Ils sont les plus grands, les plus fous, les rapides voiliers à arpenter la planète. Leurs bouées préférées sont à l'échelle des continents. En solitaire, en double ou en équipage, ils accélèrent le temps, rétrécissent le globe – et distillent l'adrénaline. Bienvenue dans le monde des maxi-multicoques.

Actualité à la Hune

Records océaniques - Maxi-trimaran Spindrift 2

Dona Bertarelli : «On s’habitue vite à la dimension du bateau»

  • Publié le : 27/07/2013 - 00:01

Spindrift2Même avec une douzaine de nœuds de vent réel seulement, Spindrift 2 atteint rapidement plus de 30 nœuds… (Cliquez sur les illustrations pour les agrandir)Photo @ Eloi Stichelbaut

A l’issue des premières sorties du maxi-trimaran Spindrift 2 au large de Lorient, Dona Bertarelli et Yann Guichard reviennent sur leur programme intensif entre D35, préparation aux records, MOD70… Le plus grand multicoque de course au monde pourrait ainsi évoluer dès la saison prochaine en vue de… la Route du Rhum !


voilesetvoiliers.com : Vous avez enchaîné quatre sorties en mer depuis la mise à l’eau de Spindrift 2, mi-juillet. Quelles sensations ?
Dona Bertarelli : Nous n’avons pas eu beaucoup de vent – 6 à 12 nœuds avec 14 nœuds maximum –, mais c’étaient des conditions idéales pour appréhender ce nouveau bateau. Nous avons ainsi pu essayer plusieurs configurations de voiles.
Yann Guichard : Oui, il y a encore beaucoup de travail à faire sur les voiles...

v&v.com : Vous n’aviez, ni l’un ni l’autre, navigué sur un tel multicoque…
Y.G. : Jamais ! Sur Orange 2 et Groupama 3 seulement.
D.B. : On s’habitue assez vite à la dimension du bateau ! C’est gros, mais on se sent vraiment protégé car on est rapidement très haut sur l’eau… La garde à la mer est imposante et la longueur de Spindrift 2 (40 mètres) offre une grande stabilité longitudinale.

Dona BertarelliAprès avoir fait ses armes en D35 sur le lac Léman, Dona Bertarelli franchit une grande marche à bord de Spindrift 2.Photo @ Eloi Stichelbaut

Y.G. : C’est un bateau qui n’est pas très large par rapport à sa taille. Mais on voit qu’il n’est pas démodé alors qu’il a déjà cinq ans d’âge !
D.B. : C’est cela qui est impressionnant – il y a tout des grands multicoques modernes. C’est un bateau très vif, qui accélère à la moindre risée. C’est beaucoup moins volage qu’un D35… On n’a pas l’impression d’être sur un 4x4 : il est très fin à la barre, très réactif aux réglages.

v&v.com : Et par rapport à Groupama 3 (devenu Banque Populaire VI) ?
Y.G. : Il est plus lourd de sept tonnes, mais dans les manœuvres (virements, empannages), il y a de l’inertie – Spindrift 2 ne s’arrête pas dans la vague.
D.B. : Nous allons monter crescendo avec plus de vent pour les prochaines sorties. Il faut aussi que l’équipage s’habitue à naviguer ensemble sur une telle machine car on est très rapidement à 30-35 nœuds…

v&v.com : Combien êtes-vous à bord ?
Y.G. : Ces jours derniers, nous naviguions à dix – avec Erwan Tabarly, Pascal Bidégorry, Sébastien Marsset, Christophe Espagnon, Xavier Revil, Jean-Baptiste Levaillant, Nicolas Texier, Thierry Douillard. Mais pour le Fastnet, nous serons entre douze et quatorze selon la météo.
D.B. : Il y aura au moins en sus Erwan Israël et Devan Le Bihan.

v&v.com : Avez-vous effectué des modifications sur le bateau ?
Yann GuichardS’il avait l’habitude de faire des «piges» à bord de nombreux bateaux (AC45, Extreme 40, D35, M2, records, ORMA…), Yann Guichard est à temps plein sur les trois projets Spindrift.Photo @ Eloi Stichelbaut
Y.G. : Non, c’est exactement le même qu’à l’issue du Trophée Jules Verne. Nous avons juste ajouté des toiles «aéro» derrière les bras de liaison avant.

v&v.com : Au programme cette fin de saison ?
D.B. : La prochaine étape, c’est le Fastnet, puis nous ferons des nuits en mer en août parce que les navigations à la journée avec un tel bateau, c’est compliqué pour les manœuvres de port : il faut compter une heure et demie pour sortir de Lorient et pareil pour rentrer ! En septembre, nous avons prévu des tentatives de record court, comme la traversée de la Manche (Cowes-Dinard : 5h 23’ 38'' par Maiden2 en 2002 à 25,6 nœuds de moyenne). Ensuite, dès le 15 octobre, nous serons en stand-by à Cadix pour la Route de la Découverte (7j 10h 58’ 53'' par Groupama 3 en 2007 à 21,7 nœuds de moyenne). Avec un retour en convoyage.

v&v.com : Yann a indiqué qu'il pourrait participer à la Route du Rhum – comment est-ce possible sur une telle machine ?
Y.G. : Nous allons tester des modifications pour savoir si Spindrift 2 est maniable en solitaire. Le problème de ce bateau, c’est son poids par rapport à Groupama 3 : tout est plus dur à bord. Mais il faut relativiser car, lors de la Route du Rhum 2010, les conditions météo étaient idéales pour un tel bateau. Or, le moindre problème technique prend des dimensions inhumaines…
D.B. : Nous allons étudier ce qu’on peut faire sur l’accastillage mais, surtout, sur le plan de voilure. Rouler des voiles d’avant de 250 mètres carrés, c’est compliqué en solitaire !

