Ils sont les plus grands, les plus fous, les rapides voiliers à arpenter la planète. Leurs bouées préférées sont à l'échelle des continents. En solitaire, en double ou en équipage, ils accélèrent le temps, rétrécissent le globe – et distillent l'adrénaline. Bienvenue dans le monde des maxi-multicoques.

Actualité à la Hune

the Transat bakerly

Yves Le Blévec : «Le parcours n’est pas simple pour les Ultime»

Yves Le Blévec participera à sa deuxième course seulement en Ultime à bord de son Actual, l’ancien Sodebo. Lors de la première, la Transat Jacques Vabre de fin 2015, il abandonna prématurément à la suite d'une casse de vérin qui menaçait de faire tomber le mât. Rentré à bon port, le néo-skipper de maxi-trimaran a essayé de naviguer autant que possible, a effectué sa qualification pour The Transat en hiver mais avoue manquer encore de repères sur ce bateau qu’il n'a entre les mains que depuis septembre dernier. Alors il la joue modeste en outsider face aux deux autres Ultime Macif (François Gabart) et Sodebo (Thomas Coville). The Transat, les Ultime, ses espoirs… les sujets ne manquaient pas pour cet entretien.
  • Publié le : 01/05/2016 - 00:01

Yves Le BlévecAprès une victoire à la Mini-Transat puis un joli parcours en Multi50, Yves Le Blévec navigue depuis l'automne dernier dans la classe Ultime.Photo @ Olivier Blanchet/DPPI

Voilesetvoiliers.com : Yves, le départ de The Transat sera donné lundi à 14 heures 30 (15 heures 30 en France). Pouvons-nous faire un petit point météo ?
Yves Le Blévec :
Les dernières infos c’est, déjà, que nous n’aurons pas de gros mauvais temps fort. Ensuite, il y a vraiment match entre la route Sud et la route Nord. Le Nord a encore un petit avantage théorique mais jusqu’à quand ? On attendra le dernier moment pour se décider mais le Sud est assez tentant si cela passe. Le risque, c’est qu’il y ait une petite dorsale anticyclonique dans le golfe de Gascogne. Aujourd’hui ça passe, on sait qu’on peut y aller, mais la question, c’est savoir si on pourra en ressortir. Et si ce n’est pas possible, ce sera pétole ! Le pire des scénarios, c’est que cela se referme devant moi et qu’un bateau comme Macif, qui est plus rapide, y réussisse. Il peut me coller 200 milles en une nuit !

Voilesetvoiliers.com : C’est donc une Transat qui peut ménager du jeu entre les trois Ultime…
Y. L. B. :
Pour l’instant, c’est très ouvert ! Ensuite, cela se jouera au binôme homme/bateau et celui Yves Le Blévec/Actual est très neuf. J’en saurai beaucoup plus arrivé à New York. L’objectif est très clair : bien naviguer et arriver aux Etats-Unis.

Voilesetvoiliers.com : Vous accréditez ainsi la rumeur qui voudrait qu’en Ultime, cette course se résume à un duel Macif-Sodebo et vous derrière ?
Y. L. B. :
Les autres ne vous disent sans doute pas ce que je dis là, mais ils ont quand même envie d’arriver à New York ! Et du coup, on sait que les problèmes arrivent assez vite, qu’il y a moyen d’aller naviguer dans des mers dures. Et y aller en espérant pousser l’autre à la faute, c’est casse-gueule car cela peut te retomber dessus. Sans parler à la place de mes concurrents directs, qui tiennent probablement un discours plus guerrier que moi, ils n’ont
 quand même pas envie de faire de "conneries" ! Le projet, ce n’est pas The Transat, même si c’est une course importante. Non, 2 + 1, ce n’est pas ça ! Mais clairement, mon bateau est moins rapide, donc je vais suivre une stratégie différente. S’il y en a un qui ne doit pas casser, c’est moi ! Du moins j’espère !

