Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée globe

La guerre des trois a bien eu lieu

Entre 14 h 47 et 17 h 43, soit en moins de trois heures, trois des 29 concurrents au départ de ce Vendée Globe le 6 novembre dernier franchissaient la ligne d’arrivée. Jamais en huit éditions disputées depuis 1989 un trio de bateaux avait terminé séparés par si peu. Et du quatrième classé, Jean-Pierre Dick au sixième, Jean Le Cam, avec Yann Eliès au milieu, il y eut de l’émotion, de l’humour et du spectacle devant une foule immense venue accueillir ses héros le long du chenal. Et les écouter. Retour sur Vendée Globe à travers leurs mots.
  • Publié le : 25/01/2017 - 21:38

Le Cam Eliès DickMagnifique trio ! Jean-Pierre Dick, Jean Le Cam, Yann Eliès : en conférence de presse d'après-course avec la fameuse caméra de Jean Le Cam avec laquelle il a lancé son fameux cri de guerre de cette 8e édition : "clac clac clac !"Photo @ Joël Le Gall/Ouest-France

Premiers sentiments
Jean-Pierre Dick
Une arrivée du Vendée Globe est toujours un grand moment de bonheur. On donne beaucoup mais on reçoit énormément avec le public. C’est incroyable le monde que cela implique et fait rêver. Comme c’était ma quatrième participation il y a maintenant une certaine connivence, une certaine sensibilité avec toutes ces personnes. C’est aussi la reconnaissance d’un travail, d’une aventure et cela fait très plaisir. Je n’atteins pas mon objectif qui était d’être sur le podium, mais bon ! D’être en vie, d’être arrivé et d’avoir vécu cette aventure d’un tour du monde en solitaire à de telles vitesses, c’est exceptionnel pour moi. Maintenant, c’est le bonheur de retrouver tous les miens

Yann Éliès
J’ai levé les doutes que j’avais sur ma véritable envie de faire cette course depuis mon accident d’il y a deux éditions. D’ailleurs, quelques heures après le départ il y avait encore quelques doutes. Finalement, il n’y en a plus. 

Jean Le Cam
Yes we Cam ! Arriver c’est déjà très bien. Et là, c’est parfait, on ne peut pas dire autre chose. Je viens de battre mon record d’une semaine. Pile poil comme Jules Verne, quatre-vingts jours. Cela a été dur, avec des choses différentes à raconter par rapport à mes précédentes participations.

StMichel VirbacStMichel-Virbac est l'un des cinq foilers de nouvelle génération lancés spécialement pour le Vendée Globe 2012.Photo @ Vincent Curutchet/DPPI/Vendée Globe

La course à trois
Jean-Pierre Dick
C‘était un bon moment puisqu’on ne s’est pas lâché pendant pas mal de temps. Avec Yann et Jean il y a eu beaucoup de moments d’émotions. On s’est lâché, on est revenu plusieurs fois. Il y a eu plein de choses qui ont fait que nous avons vécu une course dans la course. Avec des skippers incroyables, des hommes d’expérience ayant pas mal de feeling. C’était vraiment intéressant avec pas mal de suspense. Je pense que le spectacle a dû être sympa à suivre. Le palpitant a fonctionné plusieurs fois pour moi surtout sur la fin.

Yann Éliès
J’ai pu faire la compétition avec Jean qui est un formidable marin - celui qui me faisait rêver quand j'étais jeune et qui est toujours le Roi Jean - et avec Jean-Pierre qui avait un bateau à foils. C’était une course très engagée. Je pensais avoir un petit avantage sur Jean au niveau vitesse mais ce que je n’avais pas calculé c’est qu’il avait déjà fait un tour du monde avec son bateau et qu’il le connaissait par cœur (la dernière Barcelona World Race avec Bernard Stamm, ndlr). Et c’est un sacré loustic qui m’a également surpris dans la dimension physique. Ces bateaux restant difficiles à mener, à vivre. Et il a tenu le rythme. Je tiens à le féliciter. Jean-Pierre est quelqu’un d’atypique et terriblement redoutable sur l’eau. Un vrai guerrier qui n’a jamais froid, jamais mal.

