Ils sont les plus grands, les plus fous, les rapides voiliers à arpenter la planète. Leurs bouées préférées sont à l'échelle des continents. En solitaire, en double ou en équipage, ils accélèrent le temps, rétrécissent le globe – et distillent l'adrénaline. Bienvenue dans le monde des maxi-multicoques.

Actualité à la Hune

The Bridge

François Gabart : «On va vivre une course magique»

A l’occasion de la Transat du centenaire de The Bridge, qui s’élance dimanche de Saint-Nazaire à destination de New York, quatre grands trimarans vont s’affronter sur l’Atlantique Nord. En flotte et en temps réel. Plus que le symbolique combat contre les 23 nœuds de moyenne du liner transatlantique, le match entre les bateaux de François Gabart, Thomas Coville, Francis Joyon et Yves Le Blevec sera instructif dans la perspective des prochaines tentatives de record et celle du premier tour du monde des Ultim prévu en 2019 au départ de Brest. Nous avons navigué avec François Gabart à bord de son géant Macif et en avons profité pour le questionner…
  • Publié le : 22/06/2017 - 09:30

François GabartEn 2016, François Gabart avait rejoint New York en vainqueur de la Transat anglaise.Photo @ Alexis Courcoux/Macif

Voilesetvoiliers.com : François, entre Saint-Nazaire et New York le Queen Mary 2 naviguera tout droit à 22,8 nœuds de moyenne. Avez-vous une petite chance d’arriver avant lui au pied de la statue de la Liberté ?
François Gabart : Disons que c’est possible, mais très peu probable. Bien sûr nous sommes capables d’aller à des vitesses de pointe bien plus élevées que lui. Mais contrairement à nous, le Queen Mary 2 ira tout droit et vite, pendant que nous devrons naviguer face aux vents dominants. Sauf surprise météo, il y a donc peu de chances que nous arrivions avant lui à New York. Se battre contre un paquebot dans ce sens-là à cette époque de l’année c’est surtout symbolique… ce qui ne veut pas dire que ce n’est pas une bonne idée. A bien des égards, c’est même une idée fabuleuse !

Voilesetvoiliers.com : A quel titre ?
F. G. :
Le Queen Mary 2 est un bateau extraordinaire. Des milliers de personnes ont travaillé à sa conception et à sa construction. C’était très audacieux de la part de Damien Grimont (l’organisateur de The Bridge, ndlr) de lancer cette idée. The Bridge va permettre de rapprocher le grand public de nos bateaux à voiles. Enfin, pour une fois, les gens embarqués sur le paquebot traverseront un peu avec nous. Ils pourront se faire une petite idée de nos conditions de navigation.

Queen Mary IIC'est lui qu'il faudra battre : le Queen Mary 2 qui, quoiqu'il arrive, sera à New York le samedi 6 juin au petit matin.Photo @ Cunard Images

Voilesetvoiliers.com : Voir Macif batailler en flotte et en temps réel contre Sodebo Ultim’, Idec Sport et Actual est une situation inédite pour vous qui êtes plutôt des chasseurs de records…
F. G. : Je prends ça comme une chance de naviguer contre les deux meilleurs bateaux de records du moment ! C’est fabuleux de savoir que l’on va se battre contre les bateaux et les marins qui ont battu cet hiver les deux plus prestigieux records autour du monde : le Trophée Jules Verne pour Francis Joyon et son équipage en 40 jours, et le record du tour du monde en solitaire pour Thomas Coville en 49 jours. Autrement dit, The Bridge va nous permettre de nous confronter directement aux meilleurs. On ne peut pas rêver mieux.

Voilesetvoiliers.com : Le Queen Mary 2 mettra six jours à couvrir l’Atlantique. Côté Ultim, peut-on imaginer une arrivée groupée à New York ?
F. G. : 
Oui, c’est possible. Nous avons vu, sur les sorties récentes, que les performances de nos bateaux sont assez proches. Il y a assez peu d’écart entre nous. Donc oui, on peut rêver d’une arrivée avec deux ou trois bateaux encore au contact devant Manhattan. Ce serait génial !

MacifC'est un Macif optimisé qui se présente au départ de The Bridge. Le travail à l'intersaison a surtout porté sur la fiabilité et la simplicité d'utilisation.Photo @ Alexis Courcoux/Macif