Actual en testIntrinsèquement le moins rapide des trois Ultime en lice dans The Transat bakerly, Actual est un bateau éprouvé.Photo @ Thierry Martinez/Sea&Co

Voilesetvoiliers.com : N’est-ce pas frustrant de se dire au départ : «mon bateau est moins rapide que les deux autres» ?
Y. L. B. :
Cela fait partie du contrat de départ. A un instant T, cela peut l’être, mais Actual, à l’arrivée de la Route du Rhum 2014, m’a dit : «propose-nous un programme pour les quatre ans à venir qui a de la gueule». En fonction de leurs moyens, je ne pouvais pas les emmener sur un programme Vendée Globe par exemple. Ce projet-là avec l’Ultime coûte beaucoup, beaucoup moins cher qu’un programme Vendée Globe avec un bateau neuf. C’est incomparable. Ces IMOCA-là, c’est la fête aux millions ! Alors on a un gros bateau et on travaille de manière raisonnable. On n'a pas de bureau d’études en interne, on est six, ce qui est bien mais c’est une petite équipe - que je suis très content de mener –, mais elle était vendue comme telle à Actual. Vous parlez de frustration, mais effectivement nous n’avons pas les moyens de jouer avec les autres. Et c’est sans aucun regret, très clairement.

Voilesetvoiliers.com : Alors comment peut se créer la différence ?
Y. L. B. :
Heureusement qu’il n’y a pas que la performance pure dans notre sport. Le simple fait d’être au départ d’une course avec un bateau comme celui-là est un beau challenge. Il faut relativiser : c’est quand même l'un des dix multicoques les plus rapides de la planète.

Voilesetvoiliers.com : Vous avez eu ce bateau tardivement. L’avez-vous désormais bien en main ?
Y. L. B. :
Je n’ai pas d’inconnu en termes de sécurité, mais pas mal en termes de performance. Je ne suis pas tout à fait clair sur les configurations pour être rapide tout en restant en sécurité. Une fois à New York, ce sera plus évident. Ne pas avoir été au bout de la Jacques Vabre était ennuyeux car j’avais prévu un retour en solo pour passer du temps à bord de manière à me l’approprier. Mais je ne l’ai pas eu.

Actual UltimeL'Ultime Actual est l'ancien Sodebo, plan Irens-Cabaret datant de 2007.Photo @ Olivier Blanchet/DPPI

Voilesetvoiliers.com : Ce bateau est l’ancien Sodebo. Il colle bien au ratio performances/budget/retombées ?
Y. L. B. : Oui, cela colle parfaitement avec ce que le président d’Actual m’avait demandé. A l’arrivée de ce Rhum 2014, je savais que nous arrêtions le Multi50 mais je ne savais pas sur quel support nous allions partir. Il était convaincu par le sponsoring et il est resté dans la course au large. Et avec moi. Sur le plan sportif pur, je serais bien reparti sur un Multi50 : ce sont des bateaux géniaux, je n’ai pas d’ambition particulière si ce n’est bien naviguer. Et sportivement, c’était intéressant.

Voilesetvoiliers.com : Mais le fait d’intégrer le collectif des Ultime, ce groupement des armateurs qui préside aux destinées de cette classe, a changé la donne…
Y. L. B. :
C’était très important car, au-delà d’avoir la visibilité offerte par le bateau, le président d’Actual voulait être associé aux autres entreprises avec lesquelles nous nous battons sur l’eau – des concurrents valorisants –, mais aussi être intégré aux décisions. Même si on sait très bien que nous ne sommes pas Macif ou Banque Populaire.

Voilesetvoiliers.com : Justement, j’en reviens à cette éventuelle frustration : lorsque l’on sait que des équipes telles que Banque Populaire ou Gitana préparent des bateaux encore plus fous et rapides, cela va devenir de plus en plus dur…
Y. L. B. :
Ce qui se dit du maxi-trimaran que prépare Banque Populaire, c’est que le Macif actuel de François Gabart est la maquette et les architectes sont en train de créer le vrai bateau !
Eh bien moi j’irai moins vite mais je serai là. Notre programme est construit autour du tour du monde en solitaire en Ultime prévu en 2019 au départ de Brest. Je serai au départ ; je n’en serai pas favori. Je serai outsider et cela ne m’empêchera pas de raconter de très belles histoires. Cette course sera mythique. Il serait malhonnête de dire que j’aurai un bateau pour gagner. Le collectif Ultime est bien construit par les armateurs, ce qui est la garantie d’une certaine mesure dans les objectifs et les décisions. Contrairement à d’autres classes, on ne se laissera pas entraîner par l’aspect sportif uniquement. J’adore mon métier, mais je sais que s'il y a un mec qui finance mon bateau, il faut que, au minimum, cela lui rapporte plus que cela ne lui coûte. La rentabilité n’est pas le souci des sportifs. On connait tellement de classes qui explosèrent en vol !

