Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe

Action !

Tandis que l’Espagnol Didac Costa répare toujours son circuit électrique aux Sables-d’Olonne, les premiers s’approchent des côtes ibériques qu’ils devraient apercevoir dès le lever du jour. Derrière Armel Le Cléac’h, cinq autres foilers se pressent dans son tableau arrière et seul Vincent Riou parvient à s’intercaler : il faut dire que le vent a été très instable depuis le coucher du soleil, variant en force de douze à plus de trente nœuds, et en direction de plusieurs dizaines de degrés. L’atterrissage sur le cap Finisterre devrait clarifier la hiérarchie avec un vent moins irrégulier mais une mer plus formée.
  • Publié le : 07/11/2016 - 06:00

Départ Vendée 2016Rapidement après le coup de canon, Vincent Riou s’est fait déborder par les monocoques à foils, à l’image de Banque Populaire VIII, Safran, StMichel-Virbac…Photo @ Jean-Marie Liot DPPI

Huitième ! Le décor est planté, le scénario est presqu’écrit, les acteurs sont prêts : il n’y a plus qu’à dérouler le film du Vendée Globe, un blockbuster planétaire de deux mois et demi avec tout de même près de 350 000 figurants (selon les organisateurs) pour le générique… Moteur, ça tourne, action ! Mais avant de se pencher sur les premières heures de course avec un golfe de Gascogne qui va être avalé en moins de 24 heures, petit retour sur les fondamentaux de cette course autour du monde en solitaire sans escale. Car cette huitième édition débute comme jamais, sur un rythme d’enfer, avec déjà à la clé un temps de référence au passage de l’équateur qui devrait littéralement exploser : les premiers sont attendus à l’entrée du Pot-au-Noir pour la fin de semaine…

Une édition particulière

Et avec les conditions météorologiques annoncées jusqu’à l’équateur, il faut s’attendre à fort peu d’avaries jusqu’à l’entrée dans les Quarantièmes car toute la flotte va bénéficier d’un flux établi de secteur Nord à Nord-Est pendant toute la descente de l'Atlantique jusqu’à l’entrée du Pot-au-Noir. Toutefois, les écarts entre les leaders et les derniers devraient être conséquents car non seulement les nouveaux prototypes vont jusqu’à 50% plus vite que les IMOCA des années 2000, mais en sus le ralentissement le long du Portugal va toucher plus longtemps les retardataires qui affronteront une phase plutôt molle entre mardi et mercredi, quand les premiers débouleront à plus de vingt nœuds de moyenne au large des archipels de Madère et des Canaries.

Vendée comparatifLe temps de course pour atteindre l’équateur a diminué de 37% entre 1989 et 2012 alors que le temps de course du tour du monde a décru sur la même période de 28% : c’est essentiellement lors de la traversée de l’Atlantique que le gain de temps a été le plus marqué. Mais cette année avec un passage dans l’hémisphère Sud autour de huit jours, le gain va être considérable, surtout que l’enchaînement météo vers les 40es s’annonce excellent pour les leaders ! On y est pas encore, mais 72 jours de mer pour rallier les Sables-d’Olonne est donc plus qu'envisageable...Photo @ Magnus Henderson

La césure portugaise va donc impacter la course dès les premiers jours avec des conditions météorologiques très différentes entre les leaders qui vont s’échapper par devant, le peloton qui va s’étirer avant d’atteindre les Canaries et la queue de flotte qui va « patauger » pendant plus de 24 heures par le travers de Gibraltar… L’enchaînement avec l’Atlantique Sud ne sera donc plus du tout le même et il faut s’attendre à des écarts considérables au large du cap de Bonne-Espérance !

Or, les précédentes éditions du Vendée Globe démontrent que les deltas se créent dès les premiers jours et les retours par derrière ont été extrêmement rares, sauf en 2008 quand Michel Desjoyeaux remontait toute la flotte alors qu’il avait 450 milles de retard après son retour aux Sables-d’Olonne. Et ce décrochage dès l’Atlantique Nord se répercute toujours sur les écarts à l’arrivée au point qu’il fut très rare de voir trois bateaux à la bagarre lors de la remontée après le cap Horn !

Vendée comparatifCes diagrammes confirment que les écarts entre les trois premiers à l’arrivée sont très fluctuants d’une édition à l’autre ! Le plus petit delta entre le vainqueur et son dauphin a eu lieu en 2013 (3h17’ entre Gabart et Le Cléac’h) et le plus grand en 1996 (7 jours 12h entre Auguin et Thiercelin). Mais une seule fois, le troisième est arrivé moins de trente heures derrière le leader (Mike Golding en 2005 à 1j04h30’)… Photo @ Magnus Henderson

Cette année, le parcours défini par le « mur des glaces » autour de l’Antarctique totalise 24 450 milles, ce qui fait que tous les milles gagnés lors de la descente de l’Atlantique font aussi réduire sensiblement le temps de course à l’arrivée. Lors de la dernière édition, François Gabart avait ainsi parcouru 28 654 milles à la vitesse moyenne sur l’eau de 15,29 nœuds… Or un gain moyen d’un nœud et demi est tout à fait envisageable sur le tour du monde, soit environ 400 milles/jour. Ce qui porte le temps final à 72 jours ! Et avec déjà deux jours de moins au passage de l’équateur, l’équation semble confirmer l’axiome.