Voilesetvoiliers.com : Cette Transat du centenaire se court en équipage, alors que tu te prépares à tenter le record du tour du monde en solitaire cet hiver…
F. G. : Mais ce n’est pas illogique, au contraire ! Je suis ravi de naviguer en équipage, même s’il y a un tour du monde en solo au programme cet hiver. Naviguer en équipage sur ces engins est une source de progrès permanents. On y puise toujours de nouvelles idées, de nouvelles façons de régler le bateau. Cela donne la direction vers laquelle il faut aller. Comme en équipage on exploite au maximum les possibilités, cela me montre de quoi le bateau est capable. Cela me renseigne sur son potentiel réel. Et c’est forcément très instructif puisqu’il me faudra aller chercher des pourcentages de performances très élevés pour espérer aller chercher le record de Thomas Coville, qui sera très difficile à battre. Ce serait prétentieux de dire que j’irai aussi vite en solitaire qu’en équipage, mais cela va m’indiquer de quoi il faut s’approcher pour être très performant. Et être très performant sera la condition sine qua non - en plus d’avoir de la réussite sur les enchaînements météo - pour se donner une chance de faire mieux que Thomas. Sur les milliers de routages que nous avons fait tourner cet hiver, il y en a quelques-uns, pas beaucoup, où l’on parvient à faire le tour en moins de 49 jours. Le fait que Thomas ait dû s’y reprendre à plusieurs reprises donne aussi une idée de la difficulté du truc. Je sais que ce sera très dur… mais je sais aussi que j’ai très envie d’essayer.

Voilesetvoiliers.com : Revenons à The Bridge. A propos d’équipage, on note à bord de Macif des têtes connues comme Pascal Bidégorry, Yann Riou ou Benoît Marie. Mais il y a aussi deux membres de l’équipe technique : Guillaume Combescure et Antoine Gautier. Pourquoi ce choix ?
F. G. :
J’ai voulu des profils différents, pour que chacun apporte sa compétence et tire vers le haut à la fois le bateau et l’équipage. On ne présente plus Pascal qui a énormément d’expérience en multi. Yann (le média man, ndlr) fait de superbes images et va m’aider à progresser aussi en ce domaine. Benoît est passionné par les foils, par les bateaux qui volent et fourmille d’idées pour aller toujours plus vite. Antoine et Guillaume, de l’équipe technique, connaissent le bateau par cœur. C'est important qu'ils soient là, en conditions réelles de course, pour continuer à le faire évoluer. Chaque membre de l’équipage apporte quelque chose qui me remet en cause… et donc me permet de progresser.

François GabartA bord de son trimaran conçu pour le solitaire, François Gabart ici au moulin à café, naviguera cette fois en équipage. Photo @ Bruno Ménard

Voilesetvoiliers.com : Quels sont les atouts de Macif sur cette confrontation inédite entre Saint-Nazaire et New York ?
F. G. : Macif est un trimaran imaginé et conçu pour la course en solitaire, on ne l'a pas pensé pour l'équipage. Il n'empêche que ça reste un super bateau, capable d'aller très vite, et qu’on va vivre une course magique. Par rapport à la concurrence, Macif est un peu moins puissant, notamment que Sodebo et qu’Idec Sport qui est déjà un bateau de légende avec sa double victoire dans la Route du Rhum et ses deux Trophée Jules Verne victorieux (la largeur de Macif est de 21 mètres, celle d’Idec Sport de 22,50 mètres, ndlr). Mais nous sommes aussi un peu plus légers et dans certaines transitions nous devrions être plus à l’aise. Nous avons de quoi tirer notre épingle du jeu. Pour prendre une image, je dirais que notre «moteur» est un peu moins gros que celui des autres mais il est aussi plus léger. Nous devrions un peu moins frotter dans l’eau, juchés sur nos foils. Je pense que notre point fort est d’être capables d’atteindre rapidement les hautes vitesses. Même si l'on ne vole pas en permanence - loin de là en course au large ! -, nous avons un bateau relativement aérien et que nous avons voulu être le plus facile possible à mener.

ParcoursLa route du Queen Mary 2 et celles possibles des multicoques.Photo @ The Bridge

The Bridge et la Transat du centenaire 

Imaginé par Damien Grimont, The Bridge commémore le centenaire du débarquement des soldats américains en 1917 à Saint-Nazaire. Dans les deux grandes villes de Loire-Atlantique, une pléiade d’événements a débuté cette semaine, avec notamment la Coupe du monde de basket à trois contre trois à Nantes, où les quatre trimarans Ultim ont fait escale avant de descendre la Loire vers le port nazairien en ce jeudi 22 juin.
Saint-Nazaire, ville qui a construit le Queen Mary 2, va le voir revenir pour la première fois ce week-end, fin de semaine où sont aussi prévus de multiples animations et concerts de jazz, ou encore le Record SNSM avec les Multi50 en vedette.
Mais le point d’orgue de The Bridge, c’est bien sûr la Transat du centenaire, à savoir la course qui va opposer au paquebot transatlantique les grands trimarans de Thomas Coville, François Gabart, Francis Joyon et Yves Le Blevec, menés en équipage entre Saint-Nazaire et New York. Départ dimanche 25 juin à 19 heures. Arrivée du Queen Mary 2 à New York six jours plus tard, le premier juillet. D’Est en Ouest à cette époque, et sans la possibilité de choisir sa fenêtre météo, ce sera (très) difficile pour les voiliers de traverser aussi rapidement.