Ils sont les plus grands, les plus fous, les rapides voiliers à arpenter la planète. Leurs bouées préférées sont à l'échelle des continents. En solitaire, en double ou en équipage, ils accélèrent le temps, rétrécissent le globe – et distillent l'adrénaline. Bienvenue dans le monde des maxi-multicoques.

Actualité à la Hune

Route du Rhum 2014

Lionel Lemonchois explique son nouveau gréement

  • Publié le : 15/08/2013 - 00:01

Prince de BretagneHuit tonnes de traction sur les haubans quand le trimaran lève la coque centrale : avec son palan en cascade, Lionel Lemonchois n’a plus que 1,3 tonne à mouliner sur son winch.Photo @ Marcel Mochet

 

Si le principe n’est pas nouveau, le système de bascule du mât sur palan adopté par Lionel Lemonchois doit très sensiblement améliorer les performances de Prince de Bretagne au vent de travers. Explications techniques du skipper et compléments après l’avarie lors de la Fastnet Race…

 

A noter : Lionel Lemonchois et son équipage ont dû abandonner la Rolex Fastnet, lundi matin, alors qu'une pièce intervenant dans ce système de bascule de mât avait cassé. Commentaires du skipper : «On regrette de devoir abandonner ce Fastnet, qui avait vraiment bien débuté pour nous, puisque nous étions à la bagarre avec Omansail à seulement une petite dizaine de milles de Spindrift 2 (qui a remporté l’épreuve quelques heures plus tard, ndr) au large de Weymouth. Mais après avoir cassé le système de bascule de mât hier, on se retrouve désormais la dérive coincée en position basse. C'est la mauvaise nouvelle de ce lundi matin. On ne peut pas continuer comme ça, même si tout va bien à bord.»

 

v&v.com : Prince de Bretagne est sorti de chantier après la Route des Princes pour modifier son gréement. Pourquoi ?
Lionel Lemonchois : Pour aller plus vite ! C’est dans notre programme d’évolution par touches homéopathiques, pour connaître exactement le bonus apporté par telle ou telle modification. On reste sur le même objectif d’être parfaitement au point pour la Route du Rhum 2014 : il nous reste un an…

 

v&v.com : Mais cette bascule du mât n’est pas hydraulique comme sur les autres trimarans (MOD-70, Banque Populaire VII, Spindrift 2…) !
L.L. : Nous avons voulu conserver la philosophie de Prince de Bretagne : un multicoque léger. On avait supprimé l’hydraulique pour le réglage de l’écoute de grand-voile de l’ex-Sodébo afin de gagner en longueur de coque et de flotteurs tout en maintenant le même poids qu’un trimaran Orma. Et en conservant les mêmes efforts sur la structure. Un système hydraulique, c’est 200 kg… Alors qu’avec notre système de palan, on a augmenté le poids d’une dizaine de kilogrammes.

 

Palan de mât de Prince de BretagnePrince de Bretagne continue d’évoluer au fil des mois : dernière modification, le mât bascule grâce à un palan sur les haubans.Photo @ Dominic Bourgeois v&v.com : Le principe du palan avait été déjà adopté par le trimaran Orma Bayer : quelles différences ?
L.L. : Fred Le Peutrec avait un palan trois brins en bout de haubans. Cette fois, nous avons deux brins, un retour le long du bras de liaison arrière et un palan trois brins en cascade avant d’arriver sur un winch 990 : on divise donc par six les efforts des haubans.

 

v&v.com : En tension, il y a combien d’efforts sur le hauban ?
L.L. : Huit tonnes environ en charge quand le bateau lève. Il n’y a donc plus que 1,3 tonne en bout de palan. A comparer avec la tension d’une écoute de génois sur le même type de winch : 3,5 tonnes. Le palan peut donc tenir sur un bloqueur.

