Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

VENDÉE GLOBE

Alan Roura fier de ce qu’il a réalisé

Le benjamin de l’épreuve, Alan Roura (La Fabrique), a passé la ligne d’arrivée devant les Sables-d’Olonne ce matin en prenant la douzième place de cette huitième édition du Vendée Globe. A bientôt 24 ans, il a achevé son périple en 105 jours 20 heures 10 minutes et 32 secondes. Une émotion pure.
  • Publié le : 20/02/2017 - 17:21

Alan RouraAlan Roura est le plus jeune participant à avoir achevé un Vendée Globe. Sa carrière de coureur du large vient véritablement de débuter à l’aube de ses 24 ans.Photo @ Breschi/Un Vendée pour la Suisse
La valeur n’attend pas le nombre des années comme l’écrivait Pierre Corneille. A quelques jours de célébrer ses 24 ans, Alan Roura s’est offert le plus beau des cadeaux en achevant ce tour du monde dont il rêve depuis sa plus tendre enfance. «C’est un jour magnifique. La fin et la victoire de notre projet qui a été monté rapidement et avec peu de moyens au début de l’année dernière. A la débrouille et dans l’ombre, jours et nuits. C’est donc la victoire de toutes les personnes qui ont participé à ce projet. C’est aussi une grande fierté d’avoir franchi la ligne d’arrivée avec ce bateau. Pour mon premier Vendée Globe, partir avec ce bateau a été un choix intelligent car il est fiable. Mais aussi un choix stupide car c’est un des IMOCA les plus durs de la flotte. Vincent Riou m’avait prévenu qu’il n’était pas simple à manier» déclarait le Suisse une fois arrivé au ponton.

Roura FinishSuperbigou, l’ex bateau de Bernard Stamm vient d’en terminer avec ce 8e Vendée Globe. Toujours aussi fringant, il a été le partenaire fidèle d’Alan Roura sans jamais flancher.Photo @ Olivier Blanchet/DDPI/Vendée Globe
Le jeune homme avale sa vie de marin à grandes goulées d’embruns. Il y a à peine quatre ans, c’était sa première grande course, la Mini Transat où il prend une honorable onzième place. L’année suivante est plus amère et sa première Route du Rhum se termine prématurément dans le golfe de Gascogne. Las ! Le Vendée Globe sera son prochain objectif : «Le Vendée Globe, c’est l’aventure, c’est la casse, c’est les pleurs mais aussi les rires, l’émotion, le surpassement. Quand je revois les images des précédentes éditions comme celle de 2001 avec Elen MacArthur et Michel Desjoyeaux, celles qui m’ont donné envie de participer. De ce que j’ai vu ou lu, je m’attendais à certaines choses et je n’ai donc pas été surpris par ce qui m’est arrivé.» Le voici ainsi douzième à l’arrivée de cette huitième édition. Il en sourit : «Au départ, vous m’auriez dit cela, j’aurais rigolé. C’est comme si tu partais en 4L pour faire le Dakar. C’est fiable, cela passe partout mais en revanche tu te traînes. En même temps, avec une clé de 13, ta 4L, tu l’emmènes au bout. Avec un peu de chance tu prends un raccourci ou deux. Il y a aussi une part de casses, une part de chance. Sur un Vendée Globe, il y a trois victoires. Être au départ, le terminer et le gagner.» Le périple d’Alan Roura l’a en permanence emmailloté d’émotions, la solitude étant sa seule compagne : «L’Atlantique a été assez intense. J’ai eu un souci de communication assez rapidement et je n’avais donc plus de météo. C’était aussi compliqué de savoir où étaient les autres. J’ai donc fait une route à ras de la côte brésilienne. Derrière moi il y avait Enda O’Coineen, Pieter Heerema, Didac Costa et Sébastien Destremau. Je me suis dit, ok, tu as perdu du temps, il faut tenter le tout pour le tout. Le but est de ne pas terminer dernier. Même si tu as un vieux bateau, tu vas te battre jusqu’au bout. J’ai donc pris une option Sud pour attraper la première dépression. C’est comme cela que j’ai pu recoller le peloton de devant. Le Sud, c’est assez marrant. Tu t’attends à rencontrer une longue houle, des surfs sans arrêt dans l’Indien. Certains l’ont peut-être eu, mais pas moi, sinon deux ou trois jours. Finalement, c’est l’océan que j’appréhendais le plus mais où je pense avoir bien réussi sa traversée.»

