Ils sont les plus grands, les plus fous, les rapides voiliers à arpenter la planète. Leurs bouées préférées sont à l'échelle des continents. En solitaire, en double ou en équipage, ils accélèrent le temps, rétrécissent le globe – et distillent l'adrénaline. Bienvenue dans le monde des maxi-multicoques.

Actualité à la Hune

Trophée Jules Verne

Dans les temps…

Les deux prétendants au Trophée Jules Verne ont débordé le cap Horn avec près d’une journée d’intervalle : Spindrift 2 a été plus rapide que Banque Populaire V depuis son départ de Ouessant, tandis que IDEC Sport concèdait quelques heures. Ainsi Yann Guichard et son équipage cumulent 18h 11’ d’avance quand Francis Joyon et ses hommes n'avaient qu'un léger retard. La remontée de l’Atlantique Sud s’annonce en revanche assez délicate à appréhender avec de petits airs à traverser au large des Malouines, puis avec une dépression argentine à négocier avant d’engager le louvoyage en bordure de l’anticyclone de Sainte-Hélène.
  • Publié le : 22/12/2015 - 21:52

Dans les temps…Tout l’équipage de Spindrift a posé devant le caillou de la Terre de Feu : après près de trois semaines dans les mers du Sud, Yann Guichard, Dona Bertarelli et leurs douze équipiers vont pouvoir retrouver des conditions moins rudes au fur et à mesure qu’il gagneront vers le Nord.Photo @ Spindrift Racing

Quel yo-yo ! Lorsqu’on regarde les variations d’écart en milles par rapport au détenteur du Trophée Jules Verne, on se dit qu’il faut non seulement une bonne condition physique pour affronter les mers du Sud, mais aussi un moral à toute épreuve… En trois jours passer d’un retard de près de 500 milles à une avance de plus de 500 milles a quelque chose d’irréel. En réalité, l’explication vient non seulement des journées Pacifique très diverses rencontrées par les trois trimarans, mais aussi du fait que, au moment où l’un était à 90° de la route avec une progression vers le but quasiment nulle, l’autre allongeait la foulée à plus de 33 nœuds de moyenne. Pour autant, les deux prétendants ont aligné de belles journées une fois la dorsale traversée au milieu du plus grand océan de la planète !

Coup de frein dans le Grand Sud

Or après la surprise de se retrouver à naviguer à vue au large de la Nouvelle-Zélande, Spindrift 2 et IDEC Sport ont bénéficié de conditions météorologiques strictement similaires. Sur la face septentrionale d’une dépression en voie de comblement, les deux équipages ont fait route plein Est en enchaînant trois empannages jusqu’au premier tiers de l’océan Pacifique. Et s’ils sont retrouvés légèrement en retard par rapport au détenteur du Trophée Jules Verne, c’est que virtuellement Banque Populaire V était 400 milles plus Sud parce que les trois trimarans étaient alors sur la même longitude !

Dans les temps…Il y a huit jours, IDEC était au contact avec Spindrift mais la zone de petit temps qu’il a fallu traverser au milieu du Pacifique l’a suffisamment décroché pour qu’il ne profite plus des mêmes conditions météorologiques…Photo @ IDEC Sport

Mais il a fallu alors décrocher et piquer vers le Sud-Est dans une grosse molle qui barrait la route vers une belle dépression australe : les vitesses chutaient à moins de dix nœuds, voir même glissaient en dessous de cinq nœuds… En deux jours, Yann Guichard et son équipage ont perdu plus de 470 milles quand Francis Joyon et ses hommes cumulaient plus de 560 milles de retard ! Et par effet de balancier, Banque Populaire V qui butait en 2011 sur une dorsale deux jours plus tard, perdait tout son avantage pour se faire déborder de plus de 300 milles par IDEC et de plus de 530 milles par Spindrift

C’est la spécificité aussi de cette double tentative : pour la première fois depuis que le Trophée Jules Verne existe avec les 79 jours de Commodore Explorer en 1993, un prétendant alterne autant retards et avances ! Cela confirme que le record établi par Loïck Peyron et ses hommes est très proche de l’optimum possible sur un tour du monde qui ne peut être qu’exceptionnellement favorable de bout en bout.

