Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Carte blanche à Denis Horeau

Jour J : la direction de course à la manœuvre !

Le Vendée Globe est l’un des plus gros événements nautiques au monde. C’est donc une organisation imposante qu’il faut mettre en place et gérer. En quelques chiffres, cela donne de 3 à 5 personnes au début de la phase de préparation, dès 2013, dont la Direction de course qui «ouvre le bal», pour finir par plus de 100 personnes qui y travaillent, dans les équipes internes, lors du départ. Sans compter la centaine de pilotes des semi-rigides de sécurité, et l’incroyable et indispensable équipe des bénévoles !
  • Publié le : 03/11/2016 - 00:01

La direction de course 2016Ce sont ces quatre-là qui, lors de cette 8e édition, composent la direction de course du Vendée Globe avec en haut Hubert Lemonnier et Guillaume Evrard, et en bas Mathias Louarn et Jacques Caraës, le patron. Photo @ Jean-Marie Liot/DPPI

L’équipe d’organisation doit gérer les finances, la logistique, les partenaires, la communication nationale et internationale, la radio, le site Internet, les réseaux sociaux, les magazines et journaux, le village, le départ, la sécurité, les relations presse et celles avec les VIP… La liste des secteurs essentiels est encore longue. Au milieu de toute cette énergie, le cœur de cible : la «direction de la course». Elle gère les règlements, la sécurité des skippers durant toute la course, celle du plan d’eau lors du départ et des arrivées, le suivi de chaque bateau 24 heures sur 24 durant quatre mois et communique au quotidien avec les organismes de sauvetage de chaque pays, le long du parcours : Espagne, Portugal, Brésil, Argentine, Afrique du Sud, Australie, Nouvelle-Zélande et Chili. Elle travaille aux côtés des sauveteurs le cas échéant. Elle suit avec attention la météo, surveille les icebergs dans le Sud et adapte le parcours si les glaces remontent trop au Nord dans l’hémisphère Sud. Elle traduit le langage ésotérique des marins pour le plus grand nombre, valide la communication de la course dans le tohu-bohu des nouvelles contradictoires véhiculées par les réseaux sociaux et affirmées d’un ton docte par les nombreux «spécialistes de la spécialité». Tour de contrôle (les Anglo-Saxons la nomment "Race Control"), elle informe les arbitres de la FFVoile du déroulement de la course, que ces évolutions soient bonnes ou mauvaises. Ces derniers peuvent alors statuer sur la régularité sportive de la compétition. Il est indispensable, mais pas si facile, de s’assurer que le premier qui coupe la ligne aux Sables est bien le vainqueur, et le deuxième… le deuxième !
On voit peu la direction de course. Alors qu’elle est partout, centrale et indispensable dans le dispositif complexe d’un tel événement. 

Denis Horeau quitte la direction de course du Vendée Globe !Denis Horeau, directeur de course lors de quatre éditions du Vendée Globe, au départ, saluant chaque concurrent – ici Armel Le Cléac’h. Cette année, ce sera au tour de Jacques Caraës, son successeur, d'en faire autant.Photo @ Didier Ravon

6 novembre, jour du départ de cette 8e édition. Fin d’un marathon de presque trois ans et début d’un sprint de quatre mois, en apnée. Le jour sera dense. Ils sont quatre. Jacques Caraës, directeur de course ; Guillaume Evrard, Hubert Lemonnier et Mathias Louarn, ses assistants, très expérimentés. Ils doivent agir en réseau serré dans quatre lieux éloignés.

A Jacques le ponton et les derniers échanges avec les skippers au moment de larguer les amarres. Ce ponton est une péninsule d’émotions humaines concentrées sur quelques mètres carrés humides. Du très haut voltage. Ames sensibles, s’abstenir. Ce n’est déjà plus tout à fait la terre. Même si des centaines de "happy few" s’y pressent pour une dernière étreinte, dont les effets devront tenir de trois à quatre mois. Ce n’est pas tout à fait la mer, car les skippers ne sont pas encore seuls.
A Guillaume les écrans de contrôle : AIS, VHF, ASN ICOM, pour le suivi des opérations de départ, depuis le poste de commandement  opérationnel avec toutes les autorités maritimes et terrestres.

A Hubert la coordination de la sortie des 29 monocoques, sur un tempo de 4 minutes pour chaque bateau. Sous le chronomètre du maître de port Bernard, Moriceau.
A Hubert aussi les mouvements des 42 canots semi-rigides de sécurité Highfields, des 58 semi-rigides d’assistance des skippers, des 40 semi-rigides qui embarquent leurs VIP, des 4 bateaux de CRS, des 20 vedettes Bénéteau pour les médias et VIP. Le tout en coordination fluide mais stricte, avec le capitaine de port Jean-Emmanuel Onorato et les équipes aguerries de Mathieu Thébaud de Port Olona.
Enfin, à Mathias l’interface avec le port de commerce et les équipes de la CCI, pour que les 50 bâtiments à usage commercial permettent à des milliers d’amoureux de ce spectacle unique de vivre un épisode de mer, fortement agité.  

Denis Horeau quitte la direction de course du Vendée Globe !Le Vendée Globe désormais aussi connu que le Tour de France cycliste, la coupe du monde de foot, les jeux Olympiques ou Roland-Garros. Photo @ Didier Ravon

Déjà le 7 novembre ; les équipes se resserrent. Jacques et Guillaume ouvriront dès les premières heures le PC Course à Paris. Premiers souffles d’une nouvelle vie souterraine de trois mois, où, comme pour les skippers, le jour et la nuit se ressemblent tant qu’on y perd tout repère temporel. Les lumières du PC ou celles du métro ont le même goût. Hubert et Mathias veilleront, depuis le ponton devenu désert, les éventuels retours de navigateurs. Ils seront prompts à aider les équipes techniques en cas de réparation indispensable pour que le bateau puisse de nouveau prendre la mer. Puis au terme de la période de dix jours durant laquelle un skipper peut repartir des Sables, eux aussi rallieront le mail Branly à Paris, sous la tour Eiffel. Pour scruter, à la lampe frontale, les faits et gestes des skippers et embarquer un tout petit bout des rêves de chacun d’entre nous autour du monde. 

Village Vendée GlobeLe village, centre névralgique du Vendée Globe vu d'avion avec son accès au ponton. Photo @ Olivier Blanchet/DPPI