Ils sont les plus grands, les plus fous, les rapides voiliers à arpenter la planète. Leurs bouées préférées sont à l'échelle des continents. En solitaire, en double ou en équipage, ils accélèrent le temps, rétrécissent le globe – et distillent l'adrénaline. Bienvenue dans le monde des maxi-multicoques.

Actualité à la Hune

TROPHÉE JULES VERNE

Phrases de marins...

Cornes de brume, applaudissements nourris, sourires chaleureux et embrassades ont accueillis les quatorze marins du maxi-trimaran Spindrift 2 de retour à quai après 47 jours de mer. Il était 23 h 47 vendredi dernier : Antoine Carraz posait en premier le pied à terre. Suivront les treize autres marins et autant de récits de voyage. Morceaux choisis…
  • Publié le : 12/01/2016 - 07:08

Phrases de marins... Photo @ Yann Riou / Spindrift RacingSébastien Audigane, chef de quart, barreur-régleur 

« On a vécu de supers moments tous ensemble, la cohésion d’équipe était très bonne. C’est difficile de ne retenir qu’une image de ce tour, je dirais que c’est une vraie chance et un plaisir de pouvoir naviguer sur ces bateaux de course au large. Au début, je trouvais sympa de naviguer contre un autre bateau (IDEC Sport ; ndlr) et en fait c’est un peu chiant ; les systèmes météo sont très différents et c’est très difficile à gérer. Merci à tous ceux qui nous ont suivis. Il va falloir y retourner ! »

Phrases de marins... Photo @ Yann Riou / Spindrift RacingFrançois Morvan, barreur-régleur 

« Le mieux dans ce trophée Jules Verne ? Ce sont les huîtres à l'arrivée à La Trinité-sur-Mer (rires). Non, le cap Horn reste mon image forte si je devais en choisir une mais on aurait aimé le passer plus rapidement avec plus de vent. Les moments les plus pénibles ont été ceux passés à réparer le foil en plusieurs fois avec Antoine (Carraz). Être à l'intérieur de la coque à se faire remuer dans tous les sens n'a pas été l'extase (rires). Mais avec Antoine c’était fabuleux, magique, on a toujours pris soin l’un de l’autre, il a été incroyable dans tout ce qui a été réparation. C’est vraiment l’homme-clé du record pour moi, c’était un super moment passé avec lui, toujours en forme, souriant, bon esprit… » 

Phrases de marins... Photo @ Spindrift RacingYann Riou, mediaman

« La ligne de départ entre Ouessant et le cap Lizard a été mon moment préféré car je partais pour ma part vers le quasi inconnu. C'était très excitant, j'avais une sensation de trac positif. La remontée au près au large du Brésil fut très éprouvante pour moi. J'avais des difficultés à me reposer. Comme en plus je n'apprécie pas trop la chaleur, ce moment reste le plus dur de la course. C’est en plus le moment où l’on sent que le record nous glisse entre les mains… »

Phrases de marins... Photo @ Yann Riou / Spindrift RacingXavier Revil, chef de quart, barreur-régleur 

« Une image marquante restera celle de cette île croisée au milieu de nulle part dans le grand Sud et qui porte bien son nom : l’île des Antipodes (Antipod Islands, mini archipel inhabité au Sud-Ouest de la Nouvelle-Zélande ; ndlr). Les centaines d’albatros observés pendant ce tour resteront des moments forts de l’aventure. En ce qui concerne la vie à bord, tout s’est bien passé, au niveau de l’avitaillement aussi, même si je ne suis pas le plus objectif pour en parler, vu que c’est moi qui m’en occupais. Mais personne n’a perdu de poids ! Le bateau a été modifié par Spindrift racing, il a beaucoup progressé, il est plus nerveux car plus léger. Ça lui a donné des ailes dans le petit temps. Et qu’est-ce qu’on en a eu du petit temps ! Trop, à notre goût. Mais c’était plaisant de pouvoir naviguer aussi vite avec moins de toile, ça permet de soulager un peu la machine. Le passage du cap Horn restera mon moment fort de ce tour du monde. On l’a vu, on est passé tout près. C’est un caillou mythique, le paysage sous le soleil était impressionnant, on voyait même des glaciers qui venaient presque lécher la mer. On n’a pas vu de glace par contre, contrairement à il y a quatre ans. Mais ce n’était pas plus mal, ça ne nous a pas manqué ! »

Phrases de marins... Photo @ Yann Riou / Spindrift RacingThierry Duprey du Vorsent, barreur-régleur 

