Photos, articles, vidéos… de la 35e édition de la légendaire Coupe de l'America

Actualité à la Hune

Coupe de l'America

Philippe Presti : «Il va falloir batailler !»

D’un coup le stress est monté. «T’aurais vu le briefing au lendemain de la qualification d’Emirates Team New Zealand ! s’amuse Philippe Presti en arpentant l’immense base américaine d’Oracle Team USA, c’était incroyable ! Les gars étaient super stressés. Et si on n’a pas fait ça ? Et avons-nous bien fait ça ? Et patati et patata ! C’est toujours pareil : maintenant qu’on connaît le challenger, la pression est montée d’un coup.» Comme en 2013 à San Francisco, les États-Uniens défendent la fameuse aiguière face aux Néo-Zélandais. Voilà quatre ans, ils avaient gagné au terme d’une incroyable ‘’remontada’’ : après avoir été menés 8 à 1, ils avaient alors gagné les huit manches suivantes pour terminer sur le score de 8 à 9 ! Cette fois, la Coupe s’offrira au premier des deux équipages victorieux de sept et non plus neuf manches. Philippe Presti, le coach français d’Oracle Team USA et qui, avec cette équipe, a gagné deux fois l’America’s Cup, a accepté de nous recevoir avant le début des régates, ce 17 juin, entretien effectué juste avant que son équipe ne se fasse battre d'entrée !
  • Publié le : 18/06/2017 - 01:18

Débrief PrestiPhilippe Presti, au centre, en plein débriefing avec Tom Slingsby, le tacticien d'Oracle Team USA.Photo @ ACEA 2017/Gilles Martin-Raget

Voilesetvoiliers.com : Que pensez-vous de Emirates Team New Zealand, votre adversaire en Coupe de l’America ?
Philippe Presti :
Que c’est le meilleur des challengers (il rit) ! On s'attendait à les voir à ce niveau. On les suit de près depuis longtemps ! Ce qui est amusant, c’est que, au fil des courses de cette édition, c’est devenu une régate de bateaux à voile. Celui qui est devant et réussit à faire les meilleurs coups va gagner. Il n’y a plus de régate de seule vitesse pure ou moins. Cela se joue sur la capacité à virer, faire des manœuvres correctes, prendre le départ devant et faire les bons choix tactiques !

Voilesetvoiliers.com : Mais la vitesse demeure primordiale. Il a semblé lors de la finale des challengers que Emirates Team New Zealand avait un petit plus, en particulier au près, sur Artemis Racing…
Ph. P. :
Je n’en suis pas si sûr… Déjà Artemis a gagné deux régates. Lors de la manche où Nathan Outteridge tombe à l’eau, ils allaient encore gagner. Le dernier jour, ils perdent leurs deux départs et partent derrière. Ma lecture, c’est que c’est très serré. Tu ne vas plus dépasser quelqu’un en vitesse pure. En revanche, les Kiwis ont une meilleure capacité à manœuvrer. Dans cette finale des challengers, les Suédois ont fait énormément de bêtises ! Ils auraient dû la gagner. Le premier jour se serait achevé sur 3 à 0 on aurait trouvé ça normal.

Voilesetvoiliers.com : D’autant plus que sur les six premières manches, Artemis a gagné tous les départs…
Ph. P. :
C’est exactement ça. Si tu es devant, tu dois gagner ! Si tu fais des bêtises, tu vas perdre. J’ai vraiment cette sensation que cela s’est joué sur les manœuvres et la stabilité. Il y a deux manches où ils virent dessous, du coup ils se font bouffer, ils ajoutent un virement, ils sont obligés de partir et c’était fini. Team New Zealand va bien, leurs marins naviguent bien, ils vont vite. Mais les autres aussi. Clairement, cela se joue sur les déchets entre les bonnes et mauvaises manœuvres, tes bons et tes mauvais moments.

