Ils sont les plus grands, les plus fous, les rapides voiliers à arpenter la planète. Leurs bouées préférées sont à l'échelle des continents. En solitaire, en double ou en équipage, ils accélèrent le temps, rétrécissent le globe – et distillent l'adrénaline. Bienvenue dans le monde des maxi-multicoques.

Actualité à la Hune

The Transat bakerly

Cap au Sud !

The Transat bakerly est partie ce lundi 2 mai – jour férié en Angleterre – depuis Plymouth à destination de New York dans un crachin très british et une brise d’une quinzaine de nœuds. Si, pour l’heure, les classements ne sont pas encore significatifs (François Gabart sur MACIF mène la danse), le fait majeur est de voir la flotte plonger vers le Golfe de Gascogne, empruntant ainsi une route Sud pour ne pas affronter le gros mauvais temps attendu sur la face Nord de cet Everest des transats.
  • Publié le : 02/05/2016 - 19:22

Bon départ !Bon départ pour la flotte de la Transat bakerly 2016, les multicoques au premier plan et les monocoques sous le vent, sur l'autre partie de la ligne après le HMS Kent au centre de celle-ci.Photo @ Lloyd Images

Lorsque le canon tonna depuis le HMS Kent en ce lundi 2 mai à 14 h 30 (15 h 30 en France), les organisateurs de The Transat bakerly avaient gagné la première partie de leur pari : relancer cette épreuve, la doyenne des courses au large en solitaire qu’ils furent contraints d’annuler voilà quatre ans. « Il n’est jamais simple de reprendre place dans un calendrier sportif » souligne à raison Gilles Chiorri, le directeur de course. Les exemples ne manquent pas d’événements qui, en laissant leur place, ne purent jamais revenir au premier plan. La tâche n’a pas été simple pour autant et si l’on peut juger le plateau de cette édition un peu maigre avec 24 bateaux (25 si on inclut Pen Duick II de Loïck Peyron, hors classement, liste plus bas ; ndlr), il est néanmoins d’une belle qualité et ce dans les quatre classes en lice : Ultime, IMOCA, Multi50 et Class40.
Ces derniers jours à Plymouth, puis la semaine dernière à Saint-Malo, les superlatifs ne manquèrent pas concernant la très riche histoire de l’événement.

Isabelle JoschkeAprès l'émotion au moment de quitter le port, Isabelle Joschke prenait un magnifique départ, grillant la politesse à tous les autres Class40 sur la ligne.Photo @ Lloyd Images

Alors, dans le décor so british et légèrement suranné de la délicieuse ville de Plymouth, The Transat était à son aise, replongeant dans ses racines dans une ambiance cosy et toute de retenue. C’est avec un intérêt poli mais légèrement distancié et un sens de l’accueil certain que les habitants du Devon  ont regardé cette pacifique invasion en Albion de vaisseaux très majoritairement français.
« On est un peu entre nous, plaisantait Yves Le Blévec, skipper d’Actual. Loin de l’agitation d’une Route du Rhum ou d’un Vendée Globe. Cela a des petits airs de départ de deuxième étape de Mini-Transat où il n’y a personne d’autre que les concurrents. On appareille les uns après les autres en se larguant les amarres les uns les autres et le dernier pousse tout seul son bateau du quai ! »
Un sentiment qui se confirmait en constatant, en ce lundi matin gris et frisquet, la belle camaraderie qui unissait les solitaires de la Class40, chacun se saluant avec forces embrassades, au moment de quitter le bassin de Sutton Harbour.
Mais toute comparaison s’arrête là, sur l’eau il y a des tueurs à l’image d’un Armel Le Cléac’h infatigable bretteur et dont le regard ces derniers jours trahissaient mal son envie d’en découdre.
D’ailleurs, la fumée du canon tirée depuis la frégate de Sa Majesté était à peine dispersée par la brise d’Ouest- Sud-Ouest d’une petite quinzaine de nœuds soufflant alors que son Banque Populaire VIII imprimait le tempo. En IMOCA, Jean-Pierre Dick fut peut-être le premier sur la ligne, que Le Cléac’h déboitait immédiatement avec le PRB de Vincent Riou dans son sillage. Pour l’anecdote encore que représente un départ de course océanique, Isabelle Joschke (Generali Horizon Mixité) s’offrait les honneurs de la ligne en Class40 ; Erwan Le Roux  lancé comme une balle sur son MultI50 FenêtreA-Cardinal grillait la politesse à tous les autres multicoques, Ultimes compris, ce groupe-là étant emmené au coup de canon par François Gabart (MACIF).