Actual Warm UpCoucher de soleil samedi 23 avril à bord d'Actual lors du Warm-Up entre Saint-Malo et Plymouth.Photo @ Team Actual

Voilesetvoiliers.com : Mais The Transat qui part lundi n’est pas anecdotique tout de même ?
Y. L. B. :
Non, surtout pas ! C’est la mère de toutes les transats. On navigue dans l’histoire. Aujourd’hui, le fait d’être acteur de cet événement est très fort. C’est là que tout a commencé ! Ce qui m’ennuie un peu, c’est que je sais que j’aurai du mal à aller au potentiel max du bateau et que je serai un petit cran en dessous. Je vais tempérer mon côté compétiteur pour ne pas faire de bêtises.

Voilesetvoiliers.com : Et pourtant il n’y a que trois Ultimes au départ…
Y. L. B. :
Il aurait pu y avoir Spindrift ou IDEC. Mais chacun mène son programme comme il l’entend. J’en discutais avec Francis Joyon il y a peu, il me disait : 
«faire The Transat avec l'actuel IDEC quand il faut faire une manœuvre toutes les deux heures c’est super dur.» Pour Thomas (Coville, ndlr) sur Sodebo, cela va être très difficile. Le parcours n’est pas simple pour ces bateaux que sont les Ultime.

 

Ultimes : 2 +1 ?

Sur les pontons de Plymouth, inévitablement la question se pose plus de savoir qui de Thomas Coville ou François Gabart va gagner. Yves Le Blévec passe pour l’outsider de talent. Mais sous sa modestie coutumière, l’homme est un client et même si, potentiellement, son Actual est moins rapide que Sodebo et Macif, il jouera sa carte à fond. Coville recueille une fois de plus la faveur de tous les pronostics. Immense expérience, talent, bateau au top : toute la petite communauté de la voile réunie en Angleterre se demande comment cette édition de The Transat peut lui échapper. Malheureusement pour lui,  il occupait aussi ce rang de favori avant la Route du Rhum 2014 – où il percuta un cargo – puis la Transat Jacques Vabre de 2015 où, en compagnie de Jean-Luc Nélias, il échouait face au tandem François Gabart-Pascal Bidégorry. Reste François Gabart avec son Macif, dernier Ultime mis à l’eau. Ce garçon n’en finit pas d’étonner et sa vista est proprement incroyable. Une certitude : sans casse mécanique, la bagarre entre les trois Ultime, qui devraient mettre un peu plus de huit jours selon la direction de course pour rallier New York, sera somptueuse.
 

SodeboA bord de Sodebo, Thomas Coville s'avance une nouvelle fois comme le favori en Ultime et, de facto, pour la victoire en temps réel au terme de cette édition de The Transat bakerly 2016.Photo @ Yvan Zedda

The Transat bakerly

Les engagés 2016

Class40 (10)

- Louis Duc (FRA, Carac)
- Edouard Golberry (FRA, Normandie)
- Isabelle Joschke (ALL/FRA, Generali-Horizon Mixité)
- Hiroshi Katada (JAP, Kiho)
- Robin Marais (FRA, Esprit Scout)
- Anna-Maria Renken (ALL, Nivea)
- Phil Sharp (GBR, Imerys)
- Maxime Sorel (FRA, VandB)
- Armel Tripon (FRA, Black Pepper/Les ptits doudous)
- Thibaut Vauchel-Camus (FRA, Solidaires en Peloton-ARSEP)

Multi50 (5)

- Pierre Antoine (FRA, Olmix)
- Gilles Lamiré (FRA, La French Tech Rennes Saint-Malo)
- Erwan Le Roux (FRA, FénêtréA-Cardinal)
- Erik Nigon (FRA, Vers un monde sans Sida)
- Lalou Roucayrol (FRA, Arkema)

IMOCA (6)

- Jean-Pierre Dick (FRA, StMichel-Virbac)
- Sébastien Josse (FRA, Edmond de Rothschild)
- Armel Le Cléac’h (FRA, Banque Populaire VIII)
- Paul Meilhat (FRA, SMA)
- Vincent Riou (FRA, PRB)
- Richard Tolkien (GBR, 44)

Ultime (3)

-Thomas Coville (FRA, Sodebo)
- François Gabart (FRA, Macif)
- Yves Le Blévec (FRA, Actual)

Hors catégorie (1)

- Loïck Peyron (FRA, Pen Duick II)