Philippe Presti soulève la CoupeVoilà quatre ans, Philippe Presti, le coach français d'Oracle Team USA, laissait éclater sa joie en soulevant la Coupe de l'America. Pourra-t-il en faire de même au terme de cette 36e édition ?Photo @ Ricardo Pinto ACEA

Voilesetvoiliers.com : Y a-t-il un ou plusieurs éléments que vous craignez le plus chez Emirates Team New Zealand ?
Ph. P. :
Leur caractéristique principale, c’est qu’ils sont les seuls à avoir un système hydraulique de contrôle d’aile. Ce qui change la donne : ils peuvent virer sans envoyer quelqu’un sur l’autre bord car ils ont le contrôle de tout depuis les deux côtés du bateau. Il faudra s’adapter. Essayer d'être vigilant sur les situations qui peuvent poser problème. Si on les contrôle et qu’ils sont sous non en tribord, ils peuvent tourner et là t’es mort ! On n’existe plus. En plus, ils ont ces fameuses capacités en manœuvre qui font qu’ils n’ont quasi aucun déchet. On doit monter notre jeu à leur niveau. Nous avons énormément travaillé tout cela ces deux dernières semaines (entre la fin des rounds robin et la Coupe de l’America, ndlr) et on a fait de gros progrès. J’espère que ce sera suffisant.

Voilesetvoiliers.com : Justement, en tant que defender vous avez participé à ces fameux «qualifiers», soit les deux rounds robin des challengers que vous avez gagnés. Sacré avantage !
Ph. P. :
C’était l’accord du départ : soit on alignait deux bateaux, soit on participait aux qualifiers. Mais soyons logiques : sur ces deux rounds robin, il y avait cinq régates intéressantes, les autres se jouant avec des différentiels de vitesse assez importants. Eux en revanche ont joué ensuite des régates très serrées, donc ils ont certainement progressé depuis.

Voilesetvoiliers.com : Lors de cette finale, les Kiwis ont pris de moins bons départs que les Suédois. Mais ils gagnent. Ce sera l'élément clef ?
Ph. P. :
Une certitude : on ne gagnera pas la Coupe en partant derrière. On va la gagner uniquement en partant devant. Si on ne part pas devant, on ne gagnera pas ! C’est certain. Ca va se jouer à 80 % sur ce secteur de jeu. Surtout face à Team New Zealand. Tu peux te permettre de perdre un départ face aux Anglais, face aux Français, peut-être même face aux Japonais, mais pas face à Team New Zealand ! Pour revenir ce sera très – trop ? - compliqué…

Emirates TNZEmirates Team New Zealand termine cette première journée avec deux victoires. Photo @ ACEA 2017/Ricardo Pinto

Voilesetvoiliers.com  : On a aussi eu l’impression que dans la brise, Emirates Team New Zealand est peu à l’aise…
Ph. P. :
Oui tu les sens un peu tendus ! Ils ont chaviré, ils sont agrippés à leur vélo, tu les sens fébriles… Mais la brise est finie : pour la Coupe nous devrions avoir entre 10 et 14 nœuds, la norme en cette période de l’année. La saison est étonnamment tardive nous aurions dû avoir cela durant toute la Coupe. Mais ça vient : du Sud arrive, l’air est moins dense, plus léger.

Voilesetvoiliers.com : James Spithill, votre barreur, est connu pour être très agressif sur les phases de départ, moins Burling le Kiwi.
Ph. P. :
Il (Burling, ndlr) ne nous a rien montré de très spectaculaire sur ses départs. Mais le bateau est très manœuvrant, donc il peut le lancer dans des manœuvres inattendues que nous ne pouvons pas faire. Bon, Burling n’est pas un match-racer non plus. Jusque-là il n’a pas très bien géré les situations de contact. Il n’y a aucun match-racer à bord chez eux. J’imagine qu’ils ont beaucoup de débriefs. Mais entre le tableau noir, la théorie et ce qui va se passer sur l’eau, on espère posséder un petit avantage. C’est un secteur du jeu où ils ne sont pas les meilleurs ; ils se rattrapent sur d’autres où ils excellent. Ce sera toujours le compromis entre jouer les bascules et naviguer tout seul où contrôler et exploiter les situations un peu compliquées.