Départ The Transat 2016Lancé comme une balle, Erwan Le Roux sur son Multi50 FenêtréA Cardinal passait un à un les Ultimes tel que Sodebo au coup de canon. Un feu de paille mais un joli baroud.Photo @ Lloyd Images

Une demi-heure plus tard c’est d’ailleurs celui-ci qui passait en premier le phare d’Eddystone, marque de parcours à laisser à tribord distante de huit milles du départ.
Tout cela s’oubliera bien vite ; les têtes sont ailleurs en particulier dans les routages.
Dimanche, les analyses par les marins, météorologues et autres routeurs laissaient entrevoir des choix cornéliens entre une route Nord – voire très Nord puisqu’elle envoyait les voiliers au-delà du 56e – une autre dite Sud à raser le Cap Finisterre avant de mettre de l’Ouest puis une médiane à tricoter le long de l’orthodromie.
Dans le carré de Sodebo, Thomas Coville jubilait : « la Nord je l’appelle la route Joyon ; la Sud, la voie Cammas. Et si c’est entre Francis et Franck que cela passe ? En tous cas cela va être très ouvert.»
Radical changement de décor lundi matin à l’heure de l’appareillage : le chemin septentrional s’était bouché sur les fichiers météo.
Armel Tripon (
Black Pepper/Les ptits doudous) : « Au moins cela a le mérite de la clarté. On va tous aller vers le Sud avec quelques petites nuances à la marge. Au Nord c’est devenu trop compliqué et trop dangereux. Il faut passer la première dépression déjà très violente avec plus de 45 nœuds fichiers et 6 mètres de creux moyen. Et derrière on se retrouve coincés pour redescendre vers les Etats-Unis avec la grande zone d’exclusion instaurée à cause  des glaces. Donc : route Sud c’est-à-dire plongée dans le Golfe de Gascogne en contournant l’anticyclone en train de s’y installer, passage du Cap Finisterre puis des Açores à environ 200 milles au nord de l’archipel. »

Carte The Transat 3 mai 6 heuresCarte de situation au 3 mai à 06 h 00.Photo @ Météo Consult

Au fur et à mesure que la flotte se dirige vers le Golfe de Gascogne, le vent devrait se renforcer en basculant Nord-Ouest. Les premières heures de cette fuite en avant vers le Sud peuvent s’avérer déterminantes. Devant les étraves : 3 050 milles jusqu’à New York que les premiers Ultimes pourraient couvrir en neuf jours.

Selfie GabartL"express de la Manche ! 4 h 15 après le départ de Plymouth, François Gabart mettait en ligne sur Twitter ce selfie pris à bord de MACIF au passage de Ouessant (en fond).Photo @ François Gabart/MACIF

Cliquez ici pour les classements complets et la cartographie de The Transat bakerly

The Transat bakerly

Les engagés 2016

Class40 (10)

- Louis Duc (FRA, Carac)
- Edouard Golberry (FRA, Normandie)
- Isabelle Joschke (ALL/FRA, Generali-Horizon Mixité)
- Hiroshi Katada (JAP, Kiho)
- Robin Marais (FRA, Esprit Scout)
- Anna-Maria Renken (ALL, Nivea)
- Phil Sharp (GBR, Imerys)
- Maxime Sorel (FRA, VandB)
- Armel Tripon (FRA, Black Pepper/Les ptits doudous)
- Thibaut Vauchel-Camus (FRA, Solidaires en Peloton-ARSEP)

Multi50 (5)

- Pierre Antoine (FRA, Olmix)
- Gilles Lamiré (FRA, La French Tech Rennes Saint-Malo)
- Erwan Le Roux (FRA, FénêtréA-Cardinal)
- Erik Nigon (FRA, Vers un monde sans Sida)
- Lalou Roucayrol (FRA, Arkema)

IMOCA (6)

- Jean-Pierre Dick (FRA, StMichel-Virbac)
- Sébastien Josse (FRA, Edmond de Rothschild)
- Armel Le Cléac’h (FRA, Banque Populaire VIII)
- Paul Meilhat (FRA, SMA)
- Vincent Riou (FRA, PRB)
- Richard Tolkien (GBR, 44)

Ultime (3)

-Thomas Coville (FRA, Sodebo)
- François Gabart (FRA, Macif)
- Yves Le Blévec (FRA, Actual)

Hors catégorie (1)

- Loïck Peyron (FRA, Pen Duick II)

Peyron départ The TransatA la barre de Pen Duick II, Loïck Peyron devrait mettre une trentaine de jours pour rallier New York. Par comparaison, les premiers Ultimes sont attendus d"ici neuf jours et les premiers monocoques après douze jours de mer.Photo @ Lloyd Images