Ils sont les plus grands, les plus fous, les rapides voiliers à arpenter la planète. Leurs bouées préférées sont à l'échelle des continents. En solitaire, en double ou en équipage, ils accélèrent le temps, rétrécissent le globe – et distillent l'adrénaline. Bienvenue dans le monde des maxi-multicoques.

Actualité à la Hune

Transat Jacques Vabre

Coville-Nélias : «Une évidence d’être ensemble !»

À bord de l’ex-Geronimo boosté pour la Route du Rhum, Thomas Coville s’est associé à Jean-Luc Nélias pour la prochaine Transat Jacques Vabre. Un duo qui fait office de favori face à trois autres trimarans Ultime… Les deux compères se connaissent bien pour avoir remporté la Volvo Ocean Race 2012 aux côtés de Franck Cammas et pour avoir préparé ensemble la Route du Rhum. Interview croisée.
  • Publié le : 03/10/2015 - 00:01

Coville-Nélias : «Une évidence d’être ensemble !»Avec ses 21,20 mètres de large pour 31 mètres de long, Sodeb’O Ultim sera le plus puissant des quatre trimarans inscrits à la Transat Jacques Vabre…Photo @ Jean Marie Liot / DPPI

Voilesetvoiliers.com : Depuis l’abordage de la Route du Rhum, le bateau est rentré en chantier…

Thomas Coville : Nous avons traité la remise en état de Sodeb’O en interne dans les locaux de Ocean Développement (chantier des MOD 70 à Lorient). En travaillant aussi avec Gepeto pour reconstruire les étraves du flotteur et de la coque centrale abîmées lors de l’abordage d’un cargo. Nous avons regreffé ces pièces mais nous en avons profité pour améliorer l’ergonomie des protections du barreur, imaginer une nouvelle génération de foil (qui ne sera pas encore installée pour la Transat Jacques Vabre) ainsi que développer un pilote automatique plus performant. La remise à l’eau a eu lieu mi-juin, puis nous avons fait trois semaines de mise au point avant de partir à Rio de Janeiro (Brésil) à cinq équipiers pour valider les travaux (Alexis Aveline, Loïc Le Mignon, Elie Canivenc, un invité et moi-même) puis revenir en double avec Jean-Luc…

Coville-Nélias : «Une évidence d’être ensemble !»La Route du Rhum s’est conclue trop vite pour Thomas Coville : au large de Ouessant, le trimaran percute de plein fouet un cargo au large du rail. La coque centrale perd son étrave et le flotteur tribord son greffon jusqu’au bras !Photo @ Route du Rhum / AFP

Voilesetvoiliers.com : Et de nouveau une sortie de l’eau…

T.C. : À notre retour le 19 août, nous avons juste sorti le bateau devant Multiplast à Vannes pour une vérification du gréement et un check-up général : cet aller-retour faisait tout de même 11 000 milles! Il y avait du monde sur le terre-plein avec l’ex-Sodebo devenu Actual pour Yves Le Blévec et l’ex-Groupama baptisé IDEC pour Francis Joyon… Cela prouve que ces bateaux naviguent aussi beaucoup !

Voilesetvoiliers.com : Mais la décision de participer à la Transat Jacques Vabre est finalement assez récente !

T.C. : Au mois de mai. Le Collectif Ultim s’était mis en route et cela correspondait au programme sportif de Sodeb’O. La Transat Jacques Vabre est la course idéale pour re-naviguer avec ce bateau. Et puis Macif devait aussi être mis à l’eau pour cette épreuve alors que le nouveau Banque Populaire est encore en gestation.

Coville-Nélias : «Une évidence d’être ensemble !»Avec deux transats cet été pour valider les travaux de réparation, Sodeb’O semble parfaitement fiabilisé pour une transat de 5 400 milles qui peut s’avérer rude fin octobre en Manche.Photo @ Yvan Zedda

Voilesetvoiliers.com : Et il fallait donc choisir un équipier…

T.C. : La décision était évidente pour moi ! C’était naturel dans le sens où Jean-Luc était déjà dans l’histoire du trimaran puisqu’il a intégré l’équipe dès la mise à l’eau de Geronimo-Sodeb’O, comme routeur à terre et développeur pour l’instrumentation. Avant la Route du Rhum, nous avons aussi fait une transat ensemble, jusqu’en Guadeloupe, en équipage. Au final, nous avons fait deux transatlantiques ensemble sur le bateau, sans compter la Volvo Ocean Race sur Groupama 4

Voilesetvoiliers.com : Jean-Luc, de ton côté tu as été surpris par la proposition ?

Jean-Luc Nélias : En fait, je pensais que cet automne, je serais dans ma « boîte » à terre pour suivre Thomas sur une tentative de record autour du monde en solitaire. Et je préférais sincèrement participer à la Transat Jacques Vabre ! On m’avait même proposé de la faire, mais je m’estimais engagé vis-à-vis de Sodeb’O et de Thomas… Et puis il me propose de la disputer alors que j’étais encore sur la Volvo Ocean Race avec le voilier espagnol ! C’était juste ce que j’espérais faire. Ça s’est conclu tout de suite…

Coville-Nélias : «Une évidence d’être ensemble !»Thomas Coville et son équipe en ont profité pour modifier les postes de barre qui se sont avérés trop exposés lors de la Route du Rhum.Photo @ Yvan Zedda / Sea&Co

Voilesetvoiliers.com : Sodeb’O pour la Transat Jacques Vabre a donc quasiment la même configuration que pour la Route du Rhum ?

