Ils sont les plus grands, les plus fous, les rapides voiliers à arpenter la planète. Leurs bouées préférées sont à l'échelle des continents. En solitaire, en double ou en équipage, ils accélèrent le temps, rétrécissent le globe – et distillent l'adrénaline. Bienvenue dans le monde des maxi-multicoques.

Actualité à la Hune

Route du Rhum 2014 - Classe Ultime

Lionel Lemonchois : «Ce 80 pieds est un projet que j’avais à cœur»

Pour participer à la prochaine Route du Rhum en catégorie Ultime, Lionel Lemonchois, 51 ans, a racheté le trimaran ORMA 60 pieds Sodebo pour le rallonger à 80 pieds avec deux nouveaux flotteurs et une nouvelle coque centrale. Bref, un bateau moitié neuf, moitié récup’, qui verra le jour dans moins d’un an. Interview.
  • Publié le : 31/10/2011 - 00:02

Lionel Lemonchois rachète le "petit" SodeboA 51 ans, Lionel Lemonchois va retrouver la barre d"un Maxi multicoque.Photo @ Marcel Mochet Prince de BretagneLionel Lemonchois doit bientôt s'élancer du Havre pour la Transat Jacques Vabre (le départ, initialement prévu hier, a été reporté en raison des mauvaises conditions météo à venir)...

Vainqueur de l’édition 2005 avec Pascal Bidégorry en 60 pieds ORMA, le skipper du Multi 50 Prince de Bretagne pourrait réaliser, en compagnie de Mathieu Souben, un second doublé 60 pieds Orma / Multi 50 après son double succès sur la Route du Rhum en 2006 et 2010. La Route du Rhum, c’est justement en vue de la 10e édition en 2014 qu’il a racheté le “petit“ Sodebo… Explications.

voilesetvoiliers.com : Lionel, tu viens d’annoncer le rachat du trimaran Orma Sodebo pour le rallonger de 60 à 80 pieds en vue de la Route du Rhum 2014. Peux-tu nous expliquer ton projet ?
Lionel Lemonchois : C’est un projet que j’avais à cœur et que j’aurais bien aimé faire pour la précédente Route du Rhum. Mais cela n’a pas été possible. Là, on rachète le bateau, on le démonte, on désassemble, c’est-à-dire qu’on enlève les flotteurs et la coque centrale. On récupère les bras, le mât, la bôme, l’accastillage et les appendices. Puis on refait deux flotteurs et une coque centrale et on réassemble un nouveau bateau.

vetv.com : A la différence de Gitana 11, tu refais entièrement la coque centrale ?
L.M. : Oui, parce que depuis le début je pense que rallonger un bateau comme cela a été fait sur Gitana 11, ce n’est pas l’idéal pour l’équilibre. L’intérêt de refaire toute la coque centrale, c’est qu’on va pouvoir repositionner sur la coque centrale les bras, les dérives, et retrouver l’équilibre naturel d’un bateau comme ça. Ça permet aussi d’augmenter la garde au sol qui passe de 1 mètres à 1,20 mètres, ce qui est énorme. C’est ce que j’avais proposé à l’époque où j’étais chez Gitana, mais je n’avais pas le droit à la parole puisque ce projet n’était pas pour moi. Ils ont donc fait comme ils ont voulu.

vetv.com : Sur la dernière Route du Rhum, Gitana 11 ne pouvait rivaliser avec les maxi-trimarans Sodebo ou Idec lorsque la mer était trop formée. Tu penses qu’avec 80 pieds et une nouvelle coque centrale, ça suffira pour rester compétitif ?
L.M. : Peut-être pas dans toutes les conditions, mais dans 70 à 80% des conditions, oui, je pense qu’on pourra rivaliser avec les autres. Sans problème. On aura un bateau de 80 pieds et 7,4 tonnes alors que le maxi Sodebo pèse 12,5 tonnes. Je pense donc qu’on pourra jouer. Mais c’est sûr qu’il y aura des conditions où certains bateaux seront plus avantagés que d’autres. Comme toujours. Notre idée, c’est de garder à peu près le même déplacement que ce qu’était le 60 pieds Sodebo, qui était un bateau large et lourd. C’est pour ça qu’il était intéressant de récupérer celui-là. C’était le plus large des 60 pieds. L’idée est de ne pas faire beaucoup plus lourd, peut-être 200 kg de plus, mais de faire beaucoup plus long.

