Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe

Le grand oral

Ils étaient tous là cette fois, contrairement à la conférence de presse qui eut lieu en février dernier, à Paris déjà. Pas un marin ne manquait, et les 29 présents dans l’amphithéâtre du Palais Brongniart – l’ancienne Bourse – qui prendront le départ le 6 novembre prochain avaient fière allure pour cet exercice de présentation un brin convenu mais qui augure d’une superbe 8e édition. Lors d’un tel exercice, quel que soit le sport, on n'apprend jamais grand-chose mais c’est le moyen pour les organisateurs de prendre date et de faire monter la sauce. Voici ce que nous en avons retenu.
  • Publié le : 14/09/2016 - 21:21

Photo de familleLes 29 skippers de ce 8e Vendée Globe entourés des officiels lors de la photo de famille prise à l'issue de la conférence de presse.Photo @ Olivier Blanchet/DPPI/Vendée Globe

Que la tempête a déjà sévi sur la course puisque les orages de la nuit de mardi à mercredi dans l’Ouest avaient fait tomber des arbres sur la voie du TGV entre Laval et Le Mans, d’où des retards de trains et de skippers arrivant de Bretagne. La conférence débuta du coup avec 45 minutes de retard, Bertrand de Broc et Yann Eliès rejoignant leurs 27 camarades alors que la séance avait déjà débutée. 

Que parmi les officiels présents, Yves Auvinet, président du conseil départemental de Vendée, s’est bien glissé dans les habits du patron qui ne semblaient pas encore à sa taille en février dernier.

Que son prédécesseur à la tête de la Vendée, Bruno Retailleau, devenu président du Conseil régional des Pays de la Loire, est toujours un redoutable orateur et qu’après avoir mis son département en ordre de bataille voilà quatre ans, a lancé la région comme jamais au soutien de la course. «Le Vendée Globe, c’est la vie !» a-t-il déclaré, lyrique.

Que le maire des Sables-d’Olonne n’était pas plus présent qu’en février, laissant Lionel Pariset, en charge des affaires nautiques, monter au créneau. Dans le port, fournisseur officiel de la ligne de départ et d’arrivée, les travaux du village débutent. Il fera 25 000 mètres carrés et il s’étendra plus qu’auparavant autour du bassin de Port Olona. Le cheminement des spectateurs sera du coup facilité. Ouverture le 15 octobre à 10 heures.

Que Conrad Colman (100 % Natural Energy) fut le premier skipper interrogé revenant sur sa triple culture : néo-zélandaise «mon pays est propre, expliqua le Kiwi, et je partirai avec un bateau qui n’embarquera pas d’énergie fossile pour produire l’électricité du bord» ; américaine avec son goût pour l’entreprenariat et française lui permettant de rêver et d’oser.

Que s’il est skipper du Vendée Globe, Enda O’Coineen (Kilcullen Voyager-Team Ireland) est le président de la Irish Pubs Global Federation, sorte de Fédération internationale des pubs irlandais.

Fa ShiraishiPreuve de l"internationalisation du Vendée Globe avec le hongrois Nandor Fa (Spirit of Hungary) qui en prendra le départ pour la 3e fois à côté du japonais Kojiro Shiraishi (Spirit of Yukoh), premier asiatique à y participer.Photo @ Olivier Blanchet/DPPI/Vendée Globe

Que, à la surprise générale, le Japonais Kojiro Shiraishi (Spirit of Yukoh) est sans doute le plus rigolo du plateau. Lorsque son traducteur retranscrivait ses propos en français (le skipper ne parle ni français, ni anglais, ndlr), il faisait mine de parler dans une hilarante imitation qui fit se gondoler puis applaudir la salle.

Que Romain Attanasio (Famille Mary-Etamine du Lys) n’a jamais passé plus de 23 jours en mer avant ce Vendée Globe et que, du coup, il compte les heures avant le départ avec peut-être plus d’angoisse que d’impatience.

