Ils sont les plus grands, les plus fous, les rapides voiliers à arpenter la planète. Leurs bouées préférées sont à l'échelle des continents. En solitaire, en double ou en équipage, ils accélèrent le temps, rétrécissent le globe – et distillent l'adrénaline. Bienvenue dans le monde des maxi-multicoques.

Actualité à la Hune

The Bridge

Trop calme Atlantique Nord

Emmené par l’équipage de François Gabart, Macif, dernier-né des grands trimarans océaniques, mène toujours la danse sur un Atlantique Nord bien peu fidèle à sa réputation : brumeux, certes, mais calme. Trop calme. Il y a bien eu enfin un peu d’air cette nuit, mais pas assez pour dépasser les 25 nœuds. De son côté, IDEC Sport de Francis Joyon résiste au-delà de toute attente et stabilise son retard à une trentaine de milles. Sodebo de Thomas Coville est légèrement revenu (70 milles de retard au leader) et Actual d’Yves Le Blevec ferme la marche, à 270 milles.
  • Publié le : 30/06/2017 - 07:06

IDEC SportMalgré une conception et des options beaucoup plus anciennes sur IDEC Sport, le sympathique commando de Francis Joyon tient tête au dernier-né des Ultim.Photo @ Jean-Marie Liot / DPPI / IDEC
«Trois jours de pénalité pour le Queen Mary 2 !» Voilà la sanction que propose, pour rire, Jean-Luc Nélias, navigateur à bord de Sodebo et sur laquelle ne cracherait pas non plus François Gabart : «Ah oui, trois jours ça me parait très bien, je prends !» Voila la blague du jour à bord de l’imperturbable liner de la Cunard qui file ses 23 nœuds de moyenne tout droit vers New York, où il arrivera tôt samedi matin, soit dans le milieu de la nuit de vendredi à samedi en France. Le motif de cette revendication ? Le commandant Chris Wells n’a pas respecté la zone des glaces, interdites aux concurrents de The Bridge pour cause d’icebergs et de growlers très Sud au large des bancs de Terre-Neuve et de l’embouchure du Saint-Laurent. Il a même assez largement «mordu». Circonstance atténuante : l’acier de ses 151 400 tonnes est un chouia plus résistant que le carbone des voiliers de course. Tout près de la zone du naufrage du Titanic, le Queen Mary 2 ne craint pas les petits glaçons et Chris Wells a un horaire à tenir, un point c’est tout.

Dans la boucaille

Il n’y a pas photo : le liner de la Cunard  évolue à près de 700 milles devant les trimarans. On savait dès le départ qu’il n’y aurait pas match avec les Ultim et que ceux-ci régateraient entre eux et rien qu’entre eux. La météo n’était pas bonne fille pour espérer voir les trimarans rivaliser réellement avec le paquebot de 345 mètres. Ce qui n’est pas un problème d’ailleurs, puisqu’entre les quatre bateaux à voiles la course est aussi lente que belle. Depuis le départ de The Bridge dimanche soir à Saint-Nazaire, il n’y a eu que quelques heures où les voiliers ont marché plus vite que les 23 nœuds de moyenne du Queen Mary 2. La faute, entre autres, à l’énorme anticyclone centré sur l’Atlantique et dont la dorsale Nord a encore copieusement freiné les quatre Ultim hier jeudi. A bord du Queen Mary 2, on a passé la quasi-totalité de la journée dans la purée de pois : une brume à couper au couteau, sur un océan désespérément plat.

Sodebo UltimSodebo est bien revenu dans le match avec le duel des meneurs, mais pour le moment ça ne suffit pas pour recoller.Photo @ Jean-Marie Liot/DPPI/Sodebo
Pendant ce temps, les concurrents étaient au soleil, à batailler encore dans des vents très faibles avant de commencer à traverser enfin une énorme masse nuageuse et pouvoir alimenter leurs voiles avec plus qu’un souffle. Dans un premier temps – puisqu’ils butaient plus tard dans la zone de vents faibles –, Actual et Sodebo Ultim' en ont profité pour recoller légèrement… avant que l’élastique ne se tende à nouveau à leurs dépens, anéantissant une bonne partie de leurs efforts.