T.C. : Oui, avec les foils du trimaran Oracle et ses becquets verticaux, sa dérive et le même jeu de voiles. Les deux transats que nous avons faites ont confirmé la fiabilité du bateau et pour installer les nouveaux foils avec leur becquet horizontal, il aurait fallu un safran à plan porteur que nous n’avons pas eu le temps de mettre au point : ce sera pour la saison prochaine…

J-L. N. : Ça change des trimarans de 60 pieds ORMA ! C’étaient des multicoques hyperpuissants, très volages, très intéressants mais très nerveux. Là, on est plutôt dans le 4x4, confortable et sécurisant : on n’a pas les yeux rougis par le sel ! Certes, c’est super physique parce que la surface de toile est impressionnante, et il faut être en bonne forme parce que les manœuvres durent très longtemps et sont très énergivores. Mais on est à l’abri du vent et des embruns, ça ne gîte pas ou presque a contrario d’un monocoque de la Volvo… C’est un bateau de « papy », de « papy » musclé quand même ! C’est un programme de tour du monde : il faut atteindre des vitesses élevées avec un minimum de confort et de stress.

Coville-Nélias : «Une évidence d’être ensemble !»Le trimaran de Thomas Coville et Jean-Luc Nélias affectionne particulièrement les allures de travers où les foils permettent de dépasser les quarante nœuds de vitesse sans trop de stress.Photo @ Mark Lloyd / DPPI

Voilesetvoiliers.com : Vitesses élevées ?

J-L. N. : Avec dix-huit nœuds de vent, tu es à trente nœuds de moyenne ! Tu en fais de la route en 24 heures… C’est fabuleux.

T.C. : Par rapport au précédent Sodebo, ça n’a pas grand-chose à voir : la largeur et la puissance du nouveau est nettement plus importante ! Et c’est plus facile à exploiter : pour quasiment la même longueur, il y a tout de même cinq mètres de largeur en plus. À trente nœuds de vitesse moyenne, tu n’es pas obligé d’avoir l’écoute à la main : on peut même être à l’intérieur !

J-L. N. : À trente-cinq nœuds, tu es sur le pont sans avoir à mettre le ciré et tu peux réguler tranquille aux écoutes… J’ai fait la Route des Princes sur Prince de Bretagne avec Lionel Lemonchois : c’était comme en 60’ ORMA, il fallait mettre le casque lourd et partir au combat ! Après trois heures de quart, tu étais rincé.

T.C. : À quarante nœuds, on a la grand-voile arisée, deux ris et J3 parce qu’on bute à 38 nœuds avec tout dessus. Et on accélère encore…

Coville-Nélias : «Une évidence d’être ensemble !»La première difficulté de la Transat Jacques Vabre, c’est de sortir de la Manche, de traverser le golfe de Gascogne et d’attraper au plus vite les alizés pour débouler vers le Pot au Noir…Photo @ Yvan Zedda / Sea&Co

Voilesetvoiliers.com : Vous avez tous les deux participé plusieurs fois à la Transat Jacques Vabre et si vous n’avez pas fait la dernière édition, vous connaissez le parcours…

J-L. N. : Ce sera ma sixième participation, mais avec des arrivées à Carthagène, Puerto Limon et Salvador de Bahia. Itajaì sera une première…

T.C. : Je suis déjà allé à Itajaì, mais avec la Volvo Ocean Race, en arrivant par le Sud… Et je n’ai que trois éditions à mon actif.

J-L. N. : Le parcours Nord-Sud est un peu moins intéressant stratégiquement qu’une transat Est-Ouest : il y a moins de fronts à passer, moins d’ouverture pour la trajectoire. Une fois la Manche avalée (et côté manœuvres, Sodeb’O se mène très bien), la difficulté est de se connecter aux alizés mais, une fois accrochés, il suffit d’avoir bien calculé son entrée dans le Pot au Noir. La « loterie », ce peut être après le Cabo Frio (au large de Rio de Janeiro) parce que la météo peut être très variable d’un jour à l’autre.

Voilesetvoiliers.com : Il y aura quatre Ultime au départ…

J-L. N. : L’inconnue, c’est Macif, le nouveau trimaran de François Gabart. Si c’est une transat de petit temps (moins de quinze nœuds de vent), il est plus léger que Sodeb’O ! Et il n’aura pas besoin de ses foils… Même avec ses petits flotteurs.

T.C. : Prince de Bretagne est un excellent bateau de petit temps aussi. Effectivement, si c’est du reaching un peu appuyé, Sodeb’O sera plus à l’aise. Quant à Actual, il sera prêt tardivement et Yves Le Blévec n’aura pas eu le temps de se le mettre en main. Et puis c’est un trimaran typé pour un tour du monde en solo… Mais comme toujours sur une course océanique, il n’y a rien d’acquis ! Tout va dépendre des conditions météo parce que le niveau des équipages est excellent. Il ne manque que Francis Joyon : je l’aurais donné comme favori…