À l’intérieur du DST

Sur le papier avant même le départ, il semblait évident que les foilers allaient faire le break lors de cette traversée du golfe de Gascogne car travers au vent avec plus de dix-huit nœuds de brise, ces nouveaux appendices offrent un bonus de un à deux nœuds de vitesse par rapport aux IMOCA à dérives classiques. Et si on excepte Pieter Heerema (No Way Back) qui n’a pas l’intention de se faire dépasser par sa machine, il est presque normal que les leaders soient équipés de ces foils. Et logiquement Vincent Riou (PRB) est encore dans le paquet de tête avant ce virage à près de 90° vers le Sud.

Hugo BossAlex Thomson semble à l’aise dans ces conditions instables au vent de travers alors qu’il peinait au départ des Sables-d’Olonne dans une brise de moins de quinze nœuds.Photo @ Jean-Marie Liot DPPI

Pourtant, dès la tombée de la nuit, les conditions de navigation n’ont pas été de tout repos pour les solitaires qui ont dû composer avec une brise de secteur Nord très instable, passant d’une douzaine de nœuds à plus de trente en quelques instants et très éphémèrement. Du boulot sur le pont et sur les réglages pour adapter la voilure en tentant de gagner vers l’Ouest le plus rapidement possible car l’atterrissage sur les côtes espagnoles s’annonce comme un point fort de ce début de course.

Les leaders devraient ainsi s’engager entre le DST (Dispositif de Séparation de Trafic) et la côte ibérique dès la fin de matinée : même si la mer y est plus formée et plus chaotique, le gain est sensible et la visibilité excellente pour parer les obstacles maritimes (cargos, pêcheurs...) dans ce passage étroit plutôt que de choisir l’extérieur où la brise doit mollir au fil des heures. Mais il faudra de toutes façons que les solitaires assurent une veille constante s’ils longent les rives portugaises, ce qui présagent encore deux nuits animées…

Ce matin à une cinquantaine de milles dans le Nord-Est du cap Ortegal, le groupe de tête emmené par Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII) devrait atteindre le cap Finisterre en fin de matinée si les grains s’organisent un peu mieux car les vitesses de à 5 heures oscillaient entre 11 et 23 nœuds ! Pas de trajectoire insolite avec seulement une douzaine de milles d’écart latéral, mais déjà des deltas conséquents puisque Sébastien Destremau (TechnoFirst-Face Océan) concédait cent milles sur les 250 parcourus par les premiers… Enfin, l’Espagnol Didac Costa (One Planet-One Ocean) était toujours aux Sables-d’Olonne pour réparer son système électrique touché par le déversement d’un ballast dès le départ.

Didac CostaDidac Costa est rentré tout de suite aux Sables-d’Olonne : l’un de ses ballasts s’est vidé et a noyé son circuit électrique. Il espère repartir ce lundi avec déjà plus de 300 milles de retard.Photo @ DPPI/Vendée Globe

La voie intérieure

C’est donc après le passage du DST (Dispositif de Séparation du Trafic), zone interdite aux IMOCA, que les trajectoires vont différer : pour aller vraiment vite, les foilers doivent attaquer avec un angle de 30° minimum par rapport au vent arrière quand les bateaux classiques peuvent se permettre de glisser au moins 10° plus bas. Et comme l’anticyclone des Açores accompagne la flotte en se décalant aussi vers le Sud, il faudra gagner très rapidement la latitude de Gibraltar car mardi en fin de matinée, une rupture éphémère des alizés portugais va ralentir le peloton dès le cap Saint-Vincent (extrémité Sud du Portugal).

Vendée comparatifCe graphique montre que depuis la première édition du Vendée Globe, la distance parcourue n’a fait qu’augmenter, en partie en raison de la mise en place de way-points en 1996, puis des « portes des glaces » lors des dernières éditions. Et aussi parce que les solitaires peuvent choisir des routes météorologiques plus rapides même si elles sont plus longues. Mais surtout la vitesse moyenne sur l’eau ne fait que croître depuis 2000 avec 50 % de mieux en quatre éditions !Photo @ Magnus Henderson

Il y aura donc un petit passage délicat à négocier en restant de préférence à la côte pour raccrocher les alizés canariens au large du cap Mogador (au Nord d’Agadir) : une route soit entre l’Afrique du Nord et les Canaries, soit entre les îles de Fuerteventura et de Grande Canarie, est donc plus que probable. La perturbation de la brise de Nord-Est 20-25 nœuds, due aux reliefs volcaniques, ne devrait pas être très pénalisante par cette voie.

Surtout que rester à une centaine de milles au large des côtes mauritaniennes permettrait de laisser ensuite l’archipel du Cap-Vert à tribord ! Là où les alizés de Nord-Est seront les plus soutenus en fin de semaine, évitant ainsi les dévents des îles de l'archiple cap-verdien et autorisant un recadrage à l’entrée du Pot-au-Noir vers le 29° Ouest. Une trajectoire très proche de l’orthodromie (route directe) et surtout une voie royale pour sortir, à l’équateur, avec un angle favorable lorsque les alizés de l’hémisphère Sud (Est-Sud Est 15 nœuds) seront au rendez-vous…

Météo du 8/11/16 à 18hTULes prévisions annoncent un gros ralentissement mardi soir entre le cap Saint-Vincent et le cap Mogador : ceux qui n’auront pas dépasser la latitude de Gibraltar vont se faire irrémédiablement décrocher !Photo @ ZyGrib

Classements et positions ici : cartogrtaphie du Vendée Globe.