La belle résistance d’IDEC Sport

Pendant ce temps, le toujours leader Macif (François Gabart) ne parvenait pas à réellement décrocher IDEC Sport (Francis Joyon) qui réussissait à sauver les meubles bien mieux que prévu (stabilisation du retard à une trentaine de milles) en forçant l’admiration de tous. Y compris celle de l’architecte Vincent Lauriot-Prévost qui a dessiné tous les voiliers engagés sur The Bridge, à l’exception d’Actual : «c’est fou, IDEC n’a pas de mât basculant, des foils et un jeu de voiles ancien,  aucune des innovations de Macif… mais malgré tout cela, il parvient à ne pas se faire distancer. Francis a probablement trouvé un mode d’utilisation optimal du bateau pour résister comme ça.»

ActualMoins puissant que ses trois concurrents, Actual ferme la marche relativement loin des trois autres. Photo @ Stan Thuret/Actual
Une transat vent debout

Reste que le près dans le petit temps – au mieux du vent médium - n’est pas franchement la tasse de thé des navigateurs. Or ce sont les conditions majoritaires qu’ils ont eu à se mettre sous la dent pour l’instant. On n’a jamais vu plus de deux mètres de creux et la plupart du temps l’océan avait des allures lacustres.  La blague d’une pénalité de trois jours contre le Queen Mary 2 serait bien le seul moyen pour que les grands multicoques terminent devant à New York…  En outre, aujourd’hui vendredi ne sera pas franchement une journée agréable pour faire de la voile, puisque les Ultim vont entrer à leur tour dans la très large bande nuageuse qu’a traversée le Queen Mary toute la journée de jeudi. Brouillard épais au programme et «en un mot la brume c’est le pire, le plus stressant» assure Jean Le Cam, embarqué sur le paquebot dans des conditions de confort inédites pour lui. Les Ultim doivent en outre naviguer au plus serré de la zone d’exclusion des glaces, car le couloir est relativement étroit entre cette zone et pas ou peu de vent dans leur Sud. Mais au moins vont-ils accélérer de nouveau (25 nœuds de vitesse cette nuit, c’est bien mais ils sont capables d’être tellement plus véloces…).

MACIFMacif, dernier-né des Ultim, ne devra faire aucune erreur (à l'image de Guillaume Combescure à la barre du trimaran) jusqu'à New York car derrière, ça pousse. Photo @ Yann Riou/Macif
Surtout, combien de temps va durer ce nouveau flux de secteur Sud ? Pas facile à dire, tant le dernier millier de milles vers Big Apple s’annonce aléatoire. Dominic Vittet, qui n’est pas seulement chroniqueur à Voiles et Voiliers mais aussi météorologue embarqué de The Bridge, se garde bien de trop s’avancer sur la suite. Il explique que les prévisions et fichiers de vent sont très peu fiables sur zone et même que «Macif est loin d’avoir course gagnée». En effet, la trajectoire de l’anticyclone des Bermudes et le déplacement de la dépression dans son Ouest sont très peu fiables. Les différents modèles météo ne sont pas d’accord entre eux et une nouvelle dépression peut toujours se former sans prévenir ou presque dans les parages.

En clair : il peut y avoir encore un beau bazar météo et donc du jeu dans le dernier tiers de course. «On fait marcher le bateau en attendant de voir si l'on n’aurait pas un moment l’occasion de réaliser un hold-up» résume bien Jean-Luc Nélias, le navigateur de Sodebo. Macif tient la corde, certes, mais pas de beaucoup. Au classement de 3 heures (heure française) ce vendredi matin, à 1 400 milles de l’arrivée sous le point de Verazzano, le bateau de François Gabart était toujours en tête avec 32 milles d’avance sur IDEC Sport, 71 milles sur Sodebo Ultim' et 270 milles sur Actual.

VIDEO. Cinquième jour de course

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