Prince de Bretagne, version maxi trimaranVoici un photomontage du futur maxi-trimaran de 80 pieds Prince de Bretagne. Les nouveaux flotteurs et coque centrale seront dessinés par le cabinet VPLP, architecte d"origine du 60 pieds Sodebo.Photo @ Benoît Stichelbaut Design Nicolas Gilles / Prince de Bretagnevetv.com : As-tu envisagé le circuit des MOD 70 ?
L.M. : Oui, bien sûr, cela m’aurait bien plu aussi de faire du MOD. Mais des deux projets que j’ai présentés à Prince de Bretagne, à savoir rallonger un trimaran Orma ou acheter un MOD, ils ont choisi la première solution.

vetv.com : Il y a une grosse différence de budget entre les deux projets ?
L.M. : Oui, quand même pas mal. Surtout en fonctionnement. Le MOD 70, en fonctionnement, cela va coûter cher. Déjà, une fois que t’as acheté le bateau, il faut rajouter près de 900 000 euros pour la licence des moules et pour un package avec l’assurance annuelle, la vidéo, toute une partie média et je ne sais plus quoi d’autre. Ensuite, il y a le budget salaire, avec une course autour du monde en équipage avec escale, ça va coûter cher. D’autant que les salaires des équipiers vont forcément monter puisque c’est quasiment le seul point où tu peux faire la différence. Pour moi, le MOD 70 à moins de 3 millions d’euros par an, je ne vois pas comment on peut faire…

vetv.com : Et là, c’est quoi ton budget de rallongement du 60 pieds Sodebo ?
L.M. : Il coûtera moins cher qu’un Groupama 2 il y a cinq ans.

vetv.com : C’est-à-dire ?
L.M. : Il avait coûté 3,5 millions d’euros. Nous, on pense que le bateau va coûter moins de 3 millions.

vetv.com : Ce qui revient au prix d’un MOD 70. La différence, comme tu l’expliquais plus haut, c’est le budget de fonctionnement derrière.
L.M. : Non, le MOD 70, c’est 3 millions à l’achat, plus 400 000 euros de licence, plus encore 470 000 euros par an d’assurance/vidéo/média et ensuite tu commences à mettre ton budget de fonctionnement. Ça fait une grosse différence.

vetv.com : Ton chantier a déjà débuté. Quand comptes-tu le remettre à l’eau ?
L.M. : A la fin de l’été prochain. Là, le bateau est à poil chez Multiplast. Les gars attaquent la scie sauteuse cette semaine. Dans quinze jours, il n’y a plus de flotteur et dans un mois, plus de coque centrale.

Prince de Bretagne, version Multi 50Sur son Multi 50, Lionel Lemonchois vient de s"élancer du Havre pour la Transat Jacques Vabre. Cap sur le Costa Rica...Photo @ Marcel Mochet vetv.com : Quel sera ton programme avec ce “nouveau“ bateau ?
L.M. : Pour l’instant, il n’y a rien d’officiel, mais il y a des projets de recréer des courses pour ces bateaux-là. On va mettre à l’eau à la fin de l’été 2012. L’hiver va vite arriver. Une année de mise au point en 2013 avec quelques courses, les classiques de la région, SNSM, Fastnet et tout ce qui permet de naviguer, et puis une course qui est en projet avant la Route du Rhum en 2014.

vetv.com : As-tu l’assurance de Pen Duick, l’organisateur de la Route du Rhum, qu’il y aura encore une classe Ultime ?
L.M. : Oui (Rires). On a commencé par là. C’était la condition sine qua none pour faire ce bateau.*

vetv.com : Et racheter des maxi-trimarans, ce n’était pas possible ?
L.M. : Sodebo et Idec ne sont pas à vendre. Quant à Groupama 3, c’est beaucoup trop cher pour Prince de Bretagne. Ils n’ont ni les moyens d’acheter, ni de faire fonctionner un bateau comme ça. (D’un ton amusé) Là, on fait un projet pas cher sur de la récup’. C’est un projet écologique. On fait du recyclage. C’est très à la mode maintenant…

vetv.com : Quand s’arrête ton programme en Multi 50 ?
L.M. : Pour l’instant, il est décidé qu’on fasse la saison 2012. Je ne sais pas pour la suite. En 2012, il y a la Québec/Saint-Malo, et puis toutes les courses habituelles. Cette année, on a presque disputé une course tous les quinze jours. Record SNSM, Tour des îles Britanniques, Cowes-Dinard, Armen Race, Tour de Belle-Ile, Fastnet, Grand Prix de 50 pieds. On n’a pas arrêté… Ce sont des courses qui ne coûtent pas très cher et qui engendrent quand même quelques petites retombées.

 

...........
*
Contacté suite à cette interview, Pen Duick affirme ne pas avoir pris de décision définitive sur la présence ou non d'une classe Ultime sur la prochaine Route du Rhum.