Ils sont les plus grands, les plus fous, les rapides voiliers à arpenter la planète. Leurs bouées préférées sont à l'échelle des continents. En solitaire, en double ou en équipage, ils accélèrent le temps, rétrécissent le globe – et distillent l'adrénaline. Bienvenue dans le monde des maxi-multicoques.

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François Gabart : «Il me tarde d’arriver !»

À 2 600 milles de l’arrivée de la ligne virtuelle entre Ouessant et le cap Lizard, et dans un alizé de Nord-Est musclé, François Gabart nous a appelés ce lundi 11 décembre. Comme Macif déboulait à plus de 30 nœuds, on sentait son skipper ultra concentré et sur le qui-vive, manifestement pressé d’en finir, bien que son avance sur le record de Thomas Coville (49 jours 3 heures) atteigne ce lundi 2 320 milles… soit près de cinq jours. Dingue ! Le bruit à bord était si infernal que le marin avait du mal à nous entendre, et la communication parfois hachée… Il est attendu à Brest dimanche 17 décembre dans la journée, et va devoir négocier une dorsale anticyclonique et très peu de vent en approche de la Bretagne. Voici ses propos.
  • Publié le : 11/12/2017 - 18:13

passage équateur gabartFrançois Gabart a franchi l'équateur dimanche 10 décembre à 11 h 35 après 36 j 01 h de mer. Le skipper du trimaran MACIF comptait au pasage de la ligne 5 j 13 h 23" d"avance sur le tableau de marche du recordman, Thomas Coville. Photo @ François Gabart/Macif

Alizés
«Je suis à la latitude du Cap-Vert. Les conditions météo en ce moment, c’est de l’alizé plutôt fort sous un ciel gris. Il y a environ 27 nœuds de vent avec de petites lignes de grains, et à l’avant du vent assez fort. Avec cette mer d’alizé, ça commence à pas mal secouer et ça déferle même. La mer est couverte d’algues, mais pour le moment, ça ne me dérange pas trop car on va vite et ce sont des algues très fines qui restent en surface. Je suis au reaching tribord amure, et marche entre 28 et 35 nœuds sous grand-voile à un ris et J3. Jusqu’à 20-25 nœuds, Macif passe super bien. Au-dessus de 27, c’est un peu chaud. Là, au moment où je te parle, je suis à 38 nœuds ! Il faut faire gaffe et être prêt à choquer.»

ETA
«J’aimerais bien le savoir ! Le plus tôt possible… Grosso modo, le timing pour arriver aux Açores est à peu près connu : dans la nuit de mercredi à jeudi, sauf aléa technique. Ensuite, entre les Açores et Ouessant, c’est encore très incertain. Il y a une grosse zone sans vent qui barre un peu le chemin. Si tout va bien, ce devrait être ce week-end, dimanche dans la journée, au pire lundi matin. Il me tarde d’arriver.»

Macif
«J’ai appris qu’il était capable d’aller très vite, et de faire les trois quarts d’un tour du monde sans avoir de gros bobos. J’espère apprendre dans les prochains jours qu’il est capable de faire la totalité du tour du monde. Ça reste un gros bateau (30 mètres, ndlr) qui est compliqué à manœuvrer, même s’il est sans doute «moins pire» que d’autres, mais qui a un potentiel extraordinaire, et qu’on peut encore beaucoup améliorer. Je pense qu’il a une belle marge de progression dans les années qui viennent. On va faire des modifications assez intéressantes après le tour du monde, et je suis ravi de voir qu’avec l’équipe, nous avons des ressources… car il le mérite !»

Trimaran MACIFPour leur première circumnavigation commune, le trimaran Macif et François Gabart sont en route vers un exploit retentissant. L'actuelle ETA (heure estimée d'arrivée) les amène dimanche prochain sur la ligne d"arrivée. Photo @ Jean-Marie Liot/ALeA/Macif

Physique
«Je me suis clairement reposé ces trois derniers jours et j’ai fait le plein de sommeil. Ce sont sans doute les meilleures nuits et siestes que j’ai pu faire depuis le départ, et c’est une bonne nouvelle. Ça va relativement vite mais les manœuvres sont assez rares. Ça bouge en revanche pas mal depuis ce matin et ce n’est pas évident. Mais, tant le bonhomme que le bateau, nous sommes aptes pour cette dernière ligne droite.»

Météo
«Je dois passer entre une et deux heures quotidiennes sur la stratégie météo, le matin et le soir car on a deux fichiers par jour. J’ai une équipe à terre qui fonctionne à merveille avec Jean-Yves Bernot, secondé par Julien Villion et Corentin Douguet en alternance pour le routage, plus Antoine Gautier, Guillaume Combescure et Emilien Lavigne pour la partie performance. Il y a des moments où je n’ai pas la possibilité de trop regarder, et là par exemple, où j’ai plus de temps pour étudier. C’est hyper important de bien anticiper les choses, car plus tu as le nez dedans et plus tu peux imaginer les différents scénarii. J’essaye de bien comprendre ce qui se passe.»

Pot au noir
«Il faut savoir que le pot au noir à cette période de l’année est finalement assez facile à franchir. Sur le Vendée Globe en 2013, j’avais été pas mal ralenti, mais il y a deux ans au retour du Brésil et de la Transat Jacques Vabre, autant on avait eu un pot au noir terrible à l’aller avec Pascal Bidégorry, autant quinze jours-trois semaines plus tard au retour, c’est passé comme une fleur ! J’étais assez méfiant car on n’est jamais trop sûr dans ce coin-là. J’ai eu quelques grains pas faciles à négocier, mais en moyenne, ça s’est bien passé.»

MacifPour deux jours au moins, le trimaran Macif va continuer à avaler l'Atlantique Nord grâce à un généreux alizé.Photo @ Jean-Marie Liot/ALeA/Macif

Craintes
«Ce que je crains d’ici à l’arrivée, c’est le problème technique qui peut tout foutre en l’air ! Comme je l’ai souvent dit, un tour du monde ça se fait par élimination du premier au dernier jour. Je fais donc hyper attention au bateau pour prévenir le moindre incident. Bien voilà, et comme je te disais, je vais à plus de 30 nœuds, et donc je continue à aller vite sans prendre aucun risque, mais ce n’est pas forcément simple. Je dois rester très concentré. Il peut y avoir des objets flottants, plein de choses. Il y a des facteurs que l’on ne maîtrise pas, et ceux-ci, j’essaye de ne pas y penser. J’essaye d’être reposé et lucide mentalement si je devais avoir un souci, afin de pouvoir bien réagir et terminer la course.»

Le final
«Je ne sais pas trop ce que je ressens à la fin de cette course. C’est en fait un peu similaire au Vendée Globe. J’étais en tête, j’avais Armel (Le Cléac’h) qui n’était pas loin derrière. Là, je suis en avance sur le record de Thomas (Coville), j’ai toujours dit que je voulais faire le plus beau tour du monde possible sur ce parcours, et je ne vais pas exagérément lever le pied. Il y a un mélange de méfiance bonheur et fierté qui est latent et a envie d’exploser, et que tu contiens car ce n’est pas le moment et il faut attendre un peu. Tu sens que ce n’est pas loin. C’est palpable… mais je ne me réjouis pas trop vite et essaye de cacher ça derrière la concentration, car il reste l’Atlantique Nord à remonter.»