Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

TRANSAT JACQUES VABRE

Avec nos meilleurs vieux !

Les cousins bigoudens en ont surpris plus d’un. «Certains disaient que les vieux partaient en croisière, s’amusait Marc Guillemot à l’arrivée. Et ben elle était sacrément rapide la croisière ! » Retour sur la sixième place des quinquas de MACSF.
  • Publié le : 15/11/2015 - 14:02

De Broc Guillemot MACSFHeureux de cette sixième place ; fiers d'avoir rallié le terme de cette Transat : Bertrand de Broc et Marc Guillemot disputaient leur troisième Transat en double depuis la Twostar 1981 !Photo @ Jean-Marie Liot / DPPI / TJV 2015
Certes, ils ne sont que "sixièmes" mais  l’importance n’est pas là. Eux parlent encore le marin dans le texte, la mer, la brafougne, la hargne. Certes, ils auraient rêvés gagner, comme tous, mais, lucides, savaient bien qu’avec MACSF, bon bateau mais dépassé par les plus récents, se classer dans les dix premiers sur vingt au départ serait une belle performance. Alors ils laissent aux leaders les analyses techniques, les arguties sur les poids des bateaux, les angles de foils, les finasseries stratégiques... et l'âge du capitaine.
Du coup, c’était inévitable, ils ont fait le show lorsque le monocoque rouge aux couleurs des professionnels de la santé est venu s’amarrer dans le port d’Itajai vendredi. Tronches de travers, sourires goguenards, casquettes en biais, les bons mots pleuvaient et les rudes souvenirs aussi.
« On a eu tous les jours des occasions pour pousser la barre et rentrer à la maison, expliquait Guillemot. Mais il n'en était pas question ! Jamais. On a beaucoup bricolé : du deuxième jour jusqu’à la veille de l’arrivée. »

Bertrand de BrocBertrand de Broc revient de cette Transat Jacques Vabre avec de nombreuses idées d"améliorations de son bateau en vue du Vendée Globe dans un an.Photo @ Jean-Marie Liot / DPPI / TJV 2015La liste des avaries comme des avanies est infinie.
Elle commence par une jolie salade de couverts ! « Les préparateurs avaient oublié de mettre le sac avec les couverts et les gobelets à bord, raconte de Broc. On avait juste une cocotte-minute.  Je les ai appelés le premier soir. Et on fait comment pour manger ? » Du blanc sur la ligne…
Alors il prend une canette de soda et fabrique des couverts dans l’alu.

Un détail qui fait rire à terre. En revanche, le lashing d’emmagasineur de J2 qui cède à cinq reprises et qu’il faut aller réparer sur la plage avant dans la baston - une pièce d’origine se révélant un peu tranchante – ce fut beaucoup moins drôle. « A la fin t’en a un peu marre, commente Guillemot faussement laconique. Si ça arrive de nuit et que tu le vois pas, le génois il monte dans le mât et se déchire.  Du coup, on le roulait beaucoup plus tôt que l’idéal. »

Puis c’est l’antenne du fleet qui tombe en panne en prenant de l’eau dans la tempête, privant les duettistes d’informations météo. Ensuite, c’est l’antenne GPS qui se met en rideau ; l’AIS idem…
« Il ne restait que l’Iridium et tu ne pouvais pas avoir de fichiers météo ni de positions, s’amuse Guillemot. On pouvait juste faire une demande Navimail pour récupérer un fichier météo de temps en temps mais, pour que cela passe par Iridium, c’est forcément avec un maillage très gros et sur une petite zone. Et ça avec des heures d’attente… Il manquait plus que le sextant ; ça aurait été parfait. Et la veille de notre arrivée, le satellite s’est mis à remarcher et on a reçu plein de positions ! »

Sans oublier les batteries soudainement impossibles à recharger. « Des batteries lithium-ion neuves. Black-out total, commente de Broc. Marc a trouvé le bon truc pour les relancer. » « On s’est dit qu’on était dans la merde totale, explique Guillemot. Avec le peu de jus qui restait, j’ai juste eu le temps de prendre caps et distances sur les Canaries et le Cap Vert. Puis j’ai essayé de trouver le moyen de les recharger. En fait, il y a des manips à faire en liaison avec l’excitation de l’alternateur à la seconde près. Il fallait le savoir… J’étais là à suer dans le bateau, en train de dire, on va pas abandonner, on va pas abandonner ! »

"Pas de regrets. On a fait ce qu’on voulait"

