Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Artemis Challenge

A bord de Safran

Morgan Lagravière a embarqué voilesetvoiliers.com à bord de Safran lors de l’Artemis Challenge, tour de l’île de Wight, qui se disputait jeudi. Une navigation intéressante sur le premier monocoque Imoca de nouvelle génération – équipé de foils – lancé en vue du Vendée Globe 2016.
  • Publié le : 14/08/2015 - 15:22

Safran Artemis ChallengeLors de l"Artemis Challenge 2015, Safran disputait sa deuxième course officielle après le Record SNSM de juin dernier.Photo @ Lloyd Images

« C’est vraiment sympa la régate au contact ! » au passage des Needles, alors que son bateau est en bagarre en tête de la flotte avec PRB, Groupe Quéguiner et Banque PopulaireSMA navigue non loin derrière – Morgan Lagravière est un skipper heureux. La régate au contact n’est pas franchement l’exercice pour lequel les monocoques de 60 pieds sont conçus. Et là, par le biais de l’Artemis Challenge, qui se déroulait jeudi dernier avec, pour parcours, le tour de l’île de Wight, Safran dispute sa deuxième régate officielle depuis sa mise à l’eau, le 5 mars dernier.

Premier IMOCA de nouvelle génération lancé, ce bateau en est évidemment encore aux phases de développements et son équipage continue à découvrir ce plan Verdier / VPLP, construit par CDK. Un bateau d’autant plus attendu qu’il fut le premier à l’eau équipé de ces fameux foils, objets de tous les fantasmes parmi les concurrents du prochain Vendée Globe.

Passage des NeedlesPierre Leboucher, spécialiste du 470, barrait Safran - ici en approche des Needles - lors de l"Artemis ChallengePhoto @ Philippe Joubin En ce jour d’Artemis Challenge, répétition générale de la Rolex Fastnet Race pour les MOD70, Imoca 60 et Volvo 60, Lagravière a convié un équipage percutant. A la barre, Pierre Leboucher, l’un des tous meilleurs français en 470 ; à la tactique Gwénolé Gahinet, ancien de la Mini et l’un des tous bons du Figaro ; sur la plage avant, l’expérimenté Loïc Lingois, boat captain et Jules Delpech, préparateur du bateau. Et aux manettes, bien sûr, Morgan Lagravière à la tête du projet Safran depuis 2014 assisté de Nicolas Lunven, co-skipper et indispensable bras droit avec lequel il participera à la prochaine Transat Jacques Vabre.


Depuis le départ de la course, donné au portant en milieu de matinée en face du prestigieux Royal Yacht Squadron, la flotte avale le Solent en louvoyant sous spi et sous une pluie battante. « C’est beau l’île de Wight, soupire Lingois, dommage qu’on ne voit pas la côte.» Et pourtant, nous la rasons, la nav de Gahinet nous mène parfois en limite de tirant d’eau : 5 m de profondeur pour une quille de 4,50 m !

Top de près au goût de Safran

A bord de SafranDans des conditions très humides, Loïc Lingois et Jules Delpech avaient fort à faire sur la plage avant de Safran.Photo @ Lloyd Images Las, jusque-là, l’espoir de voir enfin ces fameux foils travailler est évanoui. « Ils prennent tout leur intérêt du vent de travers au grand largue, » explique Lunven. Et plus le bateau abat, plus il faut de brise. Aux Needles, pointe Ouest de l’île de Wight, la flotte est emmenée par PRB, qui s’est le mieux tiré des contraintes tactiques du Solent. Safran, troisième, navigue non loin. Mais les bateaux sont cueillis par de très généreuses surventes. Les IMOCA, même quille au vent et ballastés, se mettent par moment sur la tranche, Safran plus que tout autre puisque l’équipage a choisi de naviguer sous J1. Le J2 était plus judicieux, comme le démontre Banque Populaire VIII, sister-ship de Safran, qui passe sous le vent un à un tous les autres voiliers au prix d’une large abattée. Mais dans ces conditions-là, l’effet foil joue à plein. Appuyé sur l’appendice sous le vent, l’étrave du bateau d’Armel Le Cléac’h se soulage franchement, le voilier se cabre et gagne spectaculairement en vitesse.

De courte durée, car le parcours et la stratégie imposent le près serré. Dans ces conditions, PRB et Groupe Quéguiner s’envolent alors que Safran et Banque Populaire souffrent, foil sous le vent descendu - non pas pour soulager les voiliers mais de manière à accroître le plan anti-dérive - et foil au vent entièrement sorti, cette fois pour placer le plus de poids au vent à l’image d’une partie de l’équipage au rappel dans les filières.

Manque de retour d'expérinces

Avec ce vent de Nord-Nord-Est qui se stabilise à 15-18 nœuds et qui se renforce passage des différentes pointes jalonnant le parcours, au près serré et sur mer plate, les ‘’anciens’’ 60 pieds s’envolent inexorablement. PRB bien sûr que Vincent Riou mènera à la victoire suivi comme son ombre par Groupe Quéguiner-Leucémie Espoir de Yann Eliès (le premier Safran rebaptisé), deuxième, tous deux talonnés, suite à son louvoyage efficace, par SMA, mené par Paul Meilhat et son mentor de luxe, Michel Desjoyeaux.

Artemis ChallengePRB un temps dans le sillage de Safran, gagnait le 9e Artemis Challenge en catégorie monocoque.Photo @ Philippe Joubin
Contre ces trois-là dans ces conditions-là, Safran comme Banque Populaire ne peuvent rien sur un petit parcours où aucune autre option que le près serré est possible. A bord de Safran, l’Artemis Challenge se termine en chemin de croix, des problèmes de drisse de spi empêchant de l’envoyer en toute fin de parcours, le bateau restant trop longtemps sous grand-voile seule pour pouvoir conserver son rang.

Lagraviere et LunvenMorgan Lagravière (à gauche) a choisi Nicolas Lunven (à droite) pour l"épauler lors de la Rolex Fastnet Race puis de la Transat Jacques Vabre.Photo @ Philippe Joubin Mais qu’importe ce classement de 6e sur 10 Imoca : « Je suis content car nous avons tout de même bien navigué, analysait Lagravière. Mais nous avons couru sur un parcours pour lequel le bateau n’a pas du tout été conçu, pas plus que le sera le Fastnet (départ dimanche de Cowes). Le niveau de maturité du bateau est encore faible. Il y a matière à trouver des solutions. Nous avons perçu des choses lors des rares confrontations avec d’autres bateaux. Apprenons avant tout à nous en servir bien et mieux que les autres. Aujourd’hui, on manque beaucoup de retour d’expérience. » Toute navigation est bonne à prendre.
Place à la Rolex Fastnet Race que Safran dispute en double (pour être comptabilisé au Championnat Imoca, ces bateaux doivent y courir à deux) avec Lagravière-Lunven puis la Transat Jacques Vabre (départ le 25 octobre) et la transat retour (en solo, départ le 6 décembre de Saint-Barth). « Le Vendée Globe 2016 c’est pas demain, mais dans une semaine, philosophe Lunven. Et il n’y aura rien de trop. »