Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Carte blanche à Denis Horeau

A terre, la course continue !

Que le vainqueur soit Armel Le Cléac’h (Banque Populaire), distant des Sables-d’Olonne de 2 059 milles ce matin ou Alex Thomson (Hugo Boss) qui accuse un retard de 252 milles, les structures terrestres de ces deux skippers travaillent déjà à leurs arrivées prévues le 19 janvier prochain pour le premier. Et il en sera de même lorsqu’un à un les concurrents encore en course seront de retour en Vendée. A noter d’ailleurs qu’ils seront 10 sur 18 ce jeudi en Atlantique, Conrad Colman devant virer le Horn ce matin. Dans sa carte blanche, Denis Horeau, ancien directeur de course du Vendée Globe, explique le processus d’accueil des marins en s’appuyant sur le vécu de l’un des plus expérimentés directeurs d’équipe, Jean-Paul Roux.
  • Publié le : 12/01/2017 - 07:11

François Gabart 2012François Gabart (Macif) célèbre sa victoire dans le chenal des Sables-d'Olonne le 26 janvier 2013. Mais son accueil a nécessité un travail important et sa préparation a débuté deux semaines avant pour son équipe à terre.Photo @ Vincent Curutchet/Macif

Dans l’univers des courses au large, le Vendée Globe est une illusion d’optique. Tous les quatre ans depuis 1989, Le Grand Evénement, le Grand Match est lu, décortiqué, commenté par des millions de passionnés.  Qui ne retiennent majoritairement que le nom du skipper, et, dans le meilleur des cas, celui de son bateau. Sous cette double nomination, «Alex Thomson, et son bateau Hugo Boss», se cache une équipe de 10 personnes environ, sans compter les nombreux sous-traitants. Une petite tribu charpentée, experte, polyvalente, indispensable à la bonne marche du marin en mer. Elle va œuvrer non pas jusqu’à la ligne d’arrivée, mais jusqu’au retour du bateau dans son chantier de préparation. Là où tout a commencé au moins deux ans, quelquefois trois ou quatre ans avant le départ de la course. 

Jean-Paul Roux, vigie à terreEn 2012-2013, Jean-Paul Roux fut l'un des artisans de la victoire de François Gabart au terme du 7e Vendée Globe. Il travaille actuellement au sein de la société Profil Grand Large, organisatrice d'événements dont The Bridge qui partira en juin prochain.Photo @ Vincent Curutchet/MacifA sa tête : le «chef d’équipe», ou team manager chez les Anglo-Saxons. Ami du skipper, ou associé, ou dans une relation professionnelle seulement : tous les cas se retrouvent au sein des structures professionnelles. Mais un maître mot unit les deux hommes : confiance. Le directeur d’équipe est le responsable à terre quand le skipper l’est en mer. Pour la meilleure gestion de l’ensemble.

Personnage central du Vendée Globe durant plus de vingt ans, calme, posé, expert, bienveillant et consensuel, Jean-Paul Roux a occupé ce poste essentiel au sein de Mer Agitée, la structure de course de Michel Desjoyeaux. Il était chef d’équipe pour ce même «Michel Desjoyeaux PRB» en 2000, «Vincent Riou PRB» en 2004, «Sébastien Josse VMI» en 2004 aussi, de nouveau «Michel Desjoyeaux Foncia» en 2008 et enfin «François Gabart Macif» en 2012. Soit quatre victoires dans le Vendée Globe. Respect. L’homme en connaît un rayon sur les arrivées.
Pour un chef d’équipe, l’arrivée du skipper s’étire sur une longue période qui n’a absolument rien à voir avec un long fleuve tranquille. Elle débute deux semaines environ avant que le skipper ne passe la ligne. D’abord par l’établissement, quasi permanent, de  la fameuse ETA, «Estimated  Time of Arrival» (heure estimée d'arrivée), fixée au 19 janvier pour cette 8e édition. C’est LA donnée la plus précieuse : elle va entièrement structurer la préparation de toute l’équipe. Puis, dans une moindre mesure, par une estimation du classement de ce skipper. Qui pourrait influer sur le faste que les partenaires du skipper pourraient donner à son arrivée. Vainqueur ou quatrième ne se fêtent souvent pas exactement avec la même emphase.

Michel Desjoyeaux 2009Michel Desjoyeaux (Foncia) arrive en vainqueur du Vendée Globe 2008-2009 après 84 jours 3 heures et 9 minutes. Pour que tout se déroule au mieux, cette arrivée est un travail de longue haleine entre l'équipe à terre du skipper et l'organisation de la course.Photo @ Jacques Vapillon / DPPI
Précaution de sécurité, il est souvent convenu entre le skipper et son chef d’équipe que les dernières 24 heures avant la ligne d’arrivée sont réservées à une concentration extrême et ne doivent pas être perturbées par les sollicitations, pressantes, des médias. On doit couper le robinet, malgré la demande insistante pour obtenir la dernière interview… Et tenir cette position contre vents et marées. Pas simple.