Tenants d’une option Est en pénétrant dans le Golfe de Gascogne, ils se sont pris les pieds dans le tapis d’entrée, un peu coincés par leur route dans la Manche puis par leur propre analyse. « C’était une connerie reconnait Guillemot. On pensait prendre moins de gros temps ça été le contraire. » À l’inverse de ceux partis défier frontalement la dépression à l’Ouest, ils ont, avec d’autres camarades d’infortunes tels qu'Hugo Boss, Bastide Otio ou StMichel Virbac, affronté plusieurs gros coups de vent successifs, au près qui plus est. « Au large du Portugal, l’anémo est monté à 62 nœuds ! Il était sans doute un brin optimiste, s’amuse de Broc en faisant un clin d’oeil. Mais ça déferlait de partout. C’est là où cinq chandeliers ont été arrachés. Près rapide, 17-18 nœuds : ils sont sacrément solides nos bateaux ! Bravo les architectes ! Ce sont de bonnes caisses. »

De quoi en perdre aussi un peu parfois les pédales. « Dans cette baston, je me suis retrouvé assis par terre dans le cockpit à essayer de pousser la barre, éclate de Broc de rire, en hurlant la barre est bloquée, la barre est bloquée… Ça cognait, ça déferlait de partout. Je prends des tonnes d’eau sur la gueule.  En fait le pilote était toujours branché ! »

Marc GuillemotEquipier de luxe de son cousin, Marc Guillemot s'est régalé au cours de cette Transat malgré la difficulté de celle-ci. Son bonheur tient en un mot : naviguer.Photo @ Jean-Marie Liot / DPPI / TJV 2015Au final, ils font leur route à l’ancienne, parviennent à contenir les trois qui, dans leur sillage, veulent mordre leur tableau arrière et se classent sixièmes. Et les plus jeunes, une fois à Itajai, n’ont eu ensuite de cesse de montrer leur admiration pour le caractère de battants dont ils ont fait preuve.

Guillemot : « J’ai pas de regrets. On a fait ce qu’on voulait. On avait quand même un bateau d’ancienne génération. Et la grosse différence avec les actuels, c'est que nous sommes arrêtés dans les phases de transition. Avec mon ancien bateau, Safran, le vent mollit et tu gardes la même vitesse ; là c’est pas le cas. Sixième avec ce bateau-là, ça vaut une bonne place. Je ne m’y attendais pas du tout au départ. »

De Broc : « On avait pour objectif de finir dans les dix ; nous sommes sixièmes. On a su ménager notre monture qui n’était pas excessivement bien préparée, et paradoxalement on l’a jamais mené aussi violemment par moment ce bateau-là. »

Conclusion par Guillemot. « Moi j’ai aimé. Ça a été une piqûre de rappel pour comprendre parfois combien il faut se faire mal pour aller au bout. J’ai eu un peu de facilité pendant huit ans (lorsqu’il skippait Safran, gagnant cette même Transat en 2009 en compagnie de Charles Caudrelier)  avec un gros sponsor, une grosse équipe. Ça fait du bien et ça ferait pas de mal à certains qui démarrent et pensent que tout tombe tout cru. »

Puis une dernière pirouette.  Guillemot récupère son sac dans MACSF ; le jette sur son dos. « Bon salut Bertrand. C’était pas mal. Je te dois combien ? Dix francs du mille, c’est bien ça ? », avant d’éclater de rire. Mercenaires de la mer, marins de peu de fortune, mais heureux d’être là et surtout d’avoir bien navigué. 

MACSF arrivée ItajaiPlan Finot-Conq construit par Multiplast, MACSF a déjà disputé, entre autres, deux Vendée Globe, le premier en 2008 avec Armel Le Cléac'h et le second en 2012 avec son actuel skipper, Bertrand de Broc.Photo @ Jean-Marie Liot / DPPI / TJV 2015

 

Le point sur la course


Arkema (Roucayrol-Dohy), troisième des Multi50 est attendu cet après-midi en heure française à Itajai. Onze Class40 naviguent toujours en course en destination du Brésil et le duel se poursuit entre Le Conservateur et V and B même si Bestaven et Brasseur ont réussi à reprendre un peu de l’avance comblée ces derniers jours par Sorel et Manuard , 46 milles séparant les deux leaders. Troisième, Carac Advanced Energie (Duc-Lebas) est à plus de 160 milles des leaders. Le vainqueur de cette catégorie est attendu mercredi. Le dernier est encore bien loin d’en avoir terminé. En ce dimanche, Creno Moustache Solidaire (Hector-Launay) était encore à 1 680 milles de l’arrivée.