Ils sont les plus grands, les plus fous, les rapides voiliers à arpenter la planète. Leurs bouées préférées sont à l'échelle des continents. En solitaire, en double ou en équipage, ils accélèrent le temps, rétrécissent le globe – et distillent l'adrénaline. Bienvenue dans le monde des maxi-multicoques.

Actualité à la Hune

Route des Princes 2013

Le fait des princes

A l’issue d’un mois de course autour de l’Europe, la Route des Princes a convaincu le public et les coureurs. Reste que la flotte était un peu réduite : les victoires respectives de Lionel Lemonchois, seul concurrent Ultime, de Sébastien Josse en MOD70 après le chavirage de Yann Guichard à Dublin, et de Lalou Roucayrol en Multi50 donnent plus une idée comparative des performances des bateaux et des compétences des équipages qu’un état des lieux avant la Transat Jacques Vabre.
  • Publié le : 01/07/2013 - 01:08

Chavirage SpindriftSpectaculaire chavirage latéral pour Spindrift : personne n’aurait imaginer une telle figure libre sur eau plate à Dublin !Photo @ D. Leroux/Route des PrincesLe retard à l’allumage du 50 pieds Rennes Métropole-Saint Malo Agglomération (ex-Prince de Bretagne) prêt beaucoup trop tardivement, et le chavirage du MOD-70 Spindrift à Dublin n’ont certes pas contribué à impulser une Route des Princes dont le principe reprenait les bons vieux Tour de l’Europe des années 90... Un parcours intéressant de près de 2 500 milles entre Valencia (Espagne), Lisbonne (Portugal), Dublin (Irlande), Plymouth (Angleterre) et Roscoff avec de grandes manifestations festives à chaque escale.

Route des Princes-Lisbonne Huit multicoques sur neuf ont terminé le parcours avec un magnifique départ devant Lisbonne et des conditions très variées tout au long de ce demi tour de l’Europe. Photo @ Marcel Mochet Route des Princes

Un petit goût de trop peu…

Et si la course a été captivante pour tous les concurrents, il a manqué le piment d’une flotte plus étoffée surtout après le chavirage spectaculaire de Yann Guichard et son équipage. Un seul Ultime qui ne remporte en temps réel que la dernière manche entre Plymouth et Roscoff dans les petits airs, trois MOD-70 qui ont montré que l’expérience d’une grosse saison en 2012 est un bonus puisque Virbac-Paprec 70 n’a pas vraiment réussi à rentrer dans le match et une belle bagarre en Multi-50’ puisque les trois leaders se sont partagés les victoires d’étape et que l’issue finale s’est jouée au bonus de la dernière marque du dernier parcours offshore : Lalou Roucayrol encaissait le 1,5 point qui faisait la différence sur Erwan Leroux…

On en redemande donc dans deux ans mais avec tous les Ultimes qui auront fait la Route du Rhum et des MOD-70 au moins au complet (sept monotypes construits), et toute la flotte des Multi-50’ qui se sont dispersés cette première fois sur d’autres épreuves. L’accueil à toutes les étapes a en tous cas été remarquable et les moyens techniques mis en œuvre, parfaitement adaptés. Seul regret : le tout petit nombre de gréements traditionnels et de yachts classiques à l’arrivée en baie de Morlaix…

Prince de BretagneSans réel adversaire, Lionel Lemonchois a tout de même eu du fil à retordre face aux MOD-70 : il ne remporte que la dernière étape en temps réel…Photo @ Marcel Mochet Route des Princes

