Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

l'analyse de Dominic Vittet

De mémoire d’albatros...

Les premiers, Alex Thomson (Hugo Boss), Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) et Sébastien Josse (Edmond de Rothschild) ont été happés par la « magique » dépression au passage de la latitude de Rio et en ont profité jusqu’au Sud du continent africain, dans les 40es. Des vitesses hallucinantes, des trajectoires limpides et un record à la clé pour le Gallois qui aura éclaboussé de tout son talent ce début de course.
  • Publié le : 26/11/2016 - 07:26

Le Cléac"hIncroyable contraste des photos envoyées par les concurrents. Armel Le Cléac'h, deuxième, est habillé pour affronter les mers du Sud alors que derrière, les autres sont encore torses nus.Photo @ Armel Le Cléac’h/Banque Populaire/Vendée Globe

Pour le trio de tête, toujours mené par Alex Thomson (Hugo Boss) qui ne possède plus que 20 milles d'avance sur Armel Le Cléac'h (Banque Populaire) bien revenu et Sébastien Josse (Edmond de Rothschild, 3e à 348 milles), les conditions météorologiques vont être un peu moins roulantes ce week-end et ils vont enfin pouvoir souffler un peu après une descente de l’Atlantique Sud « à toute berzingue ». Comme l’a joliment dit un Sébastien Josse, manifestement éprouvé, dans sa vidéo du 22 novembre : « C’est bien de faire varier les plaisirs ». Doux euphémisme pour signifier une grosse envie de repos…
Toutefois, avec son retard de quelques 350 nautiques, ce même Josse navigue dans des conditions bien différentes des leaders. Il est contraint de multiplier les empannages dans un régime modéré d'Ouest alors que les deux premiers s'en vont flirter avec la Zone d'Exclusion Antarctique - le fameux mur des glaces - avec un vent de Sud-Ouest d'une quinzaine de nœuds. Ce qui permet à Thomson de naviguer tribord amure son bateau bénéficiant de nouveau de l'effet foil grâce à son appendice bâbord entier à l'inverse du tribord cassé.
Pour ces trois-là, e prochain TGV s’annonce déjà pour lundi, dans un Océan Indien qui se révèle souvent dur à manier. Car c’est parti pour un mois de froid, de vagues et de vent !

Iso vendredi 24Photo @ Dominic Vittet

Pour les autres, l’anticyclone de Sainte-Hélène est à l’œuvre. Il a refermé peu à peu la cicatrice laissée par le sillage de la dépression brésilienne empêchant toute route directe vers Le Cap. Yann Elies (Queguiner-Leucémie Espoir) qui a magnifiquement réussi à s’enfiler dans un minuscule trou de souris, revient jouer dans la même zone que Paul Meilhat (SMA) et Jérémie Beyou (Maître CoQ). Ils vont reformer un groupe de chasse à environ 1 000 milles des leaders, soit avec 2 à 3 jours de retard. Il ne reste plus que trois bateaux en course devant leurs étraves. Il suffirait d’une fortune de mer pour qu’une place sur le podium se libère et attire des convoitises. La route est encore longue…

Quant à Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac), Jean Le Cam (Finistère Mer Vent) et Thomas Ruyant (le Souffle du Nord), respectivement 7e, 8e et 9e même s’ils ont raté le train express à Rio, ils peuvent se consoler en surfant à nouveau sur le dos d’une dépression qui les aspire vers le Sud et qui devrait leur permettre d’arrêter l’hémorragie dont ils souffrent depuis une semaine. Leur retard devrait dans un premier temps se stabiliser autour de 1 800 milles. Certes, c’est beaucoup, surtout pour un Jean-Pierre Dick qui a d’autres ambitions, lui qui a fini quatrième en 2013. Mais finalement la cinquième place n’est pas si loin…
Boostée par la saison d’été, Miss Sainte-Hélène, lourde et puissante, grossit, s’écrase au sol et se reconstitue très au Sud formant une barrière infranchissable entre 30° et 35° Sud. Elle risque d’emprisonner le peloton toujours mené par Louis Burton (Bureau Vallée), 11e à 2 700 milles du leader ce matin.

Louis BurtonLouis Burton (Bureau Vallée), onzième du général, mène toujours le peloton ralenti.Photo @ Alexis Courcoux/Bureau Vallée
Ce groupe, a fortiori moins rapide, et qui avait déjà accumulé quelques centaines de milles de retard au passage de l’Équateur, continue de manger son pain noir. Le nid à dépressions s’est décalé vers l’Argentine. Seul Kito de Pavant (Bastide Otio, 10e à 2 500 milles), qui a lourdement investi depuis trois jours vers le Sud, parvient à s’extraire de la zone de calme. Il commence à toucher les dividendes de ses efforts. Il est tiré d’affaire mais s’engage dans un tour du monde très solitaire…
Une course contre la montre s’annonce. À moins de passer avant que l’étau ne se referme complètement, ces malchanceux vont très probablement être contraints à contourner le piège par l’Ouest sous peine de rester collés quelques heures dans des calmes sans fin…

Prévu lundi 28 novembrePhoto @ Dominic Vittet

Pour eux, le sifflement de la quille et les secousses des 40es n’arriveront pas avant mardi. Les routages les voient passer par la verticale de l’Île Gough vers le 30 novembre, soit dix jours après Hugo Boss ! Une Transat de retard après trois semaines de course…
De fait les conditions rencontrées par chacun des marins sont bien différentes. Les retardataires, qui sont encore dans les eaux chaudes des tropiques, profitent toujours des moments de chaleur et de soleil pour vivre de façon décente. Dans quelques jours l’eau va se refroidir, et ce sera leur tour d’affronter le grand Sud, si convoité, tant redouté.

Températures Atlantique SudPhoto @ Dominic Vittet

Pour l'instant, l’océan Indien, habituel casseur de bateau, n’a pas encore montré son vrai visage. Les marins, informés, se sont méticuleusement préparés. Il suffisait de regarder le niveau de finition des bateaux aux Sables-d’Olonne pour en être impressionné. Ils méritent tous, sans exception, d’accomplir leur rêve, jusqu’au bout.
Mais comment éviter de croiser un OFNI ou un gros animal ? Comment ne pas être trahi par une pièce pourtant savamment éprouvée ? Les victimes ont de quoi être anéanties après tant d’années d’effort. Je pense fort à Tanguy, Bertrand, Vincent et Morgan. La mer est trop injuste.

(Cette nouvelle analyse matinale est signée Dominic Vittet. Durant tout le Vendée Globe, l’ancien vainqueur de la Solitaire du Figaro, Champion de France solitaire ou Champion du Monde Class40 – entre autres – devenu analyste météo et routeur, nous livre son analyse de l’évolution de la course.)

Classement samedi 26 novembre à 5 heures

1.       Alex Thomson (Hugo Boss), à 17 448,4 milles du but
2.       Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII), à 20,7 milles du premier
3.       Sébastien Josse (Edmond de Rothschild), à 348 milles 
4.       Paul Meilhat (SMA), à 980,5 milles
5.       Jérémie Beyou (Maître CoQ), à 1 003,3 milles

Classements et positions live ici : cartographie du Vendée Globe.