Ils sont les plus grands, les plus fous, les rapides voiliers à arpenter la planète. Leurs bouées préférées sont à l'échelle des continents. En solitaire, en double ou en équipage, ils accélèrent le temps, rétrécissent le globe – et distillent l'adrénaline. Bienvenue dans le monde des maxi-multicoques.

Actualité à la Hune

The Transat Bakerly

François Gabart attendu ce soir en vainqueur

Après une semaine à cavaler au portant sans bottes ni cirés et à des moyennes stupéfiantes, les skippers des Ultime ont retrouvé des conditions beaucoup plus viriles et typiques de la Transat anglaise, donc du près ! A 260 milles de Sandy Hook, à l’entrée de la baie de New York, MACIF et Sodebo se débattaient en milieu de nuit dans des vents erratiques. La victoire (arrivée prévue vers 19 heures locales, 01 heures à Paris le 11 mai) ne devrait pas échapper à François Gabart, quelques heures devant Thomas Coville, et qui réalise aussi un splendide parcours sur un bateau moins récent et performant.
  • Publié le : 10/05/2016 - 07:00

Gabart à bord The TransatFrançois Gabart bien parti pour réaliser le grand chelem en quatre ans et quatre courses en mono puis en multicoque – Vendée Globe, Route du Rhum, Transat Jacques Vabre et The Transat bakerly ! Photo @ Yann Riou/MACIF
« On est au près, ce qui n’était pas arrivé depuis le départ et ce qui, sur une Transat Anglaise, reste un scénario un peu surprenant. Mais cela fait partie du jeu et on aura à peu près ça jusqu’à la fin ! Il y a pas mal de vagues, et c’est assez inconfortable. Ce matin, en revanche, au reaching, je progressais pleine balle et je faisais du saut de vagues. J’ai clairement ralenti le bateau. Cela ne m’arrive pas souvent, mais il y a des moments comme celui-là, où tu arrives à la fin du course, tu es en tête… et il ne faut pas prendre le risque de casser quelque chose à bord. Avec le vent qu’il y avait, ça pouvait monter à 35-38 nœuds et j’ai volontairement levé le pied... » Dans la bouche de François Gabart sur MACIF, ce bref échange téléphonique prouve que la course n’est pas finie, et qu’il convient de préserver le bateau. Thomas Coville sur Sodebo, revenu à 75 milles ce mardi matin, ne dit pas autre chose, mais rappelle un peu Alain Colas dans sa manière de décrire son quotidien : « Depuis dimanche, c’est très physique ! La mer est forte, toute cabossée, ça tape bien et on navigue au près dans du vent fort. Au moment où je parle, Sodebo Ultim’ s’élève de toute sa hauteur, l’étrave décolle, la dérive sort carrément de l’eau et quand ça retombe, c’est impressionnant comme ça tape et ça vibre ! J’ai très peu dormi, jusqu’au bout ce sera très physique ! Quand tu es un compétiteur, tu joues pour la gagne. On fait un beau duel depuis une semaine avec François.

Coville à bord The TransatAutoportrait de Thomas Coville au coucher du soleil ! Photo @ Thomas Coville/Sodebo
Il reste encore un front à passer, il faut être prudent, faire attention au bateau, surtout ne rien casser. Une petite erreur peut vite arriver. La nuit de dimanche à lundi, c’était un peu la folle cavalcade, et on est revenu sur MACIF… Il peut encore se passer des choses, alors je ne veux rien lâcher, ce n’est pas le moment !
» On peut faire confiance à Thomas, qui à 47 ans, fort d’une énorme expérience (autour de 400 000 milles en course dans les bottes dont huit cap Horn !) va se battre jusqu’au dernier mille, après une course remarquable sur un bateau certes très largement modifié… mais dont la plateforme date quand même de 2001. En approche de l’arrivée - située à une vingtaine de milles à l’extérieur de la baie de New York– les deux solitaires vont rencontrer ce mardi tout ce qu’on aime le moins quand on fait du bateau à voile, soit du près serré, de la pétole, de la pluie, du courant, des bancs de sable, des cargos et des pêcheurs !

Météo 10 mai 2016Le système dépressionnaire en formation sur le Canada et la bulle anticyclonique au milieu de l’atlantique vont pimenter la fin de la Transat. Photo @ Météo Consult

Armel fait le break !