 

v&v.cm : Et côté manipulation ?
L.L. : Au port, pas de problème et en mer, il faudra bien se coordonner : nous avons déjà navigué dans 20 nœuds de vent et nous avons basculé le mât dans tous les sens. Tout a l'air de fonctionner impeccable ! Le bateau est plus léger à la barre, il lofe plus facilement. De toute façon, on essaye toujours de basculer le mât avant le virement de bord et pour les empannages aussi, même si la bascule est nettement moins importante au portant. Remonter le mât sous le vent, évidemment, c’est plus dur et fastidieux, comme avec l’hydraulique… Ce ne sera pas aussi facile que l’hydraulique, en particulier au louvoyage pour de petits bords : on restera le mât droit. Mais sur une Route du Rhum, cela ne pose pas de problème.

 

v&v.com : Et le mât bascule de combien de degrés ?
L.L. : 8°. La seule difficulté concerne le choqué sous tension lors d’un virement de bord : il faudra le faire en douceur pour ne pas donner un à-coup violent au gréement.

 

Lionel Lemonchois et Vincent Lauriot-PrévostEn collaboration avec l’architecte Vincent Lauriot-Prévost, Lionel Lemonchois a encore une bonne année devant lui pour améliorer les performances de son trimaran de 80 pieds.Photo @ Dominic Bourgeois v&v.com : Quel gain attendu ?
L.L. : Deux nœuds, du moins aux allures de débridé et travers. Mais surtout cela soulage la barre et les flotteurs : les foils seront donc plus efficaces.

v&v.com : Prince de Bretagne a dû abandonner la Rolex Fastnet Race à cause de ce système : que s'est-il passé ?
L.L. : C'est l'accroche de la poulie du palan en cascade sur le bras qui s'est rompue : la stratification était donc trop faible par rapport aux efforts encaissés. On a entendu un grand "BING" mais en fait le mât a basculé de seulement la longueur du palan (deux mètres)...

 

Palan de mât de Prince de BretagneC'est l'accroche de la poulie (au premier plan) fixée sur le bras de liaison arrière qui s'est arrachée lors de la Rolex Fastnet Race...Photo @ Team Prince de Bretagnev&v.com : Mais cela ne remet pas en cause le système ?
L.L. : Cela fonctionne parfaitement : il faut juste renforcer ce point d'attache au niveau du cockpit. Même le choqué ne pose finalement pas de problème.

 

v&v.com : Il y a eu aussi un souci sur la dérive...
L.L. : On a cassé la chèvre de remontée et les cales du haut sont parties. Rien de grave, mais cela nous incite à moins tirer dessus... Nous allons continuer à naviguer jusqu'à la fin août avec le mât dans l'axe et nous referons un petit chantier en septembre, ce qui nous permettra aussi d'installer le nouveau safran de coque centrale.

 

v&v.com : Lors de la Route des Princes, les performances du bateau ne semblaient pas à la hauteur des espérances…
L.L. : Il faut relativiser : d’abord parce que nous n’avions plus de grand gennaker sur les deux étapes médianes et on ne finit pas très loin. Lors de l’ultime manche, on gagne dix milles sur les cent milles du parcours au portant… Et Jean-Baptiste Levaillant nous a bien fait progresser au niveau des réglages
.

 

v&v.com : Et il y aura une deuxième édition de la Route des Princes ?
L.L. : Il en est fortement question ! Je crois que tous les participants étaient contents de ce tour de l’Europe. Le refaire en 2015, après la Route du Rhum, ce serait pas mal…

 

v&v.com : Et après cette Route du Rhum 2014, une autre participation en 2018 ?
L.L. : Certainement pas ! Pas sur un engin comme ça… Place aux jeunes. Déjà bien terminer cette prochaine édition, c’est l’objectif premier.

Prince de BretagneSeul représentant dans la catégorie des Ultime, Prince de Bretagne a pu prendre la mesure de son potentiel au mois de juin lors du tour de l’Europe.Photo @ Marcel Mochet