Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

NEW YORK VENDÉE

Baleines, plaies bosses et dépression

Après le tragique épisode des rencontres, avec ce qui est désormais sans le moindre doute une colonie de cétacés en train de migrer, il y a deux courses distinctes. Devant, les leaders doivent gérer une dépression active et plusieurs fronts, tandis que derrière, ceux qui sont repartis de Newport après leur « pit stop » ont eu bien du mal à s’extirper de la nasse anticyclonique, et pointent ce matin tôt à plus de 1 000 milles. Cruel !
  • Publié le : 02/06/2016 - 07:11

Riou PRBÉgalement victime d’une collision sans doute avec un cétacé, Vincent Riou a annoncé hier soir qu’il allait devoir faire escale aux Açores. Photo @ Mark Lloyd (The Transat Bakerly)

Dans le petit monde de la course au large hier mercredi, l’ambiance était à la fois pesante et tristoune. Incompréhension, sentiment de culpabilité, pudeur, inquiétude… car il faut presque parler « d’affaire » après cette brutale et soudaine épidémie de collisions avec des baleines moins de 24 heures après le départ de New York. Du jamais vu ! Personne n’a semble t-il été épargné (même l’actuel leader Thomson a signalé quatre impacts), et si pour l’instant seul Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII) a dû abandonner, Vincent Riou (PRB) a annoncé hier soir tard qu’il allait devoir s’arrêter aux Açores, suite à une fissure de 5 millimètres au niveau du cache d’arbre d’hélice, et un changement de générateur. Vincent a expliqué dans une vidéo envoyée du bord que de nuit et suite à un très violent choc, les safrans s’étaient relevés, PRB était parti au lof, et une voie d’eau avait provoqué un court-circuit… et mis un tel bazar - notamment sur les boitiers de pilotes - qu’il n’y avait pas d’autres alternatives que de faire escale.


Les chocs avec les objets flottants entre deux eaux (OFNIS) sont récurrents, et font malheureusement partie de la course. Tous le savent depuis longtemps. Et si un équipier de Jean-Pierre Dick racontait mardi qu’en convoyant le MOD 70 entre la Guadeloupe et Lorient il y a quelques mois, il s’était retrouvé dans le golfe de Gascogne au petit matin face à un arsenal de billes de bois - probablement tombé d’un cargo ou d’un vraquier – alors qu’il déboulait à 30 nœuds… et avait miraculeusement échappé à un naufrage violent.
 

carte baleineLes zones hachurées en jaune montre les zones où les baleines se regroupent lors de la période migratoire, notamment aux abords de New York. Photo @ NOAA
Ce qui s’est passé en début de course n’a rien à voir, puisque la flotte a croisé la route d’une imposante colonie de baleines. Hier, des images satellites numérisées de la NOAA (National Oceanographic and Atmospheric Administration) l’équivalent américain du SHOM, récupérées par un ancien vainqueur de la Volvo Ocean Race montrant une incroyable concentration de cétacés pile sur la route empruntée par la Transat New York Vendée, circulaient discrètement par mail dans le milieu. Mais la règle était de surtout ne pas les publier, au risque de faire de la « publicité ».


Outre les dégâts sur les appendices ayant causé le retour au port de cinq concurrents dans la même journée, le sentiment qui prévalait était marqué par un la culpabilité pour ces marins, réputés particulièrement respectueux de la nature et de l’environnement, et qui se doutaient bien que les jours des mammifères percutés – au-delà de leurs caractéristiques hémophiles - étaient certainement comptés. Bref, cet épisode soulève au moins une question. Fallait-il élargir la zone d’exclusion, sachant que ces colonies en pleine migration avant l’été se déplacent à des vitesses élevées (entre 15 et 20 nœuds) ? Difficile de blâmer l’organisation de la course pour autant, même si plusieurs récentes décisions ont laissé apparaître un certain flottement… N’empêche, faut-il rappeler que les courses en solitaire sont systématiquement à dérogation, grâce à la bienveillance des autorités… et que déroger aux règles pourrait mettre en péril leur pérennité. Certains marins sous couvert d’anonymat, étaient de fait inquiets quant à une réaction potentielle d’écologistes américains remontés…

Alex à fond la forme !

Revenons à la course. Comme l’avaient prédit samedi dernier les experts météo Jean-Yves Bernot et Marcel Van Triest, la tête de flotte allait devoir négocier une dépression active et complexe ce jeudi 2 juin. Pour Van Triest qui conseille Armel Le Cléac’h avant le début des courses (le routage est interdit en IMOCA ; ndlr), tenter de passer par le Sud de la dépression semblait « rock n’roll ». Bernot, toujours aussi zen, lui remarquait mercredi que le film se déroulait comme initialement prévu, avec des fronts alentour à devoir anticiper.

Fronto 2 juinSur cette carte de frontologie, on voit bien que la tête de course doit négocier ce 2 juin une dépression située près du 35ème parallèle Ouest.Photo @ Météo Consult

De fait, les trois leaders, Alex Thomson (Hugo Boss), Jérémie Beyou (Maître CoQ) et Sébastien Josse (Edmond de Rothschild) ont fait le break et décidé de passer par le Nord, à raser le centre dépressionnaire sous la zone d’exclusion de glaces. Le Gallois, très impressionnant depuis le départ, et qui semble avoir trouvé le mode d’emploi des foils, a choisi de poursuivre encore plus Nord, quand Beyou et Josse, respectivement déjà à 46 et 56 milles, ont empanné pour se recentrer. Mais avec plus de 35 nœuds de vent moyen et des rafales à 40 voire 45 nœuds, la nuit a été sport ! Josse qui, avant la Transat Jacques Vabre, affirmait qu’il fallait entièrement revoir la façon de naviguer au vu des accélérations et décélérations des derniers IMOCA, a opté pour une solution « plus conservatrice » quand Thomson semble être « pied au plancher ».

SMAPaul Meilhat (SMA) s’accroche et pointe à une belle 4e place après moins de quatre jours de course. Photo @ P. Meilhat/SMA

Au classement de 4 heures UTC (6 heures) ce jeudi, Alex Thomson poursuit une route au Nord-Est à près de 20 nœuds de moyenne, et a encore creusé l’écart avec ses deux poursuivants, Jérémie Beyou et Sébastien Josse, désormais relégués à 56 et 62 milles, et qui ont eux remis de l’Est dans leur route, et font un meilleur VMG. Plus inquiétant est la vitesse de Vincent Riou (2,2 nœuds) ce matin, alors que Paul Meilhat et Tanguy de Lamotte à proximité affichent près de 17 nœuds au compteur. Enfin, dans « l’autre course repartie de Newport », Yann Éliès mène un groupe qui se « traîne » à 10 nœuds.
 

Classement à 6 heures (heure française)

1. Alex Thomson (GBR), Hugo Boss, à 1 862 milles de l'arrivée.

2. Jérémie Beyou (FRA), Maître CoQ, à 56 milles du leader.

3. Sébastien Josse (FRA), Edmond de Rotshschild, à 62 milles.

4. Paul Meilhat (FRA), SMA, à 190 milles.

5. Vincent Riou (FRA), PRB, à 217 milles.

 

Cliquez ici pour les classements complets et la cartographie de la Transat NY Vendée

DickEnglué dans la pétole après être reparti de Newport, « JP » Dick envoie de belles cartes postales ! Photo @ J.-P. Dick/StMichel-Virbac