Lionel Lemonchois (Prince de Bretagne)
« Le fait d’être seul dans notre catégorie ne nous a pas gêné : l’intérêt était de monter en puissance, de se confronter aux MOD-70 qui sont une bonne référence. La mise au point de Prince de Bretagne est longue pour l’objectif de la Route du Rhum 2014.
On s’est accroché avec les MOD-70 : en temps réel, nous finissons deuxième à Lisbonne et premier à Roscoff. Mais on a eu des problèmes techniques : explosion du gennaker sur la deuxième étape, hook cassé sur la troisième manche. Cette course nous a montré nos points faibles : on a bien progressé depuis l’Armen !
Les MOD-70 dans le petit temps sont redoutables : ils sortent leur grand gennaker avec lequel ils font du près… Au-dessus de 16 nœuds de vent au près, on va plus vite, dès qu’on lève la coque centrale. Ils lèvent plus tôt parce qu’ils sont moins larges, moins lourds et qu’ils ont un mât basculant. On est plus puissant mais au portant, ça se passe plutôt bien : entre Wolf Rock et les Roches Douvres avec 15-18 nœuds puis 12 nœuds, on leur a pris huit milles.
Je suis confiant pour la suite : c’est tout l’intérêt d’avoir le bateau un an à l’avance. Je vais le connaître par cœur et il évolue positivement. On fait un chantier d’un mois à Lorient pour installer un mât basculant : le mât fait 600 kgs et le déporter au vent est forcément un plus. Puis on changera le safran de la coque centrale et si tout se passe bien, j’aimerai installer des foils plus courbes, plus longs, plus efficaces. En s’inspirant de ce qui s’est fait pour la Coupe de l’America. Mais je préfère évoluer par touches pour savoir ce que chaque élément apporte.
Le prochain rendez-vous est la Fastnet Race en août puis j’aimerai tenter le record entre Lorient et l’île Maurice de Francis Joyon. Un beau parcours et une bonne révision avant la Route du Rhum !
»

Edmond de RothschildBelle victoire pour Sébastien Josse qui a joué la régularité pour finalement remporter la dernière manche à Roscoff.Photo @ Yvan Zedda/Gitana Sa.

Sébastien Josse (Edmond de Rothschild)
« Ça se termine bien ! La course avait de gros moyens et l’organisation a été top. Et quand il y avait les quatre MOD-70, il y avait du jeu… On était tous à dix ou quinze minutes les uns des autres à l’arrivée des offshores, pratiquement toujours à vue. Comme toujours, la victoire s’est jouée sur la dernière manche, comme l’année dernière ! Les inshores nous ont permis de rester dans le match jusqu’à la dernière étape : je pense que le fait de conserver le même équipage nous a permis de progresser par rapport à l’année dernière où nous découvrions le MOD-70.
Le chavirage de Spindrift a mis un bémol : on ne s’y attendait pas parce que tout le monde disait que les bateaux étaient sereins, safe ! On ne pensait pas que c’était possible aussi rapidement sur mer plate. Le vent était très irrégulier, de 8 à 28 nœuds… Pris à froid. Cela aurait pu nous arriver aussi.
Spindrift était la référence, mais Oman a bien navigué : il était libéré côté options en ne jouant pas le contact comme en Figaro. Sidney n’a pas hésité à décrocher du paquet et à tenter de jolis coups.
Le bateau rentre la semaine prochaine au chantier pour préparer la transat Jacques Vabre que je ferais avec Charles Caudrelier. Entre temps, nous participerons à la Fastnet Race avec Gitana 11.
»

ArkemaLalou Roucayrol a réussi son coup : son nouveau trimaran semble le plus rapide au portant dans les petits airs tout en tenant la cadence dans la brise.Photo @ Ricardo Pinto Route des Princes

Lalou Roucayrol (Arkema-Région Aquitaine)
« Faire des courses comme celle-là, je veux bien tous les ans ! C’était superbement organisé : on a été reçu « comme des princes »… Le parcours était très intéressant avec des confrontations très serrées avec nos concurrents : il n’y a pas eu une régate sans qu’on voit un bateau à l’horizon. Il y a toujours eu du contact : le bilan est super positif.
Arkema est une « jeune fille » magnifique et bien-née : j’en suis amoureux ! Côté performance, on est dans les clous et on va très vite dans le petit temps au portant grâce à notre grand gennaker « à la suisse »… On a exploité la jauge au maximum dans le cadre très fermé qu’elle propose. C’est un bonus au large mais c’est compliqué sur les régates inshores ou les Grand Prix. Les formes de coques sont assez novatrices. Les seules conditions où nous avons un petit déficit, c’est entre 6 et 10 nœuds dans le clapot au près : la coque centrale ne déjauge pas et comme elle est assez plate, on tape pas mal.
Au programme, un petit chantier estival puis les Trophées de Saint-Quay Portrieux et Fécamp. Puis la transat Jacques Vabre…
»

Deux MOD-70Belle démonstration du potentiel des MOD-70 lors de la régate inshore de Valencia !Photo @ Route des Princes