Voilesetvoiliers.com : Entre la fin des qualifiers et la fin de la finale des challengers vous vous êtes entraînés avec SoftBank Team Japan. Un sacré sparring-partner.
Ph. P. :
Oui c’est comme cela que toutes les campagnes devraient être menées : avec des entraînements à deux ou plus. C’est comme ça qu’on fait en voile olympique, en F1. C’était pas la deuxième division, car en terme de développements et de techniques ils étaient vraiment au point. Face à eux nous avons travaillé quasi essentiellement les départs et les virements. Avec Dean Barker à la barre, l’un des meilleurs sur les départs, c’était parfait !

Voilesetvoiliers.com : Estimez-vous l’équipe Oracle Team USA à son optimum avant la première régate ?
Ph. P. :
Tu n’y es jamais tout à fait. On a plein de développements qui sont restés sur les étagères car on doit trouver l’équilibre entre le temps à consacrer à ces développements et le fait que tout ce dont tu disposes fonctionne parfaitement. On est dans les temps. On a gagné les qualifiers même si on ne les a pas dominés. Encore une fois : ce sera une régate de bateaux à voile ! On ne va pas s’envoler en vitesse. Ce serait bien car on aimerait rendre la régate ennuyeuse à force de domination. Mais j’ai peur que ce ne soit pas le cas ! Ça va être super serré. Il va falloir batailler (il rit).

Voilesetvoiliers.com : Voilà quelques jours vous nous expliquiez avoir pas mal d’éléments nouveaux à intégrer entre les qualifiers et la Coupe. Quels sont-ils ?
Ph. P. :
Des détails sur les appendices, sur des systèmes un peu différents, un peu techniques… Essayer d’autres éléments…

Voilesetvoiliers.com : C’est vague ! Je me doutais que vous ne me le diriez pas !
Ph. P. :
(Il éclate de rire). Et bien non ! Il y a toujours des trucs sur lesquels les techniciens reviennent en insistant «avec ça on va gagner largement !» Oui mais est-ce qu’avec ça, justement, on va terminer la régate ? (Il rit) En tout cas c’est super haletant. Ces régates sont magnifiques. Elles ont été super serrées depuis le début. Le nombre de changements de leaders incroyables : du jamais vu dans la Coupe. Il y a aussi eu des drames : Team New Zealand qui chavire, Outteridge qui passe à l’eau, des fautes d’arbitrage ! C’est génial, c’est du grand sport !

Voilesetvoiliers.com : Avec toujours cette épée de Damoclès : tomber à l’eau…
Ph. P. :
Oui : et les gars savent que s'ils se ratent il faut qu’ils sautent franchement pour ne pas se faire découper en rondelles par les safrans ! Nous avons le même système qu'Artemis à savoir que, lors d’un virement de bord, c’est le régleur de l'aile qui prend la barre le temps que le barreur change de bord. Et s’il fait une connerie, le barreur passe à l’eau. C’est chaud ! Mais cette tension, ce stress c’est génial. Tu fais un sport engagé, ce n’est pas de la pêche promenade.
Je suis atterré quand j’entends des commentaires qui disent que les marins à bord sont des hamsters, qu’ils ne font que tourner de manivelles. Mais que ces commentateurs discutent avec les équipiers ! Ils ont des tâches difficiles à réaliser, c‘est super tendu. C’est de la haute technologie. Le grinder qui descend les foils, s’il se trompe de 0,2 degré, le foil peut rester à fond, se casser et fin de la campagne ! Il a des aides : la vitesse du bateau, le trim du bateau. Et puis, avec l’aspect tactique, il doit anticiper pour savoir si le bateau va ralentir ou pas pour envoyer le foil à un certain angle d’attaque pour réussir un virement en vol. Si tu n’es pas de cette marge de 0,2° ça ne marche pas ! Et en même temps il doit faire ça avec le cœur à 180 pulsations/minute. C’est un vrai et grand sport !