Qu’Alex Thomson a le sens de la formule so british. Sur le Vendée Globe, «il faut s’attendre à l’inattendu», expliqua le skipper de Hugo Boss.

Que c’est bien dommage pour un événement qui se veut désormais international (des skippers de dix nationalités et quatre continents différents) que le présentateur, aussi convivial et connaisseur soit-il, ne parle pas anglais.

Que certains bateaux ont enfin des noms ou de nouveaux : celui de Conrad Colman se nomme 100 % Natural Energy ; celui d’Alan Roura, La Fabrique ; celui de Jean Le Cam, Finistère Mer Vent ; celui de Stéphane Le Diraison, Compagnie du Lit-Boulogne Billancourt ; celui de Sébastien Destremau, TechnoFirst-FaceOcean.

Que Sébastien Destremau a non seulement un nouveau parrain (une société de casques antibruits, bien utiles sur les 60 pieds) mais surtout un mât prêté (ou loué ? ou vendu ?) par un autre navigateur et qu’il a confirmé du coup être bien au départ le 6 novembre. La rumeur cite l’équipe Safran comme étant la bienfaitrice du Toulonnais… Mais c’est une rumeur…

Que parmi tous ceux qui portent des projets et des messages humanistes et chaleureux, Eric Bellion (Commeunseulhomme) est le plus brillant et touchant quand il fait l’éloge de la différence – «facteur d’innovation et de réussite collective» - qui le motive avec une belle ardeur.

Jean Le CamJean Le Cam était tout sourire : il prendra le départ de son quatrième Vendée Globe à bord de son bateau nommé Finistère-Mer Vent et après des mois d"efforts pour finaliser son projet.Photo @ Olivier Blanchet/DPPI/Vendée Globe

Que le Roi Jean n’est pas appelé sur scène par son prénom et nom comme les autres marins, mais uniquement par un tonitruant «Jean» démontrant égard en sa personne et statut particulier. Et qu’on est tous heureux de savoir Le Cam au départ.

Que le même Roi partage avec un certain Président qu’il a la finance pour ennemi ! «C’est pas la finance l’important, ce sont les hommes. Depuis huit mois je vis un projet insufflateur d’énergie !» expliquait-il en commentant l’engouement autour de sa personne qui lui permet de partir pour la 4e fois grâce, en particulier, à un nouveau soutien, Bio’Bric, une marque du groupe Bouyer Leroux (n° 1 des matériaux en terre cuite), ancien partenaire de PRB et Vincent Riou. Son incroyable opiniâtreté lui permet de monter un projet finistérien, entrepreneurial et collaboratif allant au-delà du Vendée Globe.

Que le toujours même Roi croisera un prince puisqu’Albert de Monaco donnera le départ à 13 heures 02 (télé oblige) le 6 novembre. Même si cela a été dit deux fois, on le savait déjà.

Que Yann Eliès est avant tout présent pour l’émotion pas pour une revanche de 2008 : «On est tous là pour vivre la remontée du chenal des Sables», avant le départ dans cette incroyable et unique ferveur propre au Vendée Globe.

Que parmi les favoris, pas un déclare prendre le départ pour gagner ! «Terminer est déjà une victoire» est ainsi la phrase langue de bois à la mode dans ce peloton-là, seul Armel Le Cléac’h se prononçant plus clairement. Tout le monde n’est pas surnommé le Chacal !

Que la cartographie en 3D promise sur les outils numériques pour suivre la course semble bien jolie mais que les bateaux sont sacrément véloces sur la présentation car ils rattrapent les vagues à vive allure.

BeyouQui dit conférence de presse implique interview, comme ici Jérémie Beyou (Maître CoQ) qui répond aux questions de Gaël Robic (France Télé).Photo @ Olivier Blanchet/DPPI/Vendée Globe

Que Bertrand de Broc (MACSF) est un sacré nostalgique regrettant le bon temps des vacations en direct des éditions 1992 et 1996, conversations avec la terre que tous les marins écoutaient à l’inverse des actuels échanges où les skippers se succèdent sans pouvoir entendre ce que disent les autres et réagir si besoin. «On se marrait bien», dixit BdB.

