Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

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60 IMOCA, multicoque, Figaro - Interview

Yann Eliès : «Le Jules Verne me fait plus rêver que le Vendée Globe !»

  • Publié le : 30/04/2012 - 00:01

Pas de Vendée Globe pour Yann ElièsVrai compétiteur, Yann voulait prendre le départ de son deuxième Vendée Globe avec un projet gagnant, comme en 2008-09 avec Generali. «Faire le tour pour faire le tour ne m’intéressait pas…»Photo @ Jean-Marie Liot DPPIYann Eliès avait une revanche à prendre. Sur le sort, sur le mauvais tour du dernier tour, sur le Vendée Globe 2008-09 – et son terrible accident survenu dans l’océan Indien. Ce ne sera pas pour cette fois, faute de budget pour monter un projet gagnant. Forcément déçu, Yann veut rebondir. Il a désormais la Solitaire du Figaro en ligne de mire. Mais toujours pas de partenaires. Sa quête de financements se poursuit donc. En terminant deuxième de la Solo Figaro Massif Marine après deux ans d’absence, il a en tout cas prouvé qu’il était encore dans le coup face à une concurrence affûtée.

Yann Eliès, 38 ans, un sacré palmarèsYann Eliès, 38 ans, possède une solide expérience : un Vendée Globe, deux Jules Verne victorieux, douze Figaro, deux titres de Champion de France de course au large en solitaire, trois Jacques Vabre… Photo @ Yvan Zedda Sea & CoSolitaire aguerri, Yann est aussi un équipier recherché en multicoque. Et pour cause, il appartient au cercle restreint des doubles détenteurs du Trophée Jules Verne – en 2002 et 2005, aux côtés de Bruno Peyron à bord des maxi-catamarans Orange et Orange 2. Fan des multis, il se verrait bien améliorer le record établi par Banque Populaire V. Ou participer au circuit des MOD70. A moins qu’il ne reparte finalement autour du monde en solo à l’occasion du Vendée Globe 2016 ?

En attendant, Yann participait voici quelques jours au Spi Ouest-France en Open 7.50 avec l’équipage d’Erwan Leroux (FenêtréA-Cardinal). Interview à chaud.


voilesetvoiliers.com : Alors, ce Spi Ouest-France en Open 7.50 ?
Yann Eliès :
C’était une très belle épreuve ! Douze manches, des conditions très diverses… Superbe ! Sportivement, le bilan est plus mitigé : nous terminons quatrièmes sur huit. Mais on s’est régalé, avec un équipage de potes et à bord d’un bateau vraiment fun qui se rapproche du multicoque. Découvrir ce support très différent de ce que je connais a été amusant  – et très instructif.

v&v.com : Peu avant cette régate, tu as pris la décision de ne pas participer au prochain Vendée Globe. Pourquoi ?
Y.E. :
J’ai reçu une réponse négative de la part du dernier contact qui m’aurait permis de boucler le budget pour le Vendée Globe. Ce refus a mis fin à mes recherches, car le départ approche et on ne peut pas repousser les échéances éternellement. D’autant que je voulais à tout prix partir avec un projet performant, voire gagnant. Faire le tour pour le tour ne m’intéressait pas ! Cette course est belle, car elle réunit des skippers aux objectifs divers : certains y participent pour la gagne, d’autres pour vivre d’abord une belle aventure. Je me place clairement dans la première catégorie.

v&v.com : Pourquoi est-ce si difficile de trouver des partenaires actuellement ?
Y.E. :
En ce qui me concerne, les choses ne se sont pas bien enchaînées niveau timing : j’ai eu deux très bons contacts en 2010 et 2011 qui, s’ils s’étaient déclarés en même temps, m’auraient permis de monter un très beau projet. Cela n’a malheureusement pas été le cas. Plus globalement, nous subissons les conséquences de la crise économique. Les entreprises sont frileuses et effrayées par les montants à engager. Au début de mes recherches, je tablais sur un budget de huit millions d’euros, qui est passé à six, puis à trois. Or, la limite est plutôt à un million et demi d’euros aujourd’hui... Le fait d’être en période électorale a aussi compliqué la donne : les éventuels partenaires sont attentistes et anticipent – à tort ou à raison – un serrage de vis à l’issue des élections. Bref, le contexte est compliqué pour les skippers en recherche de sponsors.