James SpithilJames Spithill en pleine introspection après les deux premières régates perdues.Photo @ ACEA 2017/Sander vand der Borsch

Les régates

Il n’y a pas eu photo !

«La force du vent sera le juge de paix» disait samedi matin un expert de la météo installé à Hamilton aux Bermudes depuis le printemps, avant d’ajouter : «j’ai bien peur que le début de cette 35e édition ne soit guère ventée et donc à l’avantage du challenger.» Le résultat du jour lui donne raison. C’est un Peter Burling déchaîné au départ de la première manche qui pousse James Spithill vers la ligne, et contraint l’Australien pourtant réputé comme le meilleur «starter» du monde à couper avec deux secondes d’avance. Fébriles, les Américains démarrent la compétition avec une pénalité. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, les Kiwis qu’on sait quasiment intouchables dans ces conditions, déroulent et creusent l’écart. Plus rapides au près et au portant, plus faciles lors des phases de transition, les Néo-Zélandais se permettent même le luxe d’effectuer un contrôle peu systématique et risqué. Au passage de la dernière marque, déconcentré ou trop sûr de lui, Burling lâche la barre et le bateau s’arrête littéralement ! Les Américains reviennent à 30 secondes, mais Emirates Team New Zealand l’emporte et égalise, puisque Oracle Team USA, grâce à sa victoire dans les rounds robin, avait un point d’avance avant même que la finale ne débute.

La seconde manche du jour est lancée vingt minutes plus tard, et grâce à un empannage parfaitement anticipé et un Peter Burling que l’on n’avait encore jamais vu aussi agressif dans cette phase cruciale, les Kiwis remportent à nouveau leur départ. Dans tous les compartiments du jeu (vitesse et relances), le bateau néo-zed est insolent de supériorité. Le champion olympique australien Tom Slingsby qui tactique sur le bateau américain n’a que les «shifts» (variations de vent) pour tenter de revenir au contact, ce qu’il réalise avec brio, après une belle risée sur la gauche du plan d’eau. Mais quand les Néo-Zélandais retouchent à leur tour ce vent erratique de Sud-Sud-Est, ils filent tranquillement vers une seconde victoire, reprenant en quelques secondes près de 400 mètres d’avance. Ils coupent la ligne d’arrivée avec 1 minute et 28 secondes d’avance, et prennent la tête de la 35e Coupe de l’America. Il n’y a pas eu photo ! Jimmy Spithill peu convaincant au départ est dépité, Oracle Team USA étant de plus dans ces conditions clairement un ton en dessous. La nuit s’annonce tendue pour les «Yankees» qui doivent vite trouver une solution s’ils ne veulent pas se faire distancer dès dimanche où le vent devrait prendre un peu plus de coffre, mais souffler entre 10 et 12 nœuds, là où les Kiwis excellent. D.R.

 

35e Coupe de l’America
(America’s Cup Match presented by Louis Vuitton)

Samedi 17 juin
Course 1 – Emirates Team New Zealand bat 
Oracle Team USA
Course 2 - Emirates Team New Zealand bat Oracle Team USA

Classement
Emirates Team New Zealand (NZL) : 1 point
Oracle Team USA (USA) : 0 point 

Emirates Team New Zealand démarra cette série à - 1, sachant que Oracle Team Usa avait gagné les Louis Vuitton America's Cup qualifiers.

L’équipe victorieuse de la 35e Coupe de l’America sera la première à inscrire sept points.

Les courses sont prévues les 17, 18, 24, 25 (deux manches par jour) ainsi que les 26 et 27 juin si besoin.