« Le bateau a bien évolué en quatre ans. Dans le bon sens, notamment dans les phases de transition. Mais on a vite retrouvé nos marques avec Xavier (Revil, lui aussi détenteur depuis 2012 ; ndlr) car l’intérieur est resté identique. En revanche, on n’a pas été gâté par la météo, dans le Pacifique : on a subi la même chose qu’il y a quatre ans. À bord, l’équipage était moins habitué au large que sur Banque Populaire V, cela nous a apporté une approche différente des réglages par exemple. À chaque fois qu’on met le pied en mer, on apprend quelque chose. Je suis content. Je garderai en mémoire le nombre d’albatros ; je n’en avais jamais vu autant, pendant si longtemps. Après le cap Horn, il y en avait 40, 50 qui jouaient autour du bateau. J’étais content de partir, je suis content d’arriver mais je serai content aussi de repartir. Le bateau et l’équipage ont la capacité de battre ce record. Pour moi, ce n’est que partie remise et je repartirai pour un tour avec grand plaisir. »


Phrases de marins... Photo @ Yann Riou / Spindrift RacingLoïc Le Mignonchef de quart, barreur-régleur 

« J’ai été appelé en dernière minute. Il a fallu s’adapter assez vite à l’équipage et au bateau. On s’est assez vite rendu compte du potentiel du bateau quand on a battu le temps Ouessant-équateur. Mais après, on a buté dans tous les systèmes qu’on trouvait donc il a fallu se résoudre à subir plutôt qu’à faire les routes qu’on voulait. Tout le grand Sud a été compliqué, à chercher les bonnes routes, en allant dans le Sud, dans le froid, les vagues… C’est un tour du monde assez frustrant mais on est satisfait car on a fait ce qu’on pouvait. L’équipage a bien marché. Les jeunes étaient plutôt habitués à faire avancer vite le bateau, à le régler tout le temps alors que nous, on a l’habitude de faire des tours du monde donc c’est plutôt sur la longueur qu’on fait le job. Mais on a trouvé un terrain d'entente. C'était sympa de passer les îles en ayant des documents qu’Erwan avait préparés. D’habitude on passe là, on voit un caillou et puis c’est tout. Là il y avait toute la documentation, combien de personnes habitaient là, ce qu’ils y faisaient… Ça change un peu. »

Phrases de marins... Photo @ Yann Riou / Spindrift RacingChristophe Espagnon, barreur-équipier d’avant 

« Ça a été vraiment très agréable pour moi, même s’il y a des moments durs. Voir et passer ces caps mythiques était important. L’aventure fut parfois longue mais sans lassitude car on a eu beaucoup de changements de situations. C’est mon premier tour du monde et une première expérience de "colocation en espace restreint". Passer du catamaran de sport au maxi-trimaran au large ne m’a pas dérangé. Ça reste du vent et de la mer et ce bateau est parfait pour le large. J’ai envie d’y retourner, ne serait-ce que pour voir les belles et longues houles qu’on n’a pas eues. »

Phrases de marins... Photo @ Yann Riou / Spindrift RacingAntoine Carraz, barreur-régleur 

« On est satisfait, particulièrement moi qui m’occupe de la partie technique avec Thierry (Duprey du Vorsent). Le défi était à la fois de battre le record mais aussi que le bateau fasse le tour et je crois qu’il l’a fait et bien fait. C’est une grande satisfaction de le ramener entier au ponton, on a eu quelques moments de doute, quelques problèmes techniques mais on a su les surmonter à chaque fois. C’est une grande fierté pour les gars qui ont bossé sur le bateau depuis deux ans et demi. Mon rôle était de m’occuper de la partie technique car je suis la personne qui connaît le mieux le bateau étant là depuis le début de cette aventure. Ça n’a pas été toujours facile car dès qu’on a un problème, on se dit qu’on va abandonner et puis on réfléchit aux solutions et on a réussi, avec Sébastien (Marsset) et Thierry, à en trouver à chaque fois, sans ralentir ni perdre de temps et nous permettre de pouvoir continuer en toute sécurité. Le mât a été un gros coup dur car le foil, on n’y peut pas grand-chose, on sait qu’il y a beaucoup de choses dans la mer, on sait qu’on peut taper des trucs. La réparation a été très compliquée car on avait très peu de temps avant que le vent ne rentre et il y avait beaucoup de mer donc on s’est bien fait secoué dans le mât avec Seb. Et puis la réparation a tenu donc… C’est un peu le cliché mais le cap Horn, c’est un peu pour ce genre de chose qu’on fait un tour du monde, c’est un rêve de gamin. Il y a plein de moments supers mais c’est quand même assez mythique, on a eu la chance d’avoir des supers conditions, de passer à ras. C’était un moment fort, c’est la sortie des mers du Sud. »

Phrases de marins... Photo @ Yann Riou / Spindrift RacingJacques Guichard, barreur-régleur

