Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

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Vendée Globe

Sébastien Josse : « Quand le foil fonctionne c'est assez impressionnant ! »

A l’occasion de la mise à l’eau, vendredi dernier, du monocoque Edmond de Rothschild avec lequel il disputera le prochain Vendée Globe, Sébastien Josse est revenu sur la conception de ce plan Verdier / VPLP construit par Multiplast mais aussi et surtout sur les foils. Une réflexion intéressante à quelques jours du Fastnet où s’affronteront en course des 60 pieds équipés de ces appendices qui font beaucoup parler.
  • Publié le : 13/08/2015 - 15:30

Sébastien JosseSébastien Josse aux anges : avec Edmond de Rothschild, il mènera lors du prochain Vendée Globe l"un des voiliers les plus récents de la flotte.Photo @ Yvan Zedda / Gitana S.A.

Voilesetvoiliers.com : Quelles sont les différences entre Edmond de Rothschild et St-Michel-Virbac qui sortent du même chantier ?
Sébastien Josse : Il n'y en aura pas beaucoup entre les deux bateaux : ils sortent du même moule, les carènes sont identiques, le pont l'est aussi. A part quelques hublots placés à la guise de chaque skipper, le piano le plan de pont, tout ça c'est identique.

Voilesetvoiliers.com : Et les foils ?
S. B. :
Sur les foils, il y aura de petites différences mais on est dans une famille de foils de première génération donc ça cherche, ça tâtonne un petit peu mais cela ne s'égare pas trop de la ligne directrice donnée par les architectes. Il y a de petites différences mais c'est tout.

Voilesetvoiliers.com : Votre expérience des foils acquise en multicoques vous aide-t-elle ?
S. B. :
Non, car en multicoque le foil doit faire voler le bateau avec une plate-forme beaucoup plus puissante et plus légère, on n'a pas de plomb à trimbaler. Là, c'est plus un appui supplémentaire ; il ne s'agit pas de faire voler le bateau. Ca élargit artificiellement le bateau quand il atteint une certaine vitesse. Dans la compréhension, dans le fonctionnement, dans le réglage, c'est sûr que dans l'équipe on a une bonne expérience... Maintenant sur le monocoque, avec cette génération de foils,  on la prend comme on nous la donne et on va évoluer à partir de cette génération-là. Mais on n'a pas d'input par rapport aux architectes aujourd'hui


Gitana 16Bien visibles sur Edmond de Rothschild lors de la mise à l"eau, les foils élargissent "artificiellement le bateau quand il atteint une certaine vitesse" selon Sébastien Josse.Photo @ Yvan Zedda / Gitana S.A.Voilesetvoiliers.com : Quel est le gain espéré ?
S. B. :
Il y a des incertitudes : on sait qu'il y a des gains sur le papier qui sont assez conséquents à certaines allures et qu'il y a des pertes, toujours sur le papier, à d'autres. Ce qui s'est confirmé sur l'eau au premier stage à Port-la-Forêt. Les allures où le foil « ne fonctionne pas », les allures serrées par rapport au vent, c'est un peu moins performant. En, revanche, quand le foil fonctionne c'est assez impressionnant. On va redécouvrir des bateaux aériens, comme un Mini-Transat. Le différentiel est de 2 nœuds au portant et il peut être de un nœud moins vite aux allures serrées. Tout ça est une histoire de compromis. Ce qui fait que ces bateaux sont vraiment typés pour  le Vendée Globe ; ils sont optimisés pour faire des courses ou il y a 80 à 90 % de portant et très peu de près. Du coup, une course du Fastnet, une Jacques Vabre avec la sortie du Golfe de Gascogne qui s'éternise, peuvent ne pas être représentatives du potentiel du bateau sur le Vendée Globe.

Voilesetvoiliers.com : Il ne faudra pas regarder de trop près les résultats de ces courses…
S. B. : Ca sera instructif, on va en tirer des leçons mais tirer des conclusions sur les premières confrontations serait un peu trop rapide. Le vrai verdict sera le Vendée Globe. Parce que ça dure trois mois et que, sur les trois mois, il y en a au moins deux à 120° du vent donc les différences peuvent être énormes par rapport à des bateaux d'ancienne génération. Et puis là nous avons deux mois de mise au point pour une transat Jacques Vabre. Ce qui est bien mais la concurrence est composée d'anciens bateaux qui sont hyper affûtés et de marins qui le sont également. Mais eux n'ont plus tellement de marge de progression sur leur plate-forme, alors que la notre en est au tout début. Il faudra prendre les premières confrontations avec des pincettes.


Edmond de RothschildVoilà à quoi ressemblera Edmond de Rothschild lorsqu"il effectuera ses premières navigations. Pour l"heure, le voilier lancé vendredi dernier se trouve à son port d"attache de Lorient. Photo @ Olivier Michon / Gitana S.A.Voilesetvoiliers.com : Vous parlez de foils de première génération, cela signifie que ces derniers vont beaucoup évoluer entre la Jacques Vabre et le Vendée ? 
S. B. :
Ca dépendra du résultat de la Jaques Vabre. Cela dépendra  des pertes, des gains... si on estime qu'on perd trop à une certaine allure peut-être qu'on va typer le foil pour qu'il soit plus polyvalent. Maintenant aujourd'hui c'est un petit peu tôt, il faut mettre le bateau à l'eau, naviguer. Avant de s'occuper des foils, il faut d'abord le fiabiliser. Ce ne sont pas des bateaux fragiles mais chaque détail a sa place sur cette dernière génération d'IMOCA, parce que c'est une classe mûre et aujourd'hui on ne va plus gratter les kilos mais les centaines de grammes. Forcément tout cela demande un peu d’attention et de mise au point pour les premiers mois.

Voilesetvoiliers.com : Avec les foils, le bateau est plus puissant. Est-ce que ce ne sont pas les gréements qui vont payer la note ?
S. B. :
Utiliser des foils ne veut pas forcement dire qu'on va tenir la toile plus longtemps.  On voit que sur un multicoque la vitesse génère plus de vent apparent donc on réduit plus vite et on va plus vite avec moins de toile. Plus on va aller vite, plus on va avoir des voiles plates et des voiles petites. Après c'est sûr qu'il faudra faire attention entre la puissance dégagée par les foils et celle dégagée par les ballasts. Il y aura un compromis à trouver entre le bateau puissant-léger et le bateau puissant-lourd. Les deux mis en même temps, c'est carton rouge !