Ils sont les plus grands, les plus fous, les rapides voiliers à arpenter la planète. Leurs bouées préférées sont à l'échelle des continents. En solitaire, en double ou en équipage, ils accélèrent le temps, rétrécissent le globe – et distillent l'adrénaline. Bienvenue dans le monde des maxi-multicoques.

Actualité à la Hune

The Bridge

Ça roule sur Macif, ça coince sur Sodebo

L’équipage de François Gabart n’a pas craqué ni commis d’erreur : Macif est clairement en passe de gagner The Bridge dans la soirée de lundi à New York, c’est-à-dire la nuit prochaine en France. IDEC Sport est 80 milles derrière et Actual émarge à plus de 500 milles. Sodebo est toujours troisième, à 170 milles du leader, mais doit gérer autre chose : la blessure à la tête de Thierry Briend, qui a lourdement chuté dans le bateau.
  • Publié le : 03/07/2017 - 07:19

arrivée Queen MaryLe Queen Mary 2 est arrivé samedi dernier à New York dans une belle ambiance. Son avance sur les multicoques géants est impressionnante. Photo @ Thierry Martinez/The Bridge

L’extraordinaire arrivée du Queen Mary 2 à New York, dans une lumière d’orage irréelle, est déjà dans le sillage. Ceux qui étaient à bord se souviendront longtemps avoir chanté en chœur Amazing Grace, la Marseillaise et l’hymne américain sous la direction enjouée de Jean-Christophe Spinosi et accompagnés des musiciens de son Ensemble Matheus. Depuis les ponts arrière du liner de la Cunard, ce chœur avait de la gueule en saluant la statue de la Liberté, face à la «skyline» de Manhattan tandis que les hélicoptères des télévisions américaines filmaient l’événement. Pour ne pas être en reste, les pompiers de New York faisaient donner tous les canons à eau de leur bateau-feu. Un grand show à l’américaine, deux jours avant Independance Day et qui coïncidait avec l’anniversaire de Damien Grimont, le créateur de The Bridge. Joli paquet cadeau…

François GabartFrançois Gabart pourrait bien s'offrir la nuit prochaine une deuxième victoire à New York après celle de la Transat anglaise voilà un an.Photo @ Yann Riou/Macif

En mer, ce n’était pas forcément autant la fête pour les équipages des quatre trimarans engagés dans l’aventure de la Transat du Centenaire. Du près, du près et encore du près… avec des fortunes et conditions différentes selon les longitudes. IDEC Sport et Macif ainsi furent encalminés de longues heures dans une bulle de vents faibles dans la journée de samedi. Une situation qui profitait évidemment au leader, lequel parvenait à conserver du vent, donc de la vitesse, et engrangeait des bénéfices substantiels : une avance doublée en moins d’une demi-journée ! IDEC était relégué à 80 milles au lieu de 40 milles vingt-quatre heures plus tôt et Sodebo n’était pas mieux loti. Pendant ce temps, du côté du moins puissant Actual encore au ras de la zone d’exclusion des glaces, on tentait surtout de faire marcher le bateau en essayant de ne rien toucher, tant les mammifères marins sont légion dans ces contrées.

Thierry Briend blessé

Sodebo l’a constaté à ses dépens. «Il y a eu un bruit métallique important et aussitôt après j’ai vu un gros thon sauter hors de l’eau, raconte Jean-Luc Nélias. Quand nous avons relevé le safran du flotteur, nous avons constaté qu’il en manquait un joli morceau. Une vingtaine de centimètres environ dans le bas de ce safran». Ennuyeux mais heureusement pas rédhibitoire. Ce premier ralentissement permettait à IDEC Sport de se démarquer et de reconstituer une bonne partie de son avance sur l’équipage de Thomas Coville.

a bord SodeboC'est à bord de Sodebo Ultim' que Thierry Briend s"est blessé, désarçonné par une grosse vague alors qu'il se trouvait à la barre.Photo @ Sodebo

Ce sera hélas le cas aussi lors d’une autre occasion : la blessure de Thierry Briend. Alors qu’il était à la barre de Sodebo Ultim’, vers 21 h 30 hier, et que le grand trimaran naviguait à 180 milles au sud d’Halifax, le marin a été désarçonné par une vague plus grosse que les autres (la mer était alors courte et hachée) et il est tombé violemment. Sous le choc, Thierry a perdu conscience quelques secondes avant de retrouver ses esprits et d’être mis au repos à l’intérieur du bateau. Le médecin de la course, Jean-Yves Chauve, a estimé que : «la chute a entraîné un traumatisme crânien qui justifie une surveillance médicale.» Mais pas d’évacuation envisagée pour le moment. Jean-Luc Nélias assure le relais du suivi et des informations à bord avec le Docteur Chauve, le Cross Gris-Nez et l’équipe du Centre de Consultation Médicale Maritime de Toulouse (CCMM). Sodebo Ultim’ devrait arriver à New York demain mardi 4 juillet, dans l’après-midi en heure française.


A bord MacifS'il gagne The Bridge, le trimaran Macif aura remporté toutes les transats dont il a pris le départ depuis son lancement.Photo @ Yann Riou/Macif

Pas d’erreur pour Macif

De son côté, 100 milles devant IDEC Sport, 186 milles devant Sodebo Ultim’ et 560 milles devant Actual au pointage de 5 heures française ce lundi matin, l’équipage de Macif peut vraiment commencer à se dire qu’il a course gagnée : les hommes de François Gabart ne sont plus qu’à 174 milles du but. La seule réelle incertitude, alors que Macif longe la dernière zone de protection des cétacés, est celle du timing de l’arrivée à New York (19 h 30 lundi en heure locale soit 3 h 30 mardi en France, est la dernière estimation en date) à laquelle il faut ajouter de possibles zones peu ventées à quelques milles de l’arrivée. Mais globalement, sauf énorme surprise, Macif s’apprête à triompher. Devra-t-il tirer de très courts bords sur la toute fin de régate ? Ce n’est pas impossible, comme il n’est pas impossible que le parcours soit réduit quelques milles devant le pont de Verrazano. La décision sera prise dans quelques heures. Cela éviterait aux Ultim de s’engager dans le chenal et donc de devoir manœuvrer à chaque minute.

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