« Je suis content de mes voiles (il est maître-voilier chez North Sails ; ndlr) ! Nous avons beaucoup manœuvré donc j’ai croisé les doigts pendant 47 jours, mais on n’a eu aucun souci. Je n’avais jamais navigué si longtemps. C’était assez long quand même mais c’est une expérience à renouveler. C’était une belle aventure, un rêve de gamin, même si j’attendais le record et que je suis donc forcément déçu. Malgré le peu de vent, on a eu de beaux moments à barrer ce bateau. Et l’image du cap Horn. Pour tout marin, c’est un peu comme l’Himalaya : tous les grands y sont passés. Et avec de l’avance sur Banque Populaire V en plus. On repartira l’hiver prochain ! »

Phrases de marins... Photo @ Yann Riou / Spindrift RacingErwan Israël, navigateur

« C’est passé très vite… Le temps a commencé à passer plus lentement quand on a su qu’on ne battrait pas le record. Mon poste n’était pas simple : on a eu beaucoup de frustrations à tenter des options qu’on pensait payantes pour finalement finir dans la molle. On a attaqué fort par moments afin de forcer le jeu, mais on a toujours buté sur les systèmes météo. La remontée de l’Atlantique a été difficile car Banque Populaire V avait eu une super météo quand on a eu des conditions plus classiques. Mais je suis globalement content, surtout de mon binôme avec Yann (Guichard) et l’alchimie avec Jean-Yves (Bernot) de qui j’ai beaucoup appris. C’est un tout autre sport que la Volvo Ocean Race ! Ça n’a rien à voir : il n’y a qu’en remontant le long du Brésil, au près, que ça tapait. Le bateau est exceptionnel, il va vite tout en assurant un certain confort, même si son poids fait qu’il faut toujours être dessus. Je me souviendrai du passage du cap Horn et de la journée qui a suivi. Je pense qu’en équipage, ce ne sont pas les mêmes émotions que pour un gars tout seul du Vendée Globe, qui en a bavé pendant des semaines. On a retrouvé les animaux marins, les avions qui nous survolaient, la terre… On a retrouvé la vie d’un coup ! »

Phrases de marins... Photo @ Yann Riou / Spindrift RacingSébastien Marsset, équipier d’avant 

« Bien qu’on ne décroche pas le chrono, c’était un beau challenge que je suis content d’avoir relevé avec Spindrift. Là, en mer, je me sens en forme mais je sais qu’une fois à terre, on va ressentir que l'on a passé 47 jours en navigation. Le cap Horn a été forcément un moment top et tu réalises que cet endroit n’est pas donné à tout le monde. Au niveau voile, j’ai vraiment été impressionné par le bateau. Sur la fin de la descente de l’Atlantique, on a fait des nuits sous gennaker, au reaching avec des vitesses moyennes aux alentours des 40 nœuds sur de la mer plate. J’ai vraiment trouvé ça exceptionnel. À l’avant du bateau, on sait qu’il faut faire attention tout le temps et le piège, c’est la fatigue. Dans ces moments où tu as été sollicité par la vie du bateau, par les manœuvres ou un peu de bricolage, il faut redoubler d’attention. Pour soi, mais aussi pour les autres parce que c’est à ces moments-là que l’on peut se faire mal. »

Phrases de marins... Photo @ Yann Riou / Spindrift RacingThomas Rouxel, barreur-équipier d'avant 

« Content d’arriver parce que c’est quand même un peu long, mais très content de l’avoir fait sur ce bateau-là et ce projet-là. Le bateau est vraiment exceptionnel, je me suis régalé à chaque fois que je suis allé barrer et l’équipe était top. On s’est vraiment bien marré. La majorité de l’équipe se connaissait déjà bien, on avait déjà pas mal navigué ensemble. Seb (Audigane) et Loïc (Le Mignon) nous ont rejoints plus tardivement mais ils se sont très vite intégrés et adaptés au reste de l'équipe qui avait l’habitude de fonctionner ensemble. Et on a aussi bénéficié de l’expérience de ces deux papys (rires). C’était vraiment cool. C’était plus long que la Volvo car on ne passe jamais plus de 25 jours en mer. 47 cette fois, mais le bateau va plus vite. On change de phénomènes météo, de terrains de jeu assez régulièrement, ce qui permet de pas mal nous occuper, mais les moments où on n’avait pas beaucoup de vent et qu’on prenait un peu de retard sur les routages… C’est un peu long. On a eu des conditions superbes pour le cap Horn, on est passé juste à côté. Pouvoir profiter comme ça de ce caillou mythique, c’était dingue. Tu peux faire cinq tours du monde et ne jamais le voir, là on est passé juste à côté, c’était super beau, on a eu le temps d’en profiter et de le regarder. C’était vraiment cool. »