se rendra-t-il directement aux Bermudes ?
M. D. :
Ce n’est pas tranché. On le voit avec notre AC Test. Tout le temps que l’on peut passer en Bretagne, c’est beaucoup plus facile pour nous, pour nos partenaires, nos sous-traitants, qui parlent français. Aller régler tous les problèmes de mise au point aux Bermudes, ce sont des billets d’avion, des coups de téléphone à l’autre bout du monde ou bien des sous-traitants qu’on ne connaît pas et qui ne parlent pas le même langage que nous.

Voilesetvoiliers.com : Les Japonais ont montré des vidéos des premiers virements de bord en vol, où en êtes-vous de votre côté ?
M. D. :
On n’en est pas là ! (Sourire.) Avec l’AC45 normal, tu oublies ce virement en vol car il est trop lourd et pas assez large. L’AC Class Test nous permet d’envisager cette manœuvre, mais on n’y est pas encore. Pour réaliser des "foiling tacks", il faut aller vite. On sait qu’en multicoque, encore plus qu’en monocoque, ce sont dans les transitions que l’on perd le plus de temps. Le virement en vol est donc un gros gain à faire par rapport à un virement dit classique. C’est génial qu’ils nous le montrent, on va pouvoir analyser comment ils font et copier certaines choses, s’en inspirer. Quand la machine sera capable de le faire, les hommes vont suivre…

Voilesetvoiliers.com : Jusqu’à présent, les résultats sportifs étaient en dents de scie. Quelles sont les attentes pour ce week-end français ?
M. D. :
On est passé tout près de très belles choses, y compris lors des dernières régates à Portsmouth. Ce qui est sûr, c’est que l’on a moins d’expérience que les autres, plus particulièrement quand ça vole. C’est différent des expériences que l’on avait jusque-là. On a donc une courbe de progression plus importante, mais encore un écart par rapport aux autres dans les conditions de vol. Comme il ne devrait pas y avoir beaucoup de vent ce week-end à Toulon, ça fait nos affaires…

Voilesetvoiliers.com : Le départ d’Hervé Cunningham, remplacé par Mathieu Vandamme à bord, change-t-il l’organisation à bord ?
M. D. :
Il y a douze navigants et il était prévu qu’il y ait du roulement. Ce n’est une punition pour personne. Ce sont des choix assumés et connus de tout le monde. On l’a vu avec la blessure de Franck cet hiver, il faut que tous les postes soient doublés.

 

spectateurs Toulon La foule était nombreuse sur les plages et les rochers du Mourillon à Toulon pour suivre la première journée de régates, malgré le manque de vent et la chaleur...Photo @ Ricardo Pinto/ACEA

Classement provisoire de Toulon
après 1 journée

1) Artemis Racing, SUE (1, 1, 3) ; 28 pts

2) Groupama Team France, FRA (4, 3, 2) ; 24 pts

3) Emirates Team New Zealand, NZL (2, 2, 6) ; 23 pts

4) Oracle Team USA, USA (3, 5, 4) ; 21 pts

5) Land Rover BAR, GBR (6, 6, 1) ; 20 pts

6) SoftBank Team Japan, JAP (5, 4, 5) ; 19 pts
 

Demandez le programme !

Dimanche 11 septembre :

Trois manches à suivre de 14 heures 30 à 16 heures

A noter que Canal+ Sport retransmettra les régates de dimanche en direct avec, aux commentaires, Hélène Cougoule, spécialiste voile de la chaîne cryptée, et Franck Citeau, ancien sélectionné olympique en Tornado et entraîneur de l’équipe de France de Nacra 17.