Ils sont les plus grands, les plus fous, les rapides voiliers à arpenter la planète. Leurs bouées préférées sont à l'échelle des continents. En solitaire, en double ou en équipage, ils accélèrent le temps, rétrécissent le globe – et distillent l'adrénaline. Bienvenue dans le monde des maxi-multicoques.

Actualité à la Hune

Ultime - Records en solitaire

Thomas, Lionel, Armel : trois hommes dans trois bateaux

  • Publié le : 18/01/2014 - 00:01

Sodebo-Départ de OuessantThomas Coville est parti vendredi 17 janvier à 7h42 pour sa quatrième tentative autour du monde afin d’accrocher enfin le record établi par Francis Joyon voici déjà six ans !Photo @ Yvan Zedda (Sodebo)

Une obsession : le tour du monde.Thomas Coville s'attaque à sa quatrième tentative de record autour du monde !Photo @ Thierry Martinez (Sea & Co) Thomas Coville autour du monde, Lionel Lemonchois autour de l’Afrique, Armel Le Cléac’h de Cadix à San Salvador : les trois hommes s'élancent à l’assaut de trois records, tous détenus par Francis Joyon ! Tous aussi préparent la Route du Rhum 2014 sur trois maxi-trimarans très différents…


Le premier à s’élancer vendredi à 7h42 au large de Brest a été Thomas Coville sur le parcours le plus exigeant et le plus long autour du monde, dans le sillage des 57 jours 13 heures établis par Francis Joyon en janvier 2008 à 15,84 nœuds de moyenne : un record sur 21 600 milles orthodromiques que le skipper de Sodebo tente pour la quatrième fois sans succès sur le même bateau dessiné par Nigel Irens et Benoît Cabaret, sister-ship (ou presque) d'Idec

Prince de BretagneLionel Lemonchois aborde le record le plus facile à battre en termes de temps de référence, mais l’intérêt est surtout dans le parcours très semblable à la première partie d’un tour du monde…Photo @ Marcel Mochet Lionel Lemonchois-Prince de BretagneLionel Lemonchois estime qu’il pourra atteindre l’équateur en moins de six jours !Photo @ Marcel Mochet Le deuxième à partir, Lionel Lemonchois, s'est élancé vendredi à 14h52 à bord de son Prince de Bretagne sur le trajet «inventé» par Joyon fin 2009 entre Lorient et l’île Maurice, de Port-Louis à Port-Louis, soit 8 000 milles en 26 jours 4 heures. La «Mauricienne» est en effet un «WSSR Performance Certificate» (45 parcours reconnus), c’est à dire un nouveau record sans antécédent historique ou maritime majeur…

Il n’en reste pas moins un tracé très technique qui représente un tiers de tour du monde avec un premier tronçon similaire au parcours de Thomas Coville : les deux marins pourront donc se confronter avec quelques heures de décalage. Lionel Lemonchois va ainsi tester sur trois semaines son trimaran de 80 pieds Prince de Bretagne en tentant de faire mieux que 13 nœuds de moyenne orthodromique…

Banque Populaire SoloArmel Le Cléac’h s’engage dans un challenge plus long avec la Route de la Découverte en moins de huit jours et demi, une bonne préparation sur un parcours très similaire à la Route du Rhum.Photo @ Yvan Zedda  (Sea & Co)Armel, heureux !A bord de Banque Populaire Solo (ex-Groupama 3), Armel le Cléac'h vise les records et la Route du Rhum 2014. Comme Thomas et Lionel !Photo @ Yvan Zedda (Sea & Co)Le troisième homme à s'attaquer à des records en solitaire sur une machine «Ultime» est le nouveau venu sur ce circuit particulier : Armel Le Cléac’h a déjà prouvé ses capacités d’adaptation en explosant le record de la Méditerranée l’automne dernier en moins de 19 heures (23,98 nœuds), mais cette fois, c’est sur la Route de la Découverte que le trimaran Banque Populaire va devoir s’imposer en moins de 8 jours 16 heures, établis encore par Francis Joyon en février 2013, sur les 3 884 milles entre Cadix et les Bahamas via l’île de Grande Canaria.

A bord de l’ex-Groupama 3 avec lequel Franck Cammas avait remporté la Route du Rhum 2010, le solitaire va devoir tenir une moyenne de 18,66 nœuds pendant plus d’une semaine, ce qui correspond quasiment au parcours entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre !

Voici l'nterview de Lionel Lemonchois, réalisée la veille de son départ…
 

Lionel Lemonchois : «La plus grosse difficulté reste le fameux cap des Aiguilles»

v&v.com : Lionel, après un mois de stand-by, ça y est, tu pars ce vendredi midi devant la citadelle de Port-Louis…
Lionel Lemonchois : La ligne de départ est en fait au Sud du chenal, entre Gâvres et l’île de Groix. Il y a ensuite 8 200 milles sur le chemin le plus logique et le plus court jusqu’à l’île Maurice… En passant par l’équateur et les 40e Rugissants ! C’est donc comme un départ pour un tour du monde sur les 6 000 premiers milles.