Jean Le Cam
La course dans la course, c’était motivant. Le Chevalier Noir (Jean-Pierre Dick, ndlr), c’était différent. Il était soit très devant, soit très derrière. Comment dire… il est souvent très optionnel. Alors qu’avec Yann, on était toujours très proche. On se connaît bien car on a été Figaristes pendant longtemps ensemble. En principe, tu sens la réaction de l’autre. Et tu ne peux pas choquer. Tu sens ce que va faire l’autre. Là, il n’y a pas à discuter, à réfléchir une seconde, tu mets tes bottes et ton ciré et tu vas à la manœuvre. Jean-Pierre m’a fait piquer deux fous rires. Quand il mord la zone d’interdiction des glaces. Il ne le fait pas juste un peu, il rentre dedans pendant quarante milles ! La deuxième fois, c’est quand il se plante des agrafes dans le menton. Merci à lui de m’avoir fait rigoler autant (rires)

arrivée ElièsBateau malheureux jusque là sur le Vendée Globe, Quéguiner-Leucémie Espoir a connu peu de soucis techniques sur cette édition, la casse d'un hook de grand voile étant sans doute l'avarie la plus pénalisante.Photo @ Olivier Blanchet/DPPI/Vendée Globe

Les bateaux
Jean-Pierre Dick
Ce Vendée Globe était plus dur qu’il y a quatre ans au niveau humain. Le bruit incessant créé par les foils est vraiment fatiguant. Les accélérations également. Et puis être pendant deux mois et demi dans sa grotte ce n’est pas facile. Il m’a manqué une connaissance complète du bateau car je pense que mon projet était un peu à la bourre. C’est pour cela que je me suis fait larguer la première semaine. Il me manquait toutes les clés. Ces bateaux sont tellement sophistiqués. Psychologiquement cela a donc été dur surtout quand je me suis retrouvé douzième après deux semaines et que les leaders avaient déjà 1 500 milles d’avance, c’est dur. Tu as beau positiver, cela reste difficile à accepter. Ces bateaux de nouvelle génération restent malgré tout des plateformes fantastiques.

Yann Eliès
C’est un bateau mythique. C’est le grand frère de tous les plans VPLP et Guillaume Verdier actuels. On a fait la petite erreur de ne pas mettre de foil dessus. C’est un regret car je pense qu’on aurait dû franchir ce cap-là comme l’a fait Jérémie Beyou. Pour moi, c’était un pari très risqué mais il a été gagnant pour lui. Félicitations à lui. 

Jean Le Cam
Hubert, mon bateau, a été parfait. S’il n’avait pas été à la hauteur, je n’en serais pas là. Si ton bateau ne va pas, tu ne peux rien faire. Ce bateau c’est un peu moi par rapport aux autres engins. C’est l’avantage de tout faire soi-même. C’est parfois un peu épuisant (rires) mais on fait avec. Pour cela aussi c’est mon plus beau Vendée Globe. L’histoire est belle.

arrivée Le CamAvec son petit budget et son projet lancé voilà quinze mois, Jean Le Cam est sans doute le marin au ratio performance/budget le meilleur de cette édition du Vendée Globe.Photo @ Olivier Blanchet/DPPI/Vendée Globe

Les trois premiers
Jean-Pierre Dick
J’ai suivi la course des premiers. La descente de l’Atlantique d’Alex Thomson (Hugo Boss) a été exceptionnelle. Tout comme la maîtrise d’Armel jusqu’au bout.

Yann Éliès
Quand le premier est arrivé, j’avais un peu de mal à m’ouvrir. Il est arrivé dans ma zone de confort, en tête, là où je veux être. Mais je me suis ressaisi en me disant que je n’allais pas être le premier dans l’histoire du Vendée Globe à terminer en faisant la tête ! 

Jean Le Cam
Nous n’avons pas fait la même course. Il y avait l’équipe A et l’équipe B à la sortie de l’Atlantique. J’avais déjà 2 000 milles de retard. Nous n’avons jamais vu les bateaux de devant. D’ailleurs je m’amusais à regarder leurs positions que tous les quinze jours. C’est tout. Ce n’était pas le même débat. Cela dit, j’aimerai avoir ce genre de bateau si ce n’est pas trop insupportable.  

Arrivée DickJean-Pierre Dick termine son quatrième Vendée Globe comme voilà quatre ans : à la quatrième place.Photo @ Olivier Blanchet/DPPI/Vendée Globe

Bonheur
Jean-Pierre Dick
Cette quatrième place est due à l’envie. Je suis un homme heureux. Cette course est une telle aventure qu’elle mérite d’être vécue. Ce n’est pas merveilleux tous les jours et il est important d’avoir la force mentale pour avancer. C’est cela qui me plaît.