Retour en Figaro réussi Après deux ans d’absence en Figaro, Yann Eliès s’est emparé d’une belle deuxième place lors de la Solo Figaro Macif Marine, prouvant ainsi qu’il était en mesure de rivaliser avec les meilleurs. De bon augure pour la Solitaire – s’il en est…Photo @ Christophe Breschi Ricochets17.comv&v.com : Tu as pourtant une certaine notoriété, gage de retombées médiatiques importantes pour d’éventuels sponsors…
Y.E. :
Oui, mais un bon CV ne suffit pas. Les entreprises considèrent que la voile demeure un investissement risqué, y compris avec un skipper renommé, car personne n’est pas à l’abri d’un démâtage après 24 heures de course. D’ailleurs, j’ai constaté que les entreprises ne voulaient plus être propriétaires des bateaux. C’était à moi d’aller à la banque, de convaincre que mon projet était viable. Cela m’a pas mal refroidi, surtout que je ne considère pas un 60 pieds IMOCA comme étant un bon investissement aujourd’hui.

v&v.com : Comment faire pour que cela le devienne ? Passer à la monotypie ?
Y.E. :
Oui, cela ne fait aucun doute ! Je suis persuadé qu’il y aura encore beaucoup de casse lors du prochain Vendée Globe (en 2008-2009, 11 bateaux sur 30 avaient franchi la ligne d’arrivée, ndlr). C’est la fin d’un système, on ne peut plus fonctionner comme cela.

v&v.com : Quel est ton point de vue sur la démarche de Bertrand de Broc, avec la reprise de son projet «Votre Nom autour du Monde» (son interview est à lire ici) ?
Y.E. : Bertrand a depuis longtemps une belle histoire avec le Vendée Globe, belle et mouvementée entre l’édition où il s’est recousu la langue et celle où il a chaviré tout de la ligne d’arrivée ! Cela dit, j’avoue ne pas être très emballé par son idée de faire appel à des particuliers pour financer sa participation. Selon moi, il y a d’autres causes bien plus importantes à défendre et qui méritent davantage un appel à la solidarité. Mais tant mieux si son projet aboutit.

v&v.com : On a aussi vu Eric Péron proposer une vidéo originale reprenant le concept de la série «Bref» de Canal Plus (la vidéo est à voir ici). A l’avenir, faut-il davantage passer par ce type d’initiatives originales pour séduire les sponsors et se démarquer ?
Y.E. : J’ai trouvé cette parodie excellente ! Ces démarches atypiques vont sans doute se multiplier, effectivement. Mais, de mon côté, j’essayerai toujours de me démarquer d’abord par mes résultats sportifs.

Objectif Solitaire du FigaroYann navigue actuellement à bord d’un bateau vierge de tout sponsor. Il lui manque 150 000 à 200 000 euros pour prendre le départ de la Solitaire du Figaro.Photo @ Christophe Breschi Ricochets17.comv&v.com : Après deux ans d’absence, tu as justement fait un joli retour en Figaro lors de la Solo Figaro Massif Marine. Quels enseignements tires-tu de cette épreuve ?
Y.E. :
Terminer deuxième sur 28 concurrents a été une satisfaction, mais pas vraiment une surprise : je me doutais qu’avec motivation et sérieux, il y avait moyen de revenir fort et de jouer la gagne ! Cette épreuve constituait toutefois un saut dans l’inconnu, car je ne savais pas vraiment où me situer par rapport à la nouvelle génération de skippers talentueux comme Fabien Delahaye, Morgan Lagravière, Nicolas Lunven ou Paul Meilhat. Je suis toujours au niveau, c’est rassurant.

v&v.com : Cela dit, il te manque encore des partenaires pour être au départ de la prochaine Solitaire du Figaro…
Y.E. :
Oui, et j’ai pris du retard, car je me suis concentré sur les recherches en vue du Vendée Globe. Il faut absolument que je trouve avant fin mai pour espérer participer à la Solitaire. Je table sur un budget de 150-200 000 euros pour optimiser mon bateau, acheter des voiles neuves… Le montant est sans commune mesure avec celui d’un monocoque IMOCA, donc. Mais je galère quand même !