v&v.com : Comment se présente justement ce premier tronçon jusqu’à l’équateur ?
L.L. : Je pars (comme Thomas Coville depuis Brest) dans un flux de Sud-Ouest – il va donc falloir effectuer un petit bord de près tribord amures pendant quelques heures, puis virer pour aller chercher la bascule à l’Ouest au large. Vendredi soir, je devrais traverser le front et après une petite molle et derrière cette rotation rapide, la brise va adonner progressivement pour se caler au Nord Ouest pour 25 à 35 nœuds. Cela devrait ensuite rester vent de travers à 90-110° du vent réel jusqu’à Madère… C’est donc quasiment tout droit !

v&v.com : Pourquoi c’est une bonne configuration météo ?
L.L. :
Il y a un gros anticyclone sur l’Atlantique Nord avec un bon flux de Nord-Ouest sur sa face européenne. Il y a aussi un front qui passe vendredi en renforçant un peu le vent jusqu’à 30-35 nœuds et il faut que je sois devant pour que je n’ai pas trop de mer. Mais j’ai de la marge si c’était le cas puisque je serais assez au large pour abattre un peu si nécessaire. Après Madère, je pourrais envoyer le gennaker : les vacances ! Je devrais mettre moins de quatre jours pour atteindre l’archipel du Cap-Vert…

Carte météo du 17.01.14La carte météo du vendredi 17 janvier à 9h00 confirme les bonnes conditions de départ pour Thomas Coville et Lionel Lemonchois : l’anticyclone des Açores est puissant et bien développé sur l’Atlantique Nord, tandis qu’une mini dépression très rapide glisse de l’Irlande vers le Maroc en générant un flux puissant jusqu’à Madère…Photo @ GribView
v&v.com : Cela donne un temps de passage à l’équateur en moins de six jours !
L.L. : Oui, je devrais être proche du temps de référence du Trophée Jules Verne de Banque Populaire… Les 24 premières heures vont être un peu costaudes, puisqu’il faudra que je me mette dedans, que je prenne mon rythme avec une veille constante à cause du trafic des cargos au moins jusqu’au Portugal…

v&v.com : Et de l’autre côté de l’équateur ?
L.L. : J’avoue que je ne sais pas encore trop comment ça va se passer. Vu d'ici, ce n’est pas terrible parce que l’anticyclone de Sainte-Hélène est très bas en latitude, ce qui implique de faire du Sud très longtemps, presque jusqu’aux 40es rugissants. Mais, d’ici une semaine, ça a le temps de changer. Et puis, il faut profiter de cette opportunité rapide jusqu’à l’équateur !

v&v.com : Le record détenu par Francis Joyon est de 26 jours – faisable ?
L.L. : Oui, ça fait une moyenne raisonnable, autour de 12,7 nœuds sur l’orthodromie. En fait, c’est au fameux cap des Aiguilles que se situe une grosse difficulté, puisqu’il faudra aborder ce passage plus ou moins au large. Il est probable que je reste longtemps en bordure des 40e après être rentré dans l’océan Indien. Pour piquer sur l’île Maurice le plus tard possible…

v&v.com : Un peu comme la route de Franck Cammas lors de la Volvo Ocean Race entre Capetown et les Maldives ?
L.L. :
Oui, pour aller chercher l’anticyclone avec des brises établies de secteur Est à Nord-Est jusqu’à l’arrivée à Port-Louis. Si ça pouvait être le scénario, ça me plairait assez. Car s’approcher de Madagascar et du canal du Mozambique, ce n’est pas très bon : il y a souvent des conditions de vent piégeuses près de cette immense île et une mer très chaotique…

Parcours MauricienneLa Mauricienne est un nouveau parcours établi par Francis Joyon en 26 jours 4 heures, soit une moyenne abordable pour un trimaran de 80 pieds avec 13 nœuds de moyenne sur 8 200 milles.Document @ Rivacom

v&v.com : Et c’est encore la saison des cyclones !
L.L. : Il y a 2 000 milles entre le cap des Aiguilles et l’arrivée ! Et les dépressions tropicales peuvent encore balayer les îles de la Réunion et Maurice comme c'est arrivé voici quelques semaines… L’avantage de ce type de bateau, c’est qu’on peut s’écarter rapidement de la trajectoire d’un cyclone, au cas où ! Mais cela pourrait me rallonger la route et me retarder sur la fin du parcours… Et puis, l’état de la mer risque de ne pas être terrible.

v&v.com : Pendant ce temps, Armel Le Cléac’h devrait s'élancer sur la Route de la Découverte et Thomas Coville est parti à l'assaut de son tour du monde – deux futurs concurrents de la Route du Rhum !
L.L. : Oui, c'est amusant, j’avais le choix de «jouer» avec Armel entre Cadix et San Salvador ou avec Thomas jusqu’à l’Afrique du Sud… La fenêtre météo qui s’est ouverte ce vendredi est favorable à la deuxième solution, un peu comme une dernière opportunité. Et puis, je suis content d’accompagner Thomas (avec qui Lionel a effectué le Trophée Jules Verne sur Groupama 3, ndlr) jusqu’aux 40e ! Nous allons pouvoir comparer nos routes et c’est une motivation supplémentaire, même si ce ne sera pas son bateau pour la Route du Rhum.