Roura chenalLe chenal des Sables-d’Olonne reste un moment dans la vie d’un marin. Le prendre pour revenir à Port-Olona est déjà une énorme victoire.Photo @ Breschi/Un Vendée pour la Suisse
Drôle d’endroit

Et puis il y a eu un moment particulier, aux alentours de Noël. Dans un drôle d’endroit pour une rencontre. «Il y avait une grosse dépression à venir. On s’est tous retrouvés avec Arnaud Boissières, Fabrice Amedeo, Rich Wilson et Éric Bellion. Nous n’étions pas partis pour la gagne mais pour raconter une belle histoire, pour vivre une aventure. En nous surpassant sans jouer aux cons. On a donc tous agi en marins en levant le pied. Et je pense que tout le monde a été intelligent pour le faire. Avec Éric on s’est ainsi retrouvé à naviguer à vue. A presque se toucher. Un Noël improbable» ajoute le skipper de La Fabrique.

Et arrive la collision avec un ofni. La casse la plus pénalisante qu’Alan Roura ait rencontrée pendant ses cent cinq jours de mer : «La veille, je m’étais dit qu’il ne fallait pas casser. J’étais au plus loin de toute terre. Je ne sais pas ce que j’ai touché. Finalement, il me manquait un safran et je prenais l’eau. Il fallait que je trouve une solution rapidement. Soit je mettais un coup de meule sur la mèche de mon safran de spare pour boucher le trou, ou alors je tentais le tout pour le tout. En gros je me mettais à l’eau dans 40 nœuds pour mettre en place ce spare. Après quelques instants de réflexion. J’ai choisi la deuxième solution et j’ai réussi à l’emboîter. Cela paraît simple comme cela, mais l’expérience a été incroyable. Je suis très fier de ce que j’ai fait. C’est dans ces moments-là où tu te dis que tu es devenu un marin.»

RouraBernard Stamm (à gauche), Jean Le Cam (à droite) et Éric Bellion tentant de le soulever, étaient avec grand plaisir sur le podium pour saluer la performance du jeune suisse.Photo @ Olivier Blanchet/DDPI/Vendée Globe
Rendez-vous en 2020

Un Vendée Globe, c’est aussi l’histoire d’un bateau. Et celui du jeune helvète lèche les vagues depuis le début du XXI siècle. «Superbigou est une légende de la course au large. Il a de la gueule. Il est rond et beau comme une femme. Élégant. Quand il était mené par Bernard, il était imbattable. Bernard a toujours été mon idole et dès que j’ai songé faire le Vendée Globe, je savais que c’était avec ce bateau. J’étais certain qu’il m’emmènerait au bout. Je pense qu’il n’est pas prêt à rentrer au musée» ajoute-t-il alors que son compatriote Bernard Stamm est présent.

L’avenir d’Alan Roura ? Cela sera bien évidemment en course. Et sur le prochain Vendée Globe en 2020 : «Je vais me battre pour revenir. C’est ce que j’aime faire. Monter des projets c’est ma vie. Le premier Vendée Globe est achevé aujourd’hui et il y a chez moi une part de tristesse. Mon exploit est maintenant derrière moi. Dès demain, je vais me bagarrer pour être à nouveau présent. En ayant eu le temps de m’entraîner. Avec un peu de temps donc, un bon budget et un bateau qui tient la route, rien ne s’y oppose. Le plus dur va être de trouver le bon engin. Les foils me parlent, il faut vivre avec son temps. Au départ, j’étais dubitatif. Finalement, ils nous ont fait un truc incroyable. Jusqu’à la dernière minute, j’ai cru qu’Alex Thomson allait passer devant car il nous a fait une course magnifique mais Armel Le Cléac’h a eu le dernier mot. »
La course au large reste avant tout une passion pour le néo tourdumondiste. Avec cette arrivée en ce froid matin de février, nombre de personnes ont découvert un personnage attachant et la tête sur les épaules. Sa performance doit lui ouvrir de nouvelles portes, il en a tout le talent.