v&v.com : La Solitaire représente beaucoup pour toi…
Y.E. :
Oui, car c’est une épreuve de haut niveau qui jouit d’une notoriété importante. Briller lors d’une étape ou au classement général est à chaque fois un défi. Je garde beaucoup de bons souvenirs et, en m’y engageant à nouveau, je suis à peu près sûr de vivre de grands moments ! Ce n’est pas un hasard si j’y ai participé douze fois ! Mon père a remporté la course en 1979 : j’aimerais faire aussi bien, dès cette année si possible… En revanche, je ne compte pas prendre part à l’ensemble du circuit, car j’ai le sentiment d’avoir fait le tour de la question. Le Figaro est un support sympa, mais quand tu vois un MOD70 à côté, honnêtement, il n’y a pas photo ! A terme, je m’imagine donc davantage à bord d’autres supports en multi.

v&v.com : Es-tu en contact avec des équipes engagées en MOD70 ?
Y.E. :
J’ai participé à des entraînements à La Trinité et à Port-La-Forêt avec Yann Guichard (Spindrift Racing). J’aimerais beaucoup être au départ du Tour de l’Europe en septembre prochain. Encore faut-il que je sois sélectionné !

v&v.com : Es-tu attité par d’autres supports ?
Y.E. :
J’ai récemment navigué en Formule 18 et ça m’a beaucoup plu. Et, comme tout le monde, je rêverais de courir en l’AC45, car ces catamarans ailés ont l’air exceptionnel. Mais je n’ai pas la prétention de pouvoir participer à la Coupe de l’America.

Des envies de multi Double détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 et 2005, un temps équipier de Banque Populaire V, Yann aimerait retenter sa chance : «Faire le tour du monde en un peu plus de 40 jours à bord d’un trimaran de 40 mètres est un défi extraordinaire !» Très attiré par les multis, il rêve aussi de MOD70.Photo @ Benoît Stichelbaut BPCEv&v.com : Tu aimerais repartir à l’assaut d’un troisième Trophée Jules Verne ?
Y.E. :
Ne pas avoir fait partie de l’équipage de Banque Populaire V lors de la dernière tentative victorieuse a été un grand regret. Surtout après avoir passé un hiver en stand-by, puis avoir été débarqué par Pascal Bidégorry en 2009. Cela dit, je garde un bon souvenir de mes nav’ à bord de ce bateau. Et bien sûr de mes deux records avec Bruno Peyron en 2002 et 2005 ! Dans ce contexte de crise, il est peu probable qu’un bateau tente de battre le record prochainement. C’est dommage. J’espère avoir à nouveau la chance de remonter un jour sur de telles machines. Car faire le tour du monde en 40 jours à bord d’un trimaran de 40 mètres est un défi extraordinaire !

v&v.com : Et le Vendée Globe 2016, tu y penses ?
Y.E. :
J’observerai de près ce qu’il se va se passer lors de la prochaine édition. Si on repart sur le même schéma, sans monotypie, je n’irai pas, c’est sûr. J’avoue qu’aujourd’hui, le Trophée Jules Verne me fait plus rêver que le Vendée Globe. C’est un défi qui procure plus de fun, de plaisir et d’adrénaline. Lors de ma participation au Vendée, j’ai connu plus de difficultés que de moments de plaisir. Mais mon point de vue est forcément déformé par mon accident et le fait que je n’ai pas boucler le parcours. J’imagine que l’émotion ressentie à l’arrivée aux Sables-d’Olonne doit permettre de rééquilibrer sérieusement ce sentiment !


………..
Yann Eliès en quelques mots

> Une participation au Vendée Globe (abandon en 2008-09)
> Trois participations à la Transat Jacques Vabre (en 2005, 2007 et 2011)
> 12 participations à la Solitaire du Figaro (meilleur classement : 2e en 2009)
> Double Champion de France de course au large en solitaire (en 2004 et 2006)
> Double détenteur du Trophée Jules Verne à bord des maxi-catas Orange et Orange 2 de Bruno Peyron (en 2002 et 2005)
> Participation à The Race à bord de Team Adventure (en 2001).

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