Spindrift2Pour la Route du Rhum, mais aussi pour les records courts, le gréement va être changé après une série de tests cet été.Photo @ Eloi Stichelbaut


v&v.com : Un changement de gréement est-il envisagé ?
Y.G. : Nous travaillons déjà sur un nouveau gréement pour le Trophée Jules Verne. Avec un mât plus petit mais, surtout, avec une configuration de voiles différente. Le mât actuel (raccourci par le haut) servira aux records courts et à la Route du Rhum puisque, sur 24 ou 48 heures, il n’y a pas besoin d’un profil aussi grand (47 mètres) puisqu’il y a du vent…

v&v.com : A quand une tentative sur le Trophée Jules Verne ?
Y.G. : Pas l’hiver prochain, ni le suivant. En 2015.

Spindrift2Nouvelle décoration pour l’ex-Banque Populaire, mais toujours une dimension imposante avec 40 mètres de longueur…Photo @ Eloi Stichelbaut


v&v.com : L’écurie Spindrift va s’installer à La Trinité dès le mois de septembre…
D.B. : Le port avait prévu un réaménagement, et notre venue ne change pas grand-chose. Il faut juste décaler une ligne de mouillage et installer un ponton en bout du môle Caradec. Il y aura aussi le nouveau Sodebo (ex-Geronimo) de Thomas Coville.

v&v.com : Revenons sur le chavirage de votre MOD70 à Dublin à Jacques Guichard. Comment va-t-il ?
Y.G. : Mon frère a eu le bassin cassé, et il est en cure de repos pour six mois. Il lui faut du temps, mais rien de vital n’a été touché – il n’y a plus d’inquiétude. Il était à côté de moi au vent et quand le bateau s’est levé, on s’est retrouvé pendus au chariot de grand-voile. Quand le mât a cassé ensuite, je suis tombé sous le petit filet mais Jacques a glissé entre le bras et la bôme…

v&v.com : Quelles ont été les circonstances de cet accident ?
Y.G. : Le vent était très instable, et les conditions étaient extrêmes pour lancer des régates inshore… Nous avons pris un départ déventé derrière nos trois concurrents. Et on a encaissé une très grosse rafale en même temps que nous bordions les voiles : on s’est fait couché en deux secondes. Le fait est que le vérin hydraulique pour l’écoute de grand-voile réagit trop lentement dans ce cas de figure.

Chavirage SpindriftSpectaculaire chavirage latéral pour Spindrift à Dublin…Photo @ D. Leroux (Route des Princes)


v&v.com : Que devient le MOD70 ?
Y.G. : Il est en chantier à La Trinité pour être expertisé. En dehors du mât, de la bôme et des voiles à changer, la structure n’a pas été touchée. L’accastillage a subi une électrolyse très rapide et les carénages avant sont endommagés.

v&v.com : Pas de Transat Jacques Vabre au programme, donc ?
Y.G. : En mettant les bouchées doubles, nous aurions pu être à l’eau en fin septembre-début octobre, soit un mois avant le départ… mais sans entraînement. Sur ce type d’épreuve, il faut partir serein et, sur ces MOD70 en double, cela demande de la préparation. On attend le calendrier 2014 pour s’organiser : il y aura de toute façon la Krys Ocean Race entre Brest et New York en mai.

v&v.com : En septembre, il y aura aussi la reprise du circuit D35 sur le Léman…
D.B. : Il y a encore trois rendez-vous. Nous sommes 6e au classement provisoire mais à quelques points seulement du troisième. Nous ne serons Yann et moi pas présent pour la première épreuve, mais Lady Cat naviguera avec Pascal Bidégorry.

v&v.com : Qui domine les D35 actuellement ?
D.B. : Alinghi. Et il devrait logiquement gagner cette saison. Mais on a vu des retournements incroyables lors de la dernière manche du dernier Grand Prix !

v&v.com : Une nouvelle saison chargée, donc !
D.B. : Oui, mais nous cherchons aussi des partenaires – le but de l’écurie Spindrift, c'est aussi de faire naviguer d’autres coureurs à bord des bateaux. Ce n’est pas obligatoirement Yann et moi-même qui serons à bord !

Ecurie SpindriftL’écurie Spindrift au complet : une vingtaine de navigants et de préparateurs se relayent sur les trois bateaux, le maxi Spindrift2, le MOD70 Spindrift et le D35 Lady Cat.Photo @ Chris Schmid