Roura InterviewN’ayant pratiquement pas dormi lors des derniers jours de son aventure, Alan Roura a pris le temps de répondre à toutes les sollicitations. La presse suisse francophone ayant fait le déplacement en masse.Photo @ Olivier Blanchet/DDPI/Vendée Globe
Classement lundi 20 février à 12 heures

1.       Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII), arrivé le 19 janvier à  16 h 37'46''.
Temps de course : 74 j 03 h 35'46''. Moy. : 13,77 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 15,4 nœuds sur le fond (27 455,6 milles parcourus).
2.       Alex Thomson (GBR, Hugo Boss), arrivé le 20 janvier à 8 h 37'15''. Temps de course : 74 j 19 h 35'15''. 
Retard sur le premier : 15 h 59'29''. Moy. : 13,64 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 15,4 nœuds sur le fond (27 636,1 milles parcourus).
3.      Jérémie Beyou (Maître CoQ) arrivé le 23 janvier à 19 h 40'40''. Temps de course : 78 j 06 h 38'40''.
Retard sur le premier : 4 j 03 h 02'54''. Moy. : 13,04 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 14,4 nœuds sur le fond (27 101,8 milles parcourus).
4.     Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac), arrivé le 25 janvier à 14 h 47'45''. Temps de course : 80 j 01 h 45'45''. 
Retard sur le premier : 5 j 22 h 09'59''. Moy. : 12,75 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 14,5 nœuds sur le fond (27 857,1 milles parcourus).
5.       Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir), arrivé le 25 janvier à 16 h 13'09''. Temps de course : 80 j 03 h 11'09''. 
Retard sur le premier : 5 j 23 h 35'23''. Moy. : 12,74 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 14,1 nœuds sur le fond (27 138,6 milles parcourus).
6.       Jean Le Cam (Finistère-Mer Vent), arrivé le 25 janvier à 17 h 43'54''. Temps de course : 80 j 06 h 41'54''. 
Retard sur le premier : 6 j 03 h 06'08''. Moy. : 12,73 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 14,1 nœuds sur le fond (27 115,7 milles parcourus).
7.       Louis Burton (Bureau Vallée), arrivé le 2 février à 8 h 47'49''. Temps de course : 87 j 21 h 45'49''. 
Retard sur le premier : 13 j 18 h 10'03''. Moy. : 11,60 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 13 nœuds sur le fond (27 477,3 milles parcourus).
8.       Nándor Fa (HON, Spirit of Hungary),  arrivé le 8 février à 11 h 54'09''. Temps de course : 93 j 22 h 52'09''.
Retard sur le premier : 19 j 19 h 16'23''. Moy. : 10,9 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 12,4 nœuds sur le fond (27 851 milles parcourus).
9.       Eric Bellion (CommeUnSeulHomme), arrivé le 13 février à 17h 58'20''. Temps de course : 99 j 04 h 56'20''.
Retard sur le premier : 25 j 01 h 20'34''. Moy. : 10,3 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 11,8 nœuds sur le fond (28 048 milles parcourus).
10.    Arnaud Boissières (La Mie Câline), arrivé le 17 février à 09h 26'09''. Temps de course : 102 j 20 h 24'09''.
Retard sur le premier : 28 j 16 h 48'23''. Moy. : 9,9 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 11,4 nœuds sur le fond (28 156 milles parcourus).
11.       Fabrice Amedeo (Newrest - Matmut), arrivé 18 février à 10h 03'00''. Temps de course : 103 j 21 h 01'00''.
Retard sur le premier : 29 j 17 h 25'14''. Moy. : 9,8 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 11,1 nœuds sur le fond (27 712 milles parcourus).
12.       Alan Roura (La Fabrique), arrivé le 20 février à 09h 12'32''. Temps de course : 105 j 20 h 10'32''.
Retard sur le premier : 31 j 16 h 34'46''. Moy. : 9,6 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 11,2 nœuds sur le fond (28 358 milles parcourus).