Yann Éliès
Je n’ai pas eu tant que ça de plaisir. A part le final avec Jean. J’ai été dans le dur mentalement face aux foilers pendant la première moitié de l’épreuve. J’ai la tête qui tourne. Le retour à terre est un vrai bonheur. Mais je n’arrive pas de la même planète que vous. J’ai du mal à passer du mode ermite à celui de terrien. Je n’avais presque pas envie d’arriver… Poser le pied à terre n’est pas un moment facile à négocier. Sinon j’ai fait la course que je voulais faire. Et puis il y a quand même cette bataille finale en mode Figaro.

Jean Le Cam
On ne prend pas que du plaisir parce qu’on prend les emmerdes avec. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. C’est comme pour tout. Si tu ne veux pas avoir de problème, tu n’auras pas de plaisir. Et tout dépend du curseur. Tu peux passer du tout au tout. Du désespoir à Yes we Cam. Finalement, je suis un homme heureux, on le serait à moins. Le plus drôle, c’est quand j’ai entendu mon premier cri de goéland ce matin depuis le départ. C’est complètement anecdotique mais cela voulait dire que je rentrais à la maison. Un bonheur tout simple. Le cri du goéland…

arrivée ElièsIl peut être ravi Yann Eliès : cinquième et premier non foiler, le Briochin a rempli son objectif.Photo @ Olivier Blanchet/DPPI/Vendée Globe

Un prochain Vendée Globe ?
Jean-Pierre Dick
Laissez moi d’abord mettre pied à terre. Je vais y réfléchir sérieusement mais je ne reviendrai pas juste pour le plaisir !

Yann Éliès
J’espère bien pouvoir revenir sur cette course avec un bateau à foils qui soit le plus compétitif possible. Je vais digérer tout cela et voir comment je peux m’y prendre par la suite. Sinon, j’ai hâte de retrouver mon Figaro pour retrouver Jérémie Beyou et les autres pour la bagarre. Je vous donne rendez-vous au mois de juin, le couteau entre les dents pour aller chercher cette fameuse quatrième victoire sur la Solitaire.

Jean Le Cam
Je n’en sais rien. On va déjà se poser. En général, je n’aime prévoir des trucs trop en avance car j’ai souvent été déçu.  

 

Classement mercredi 25 janvier à 18 heures

1.       Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII), arrivé le 19 janvier à  16 h 37'46''.
Temps de course : 74 j 03 h 35'46''. Moy. : 13,77 nœuds (sur l'orthodromie de 24 499,5 milles) 
2.       Alex Thomson (Hugo Boss), arrivé le 20 janvier à 8 h 37'15''. Temps de course : 74 j 19 h 35'15''. 
Retard sur le premier : 15 h 59'29''. Moy. : 13,64 noeuds.

3.      Jérémie Beyou (Maître CoQarrivé le 23 janvier à 19 h 40'40''. Temps de course : 78 j 06 h 38'40''.
Retard sur le premier : 4 j 03 h 02'54''. 
Moy. : 13,04 noeuds.
4.     Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac), arrivé le 25 janvier à 14 h 47'45''. Temps de course : 80 j 01 h 45'45''.  Retard sur le premier : 5 j 22 h 09'59''. Moy. : 12,75 noeuds.
5.       Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir), arrivé le 25 janvier à 16 h 13'09''. Temps de course : 80 j 03 h 11'09''.  Retard sur le premier : 5 j 23 h 35'23''. Moy. : 12,74 noeuds.
6.       Jean Le Cam (Finistère-Mer Vent), arrivé le 25 janvier à 17 h 43'54''. Temps de course : 80 j 04 h 41'54''.  Retard sur le premier : 6 j 01 h 06'08''. Moy. : 12,73 noeuds.
7.       Louis Burton (Bureau Vallée), à 2 286  milles de l'arrivée
8.       Nandor Fa (Spirit of Hungary), à 3 094 milles de l'arrivée
9.       Eric Bellion (commeunseulhomme), à 4 110 milles de l'arrivée
10.     Conrad Colman (Foresight Natural Energy), à 4 362 milles de l'arrivée