Après un week-end musclé, les IMOCA négocient depuis dimanche soir une dorsale anticyclonique, en attendant de retoucher un flux de Sud-Ouest… et Armel Le Cléac’h sur Banque Populaire VIII s’est légèrement échappé, reléguant Vincent Riou (PRB) à 52 milles et Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac) à 150. Impressionnant depuis le départ, le double vainqueur du Figaro et deux fois deuxième des deux derniers Vendée Globe, ne s’emballe pas pour autant à trois jours et demi de l’arrivée, mais quand on est surnommé par le milieu « Le Chacal » ça veut dire ce que ça veut dire ! Et comment croire un type qui à la vacation raconte qu’il « prend actuellement ses repères en solitaire » alors qu’il maîtrise parfaitement la discipline… et ce depuis longtemps !

Le Cléac"h Banque Pop VIIISur Banque Populaire VII, Armel Le Cléac’h mène The Transat, et creuse l’écart sur ses poursuivants. Photo @ Yvan Zedda/BPCE

Enfin, et c’est un peu injuste, personne ne parle de Paul Meilhat sur SMA, gravement blessé en novembre dernier, et dont le bateau miraculeusement récupéré en Irlande dans un sale état, a été remis sur pieds en un temps record par le commando de Mer Agitée dirigé par Michel Desjoyeaux. Paul navigue loin du trio de tête, mais n’a pas été épargné. Exemple raconté par son skipper : « compte-tenu des conditions météo particulièrement humides de ces derniers jours, on a eu des infiltrations d’eau sur les répétiteurs de pilote. J’ai donc été obligé de les shunter, de me mettre à la cape pendant quelques heures et de sortir ma panoplie d’électricien pour changer des fils, refaire des gaines propres, le tout par près de quatre mètres de creux… Un bon exercice dans la perspective du tour du monde. » Sur le bateau vainqueur du dernier Vendée Globe, point de doute, Meilhat lui non plus, ne lâche pas !

Lamiré s’envole

En Multi50, peu connu du grand public, mais très respecté dans le milieu, Gilles Lamiré effectue pour le moment un parcours sans faute sur l’ancien Banque de Bretagne avec lequel Lionel Lemonchois s’était imposé dans la Route du Rhum 2010. Superbement routé par Yvan Bourgnon, son coéquipier lors de la dernière Transat Jacques Vabre (ils avaient abandonné sur bris de flotteur ; ndlr), le skipper de Cancale sur French Tech Rennes Saint-Malo va devoir contourner un centre anticyclonique avant de retrouver un flux de Sud-Ouest et infléchir sa route sur le fameux phare d’Ambrose Light qui marque l’atterrissage à New York. Ce mardi matin, Gilles possède plus de 200 milles d’avance sur Lalou Roucayrol (Arkema) situé plus Nord.

Vauchel Camus The TransatSur son Mach 40 dessiné par Samuel Manuard, Thibaut Vauchel-Camus est en train de s’affirmer comme un sacré coureur au large. Il est actuellement 2e derrière Isabelle Joschke.Photo @ Lloyd images/The Transat

Isabelle Joschke en tête des Class40

L’ancien leader Armel Tripon (Black Pepper-Les P’tits Doudous) avant le coup de vent, a dû faire un stop à Horta pour réparer, et Phil Sharp (Imerys) a effectué sa pénalité de six heures suite à la réclamation du Jury pour son passage dans la zone interdite du DST à Ouessant. Mais l’Anglais est coriace et ne lâche rien pour autant. N’empêche, ce mardi 10 mai au matin, Isabelle Joschke (Generali-Horizon Mixité) « coachée » par Alain Gautier et révélation de la première moitié de course, s’est installée aux commandes, et mène à 1 500 milles de l’arrivée, talonné par l’ancien champion de F18, Thibaut Vauchel-Camus (Solidaires en peloton-ARSEP). Enfin, Edouard Golbery (Région Normandie) qui a profité de ce thalweg pour se rapprocher, à moins de 60 milles de la tête de course.

Classement le 10 mai à 3 h 00 UTC

Ultime
1. François Gabart (MACIF), à 281 milles de l'arrivée
2. Thomas Coville (Sodebo), à 83 milles du leader
3. Yves Le Blevec (Actual), à 438 milles
 
IMOCA
1. Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII), à 1 007 milles de l'arrivée
2. Vincent Riou (PRB), à 51 milles du leader
3. Jean-Pierre Dick (StMichel Virbac), à 151 milles
 
MULTI50
1. Gilles Lamiré (French Tech - Rennes Saint-Malo), à 1 170 milles de l'arrivée
2. Lalou Roucayrol (Arkema), 207 milles du leader
3. Pierre Antoine (Olmix), à 325 milles

CLASS40
1. Isabelle Joschke (Generali - Horizon mixité) à 1 541 milles de l'arrivée
2. Thibault Vauchel-Camus (Solidaires en Peloton - ARSEP) à 3,82 milles du leader
3. Phil Sharp (Imerys), à 25 milles

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