Que se fondant sur le chiffre des heures télé 2012-2013 (770 heures), le Vendée Globe espère dépasser les 1 000 cette année… avec la fiabilité toujours sujette à caution de telles statistiques.

Qu’un bon gros iceberg localisé dans l’Atlantique Sud préoccuperait déjà bien la Direction de course et ses nouvelles zones d’exclusion des glaces.

Que Jeff Pellet était assis au fond de la salle parmi l’assistance. Non qualifié, le skipper de Come in Vendée ne sera pas de la flotte mais laisse entendre qu’il pourrait partir en pirate comme un certain Raphaël Dinelli en 1996 puis Charles Hedrich en 2004.

Que la pose de l’originale exposition de street art, Dans les rues du Globe, qui offrira aux visiteurs un cheminement artistique dans la toute la ville des Sables-d’Olonne, liée à l’épreuve, a déjà commencé. 

Que cette conférence de presse à l’assistance fournie ne brillait pas par son originalité : une scène, quatre officiels derrière un pupitre, 29 skippers appelés en trois fournées et se prononçant un à un, mais qu’elle a donné une sacré envie à l’assistance d’être aux Sables-d’Olonne le 6 novembre !

Que pour certains, l'attente est longue, à l'image du clin d'œil qui suit, signé François Denis, illustrateur de talent qui accompagnera Voiles & Voiliers lors de la couverture de ce prochain Vendée Globe :

Que le mot de la fin revient à Romain Attanasio : « Les montagnards veulent faire l’Everest ; les marins veulent faire le Vendée Globe. » Rien à ajouter.

 

Vendée Globe 2016-2017
Les 29 concurrents 

01 Jérémie Beyou (FRA)/Maître CoQ.
02 Tanguy de Lamotte (FRA)/Initiatives Cœur.
03 Vincent Riou (FRA)/PRB.
04 Morgan Lagravière (FRA)/Safran.
05 Armel Le Cléac’h (FRA)/Banque Populaire.
06 Paul Meilhat (FRA)/SMA.
07 Sébastien Destremau (FRA)/TechnoFirst-FaceOcean.
08 Eric Bellion (FRA)/Commeunseulhomme.
09 Jean-Pierre Dick (FRA)/StMichel-Virbac.
10 Fabrice Amedeo (FRA)/Newrest-Matmut.
11 Sébastien Josse (FRA)/Edmond de Rothschild.
12 Yann Eliès (FRA)/Queguiner-Leucémie Espoir.
13 Thomas Ruyant (FRA)/Le Souffle du Nord.
14 Didac Costa (ESP)/One planet One ocean.
15 Kito de Pavant (FRA)/Bastide Otio.
16 Jean Le Cam (FRA)/Finistère Mer Vent.
17 Bertrand de Broc (FRA)/MACSF.
18 Louis Burton (FRA)/Bureau Vallée.
19 Nándor Fa (HON)/Spirit of Hungary.
20 Rich Wilson (USA)/Great American IV.
21 Alex Thomson (GBR)/Hugo Boss.
22 Arnaud Boissières (FRA)/La Mie Câline.
23 Alan Roura (SUI)/La Fabrique.
24 Stéphane Le Diraison (FRA)/Compagnie du Lit-Boulogne Billancourt.
25 Pieter Heerema (NDL)/No Way Back.
26 Romain Attanasio (FRA)/Famille Mary-Etamine du Lys.
27 Kojiro Shiraishi (JAP) Spirit of Yukoh.
28 Conrad Colman (NZL)/100 % Natural Energy.
29 Enda O'Coineen (IRL)/Kilcullen Voyager-Team Ireland.