Ecart à Banque Populaire-HornÉcart par rapport au détenteur du Trophée Jules Verne : Banque Populaire V (2012) avait cumulé plus de 2 000 milles d’avance sur le temps de Groupama 3 (2010), mais en avait perdu les trois quarts au passage du cap Horn ! Or Spindrift et IDEC étaient quasiment à égalité à l’entrée du Pacifique et n’ont fait que jouer au yo-yo jusqu’en approche du détroit de Drake… Mais leur delta positif devrait fondre lors de la remontée vers l’équateur car la Terre de Feu était englobée par les calmes mardi soir.Photo @

Et il faut donc s’attendre encore à de nouveaux retournements jusqu’à Ouessant : le récapitulatif des meilleurs temps intermédiaires montre ainsi que Spindrift s’octroie la tranche Ouessant-équateur (4j 21h 29’), Banque Populaire celle de l’équateur au cap des Aiguilles (6j 08h 55’), IDEC la traversée de l’océan Indien (6j 23h 04’) et Orange II en 2005 celle du Pacifique (8j 18h 08’)… En additionnant tous ces meilleurs temps, le cap Horn aurait été franchi au bout de 26j 22h 36’, soit trois jours et demi de moins ! Mission impossible à ce jour.

Dans les temps…Nouveau temps de référence pour Spindrift au passage du cap Horn après 30j 04h 07’ de mer depuis Ouessant.Photo @ Spindrift Racing

Sainte-Hélène, prier pour eux !

Désormais, c’est tout l’Atlantique qu’il faut remonter et la partie Sud n’apparaît pas super favorable pour améliorer le temps de référence établi par Banque Populaire V (7j 04h 27’). D’abord parce que la Terre de Feu est paradoxalement plutôt calme depuis mardi et ce, pour une bonne journée avant qu’une dépression argentine ne vienne faire le ménage. Ce qui ne suffira pas à contenir l’hémorragie de milles puisqu’il faudra ensuite accrocher les alizés de l’anticyclone de Sainte-Hélène. Or celui-ci a tendance à se dégonfler en glissant vers l’Afrique du Sud, laissant derrière lui, côté Amérique du Sud, de belles cellules sans beaucoup de vent…

Le week-end post-Noël s’annonce donc laborieux pour les deux équipages, mais surtout pour celui de Francis Joyon parce qu’il n’y a pour l’instant pas de flux annoncé qui viendrait par derrière, comme ce fut le cas pour l’océan Indien. En fait, Spindrift a décroché IDEC dans le Pacifique parce ce dernier était légèrement plus lent dans les petits airs : avec son gréement raccourci version Route du Rhum, l’ex-Groupama 3 est indiscutablement plus handicapé que l’ex-Banque Populaire V qui possède aussi un léger plus dans la mer formée (cf. deux jours avant le cap Horn).

Dans les temps…Le Pacifique a été nettement moins favorable à Francis Joyon et ses hommes avec le petit temps qui a duré deux jours au milieu de l’océan, puis une nouvelle journée à l’approche du cap Horn.Photo @ IDEC Sport

C’est réellement au niveau du cap Frio (celui qui a posé autant de problèmes aux concurrents de la dernière Transat Jacques Vabre), soit dans 2 000 milles, que la situation se sera décantée : il sera alors possible de dire si le Trophée Jules Verne est encore améliorable car l’Atlantique Nord semble plutôt favorable à un temps record avec toutes ces dépressions qui l’agitent en compressant l’anticyclone des Açores !

Courbe PacifiqueDistances parcourues en 24h dans l’océan Pacifique : Les trois trimarans ont connu des hauts et des bas lors de la traversée du Pacifique ! Mais si Spindrift et IDEC ont eu bien du mal à traverser une dorsale après la Nouvelle-Zélande, ils ont été poussés par une belle dépression pendant les trois derniers jours avant le cap Horn.Photo @