Un jeu subtil

Premier objectif de ce directeur quelques heures avant l’arrivée : la sécurité des techniciens, des partenaires, des journalistes, de la famille et des amis proches du skipper, qui iront accueillir le bateau sur la ligne et l’escorteront jusqu’au ponton d’honneur à travers le chenal des Sables. En semi-rigide, de nuit, dans le froid de janvier et dans des conditions de mer souvent difficiles, ce n’est pas une sortie sans risques. Il faut donc veiller à chaque détail pour que l’aventure se passe bien sur un plan technique, et que chaque personne venue aux Sables, souvent de très loin, vive un moment exceptionnel.  

Il faut ensuite décider qui pourra embarquer sur les canots et vivre la remontée du chenal. Sans vexer personne : le nombre de places sur une telle embarcation de 8 mètres n’est pas extensible. Un jeu subtil entre privilège, sécurité, rang des invités du partenaire…

Vincent Riou 2005Pagaille autour de Vincent Riou (PRB) dans le chenal des Sables-d'Olonne lors de son arrivée victorieuse le 2 février 2005.Photo @ Benoît Stichelbaut / Pool DPPI
Mais justement : quand les invités du ou des partenaires doivent-ils arriver aux Sables ? Ils sont souvent entre 50 et 500… Ce qui n’est pas une mince affaire à gérer. A quelle date doit-on réserver les chambres d’hôtel, les transports ? Car l’ETA est tout sauf une science exacte : elle ne cesse de fluctuer au gré des vents. Trop tôt et les invités s’ennuient : trop tard et ils ratent le moment suprême de l’arrivée de leur skipper. Et que faire en cas de réel mauvais temps en mer ? Annuler la sortie des invités ? Oublier l’arrivée en mer ? Imaginer un plan B ? Prendre des risques pour permettre à tous d’y assister ?  

Il faut également gérer avec attention la famille, le conjoint et les enfants du skipper. Qui embarque sur le bateau juste après la ligne d’arrivée ? Comment ? Qui a le privilège d’assister au moment de l’étreinte entre le skipper et ses proches ? Devant les caméras ? A l’intérieur, à l’abri des regards ?  Combien de temps resteront-ils dans l’intimité du carré du bateau alors que le public, les médias, veulent acclamer le skipper sur le pont du bateau juste après son passage de ligne ?

Sébastien JosseQu'un marin termine vainqueur ou dernier ou 5e comme Sébastien Josse ici lors de l'édition 2004-2005 du Vendée Globe, son accueil répond à un protocole minuté.Photo @ Benoît Stichelbaut / Pool DPPI
Le bateau est maintenant amarré au ponton d’honneur, mais le Vendée Globe est loin d’être terminé pour le directeur d’équipe. Car il est impératif que la partie festive soit parfaitement réussie, elle aussi. On se souviendra souvent autant, ou plus, de la réception finale que de l’exploit !  Où organiser cette fête d’arrivée ? A quelle heure, en fonction d’une ETA qui a la gigote ? S’il est 3 heures du matin, la conservons-nous ? Si nous reportons au lendemain, n’est-ce pas un peu «réchauffé» ? Et quand convient-il de rapatrier les invités après la fête ? Sans oublier une partie difficile à gagner : réussir à coucher le skipper, lui qui a souvent une forme olympique au terme de ses trois mois de mer, et est prêt à border tous ses amis, proches, invités, médias qui l’acclament encore et encore ? Ceci alors que le timing des interviews du lendemain matin est très dense et que l’on ne peut pas rater le JT de telle ou telle chaîne !

Passionnés jusqu'à voler... les poubelles !

Enfin, côté bateau, il y a encore du boulot. Une surveillance accrue est indispensable pour éviter les effractions, les vols de matériels ou objets souvenirs que le skipper a utilisé durant la course. On a vu des fans partir avec une manivelle de winch, et avec… les poubelles du skipper au moment de les jeter dans la benne, à terre ! Il faut également organiser les innombrables demandes de photos du lendemain : le skipper à bord, aux termes de son aventure. Ranger le bateau ? Le nettoyer, ce dont il a le plus grand besoin ? Ou le laisser dans son jus pour gagner en authenticité ? Au rayon des photos, le chef d’équipe devra souvent négocier âprement avec les fournisseurs qui, en cas de victoire du skipper, aimeraient tant avoir une photo promotionnelle de leur équipement, synonyme de succès… Alors que cette photo n’était pas prévue lors de l’achat de l’équipement, bien sûr !

Michel Desjoyeaux 2001Michel Desjoyeaux aux anges après avoir remporté le Vendée Globe 2000-2001 sur PRB, la première de ses deux victoires et la première aussi pour un des sponsors historiques de l'épreuve, PRB.Photo @ Jean-Marie Liot / DPPI
Last but not least, le chef d’équipe aura la charge du bateau, qui doit rester au ponton Vendée Globe aux Sables durant dix jours après son arrivée, afin que le public, nombreux, puisse l’admirer. Et enfin il devra le rapatrier au chantier de préparation, là où tout a commencé ! Alors, et seulement à cet instant, sonnera le clap de fin de l’arrivée.

Classement jeudi 12 janvier à 5 heures

1.       Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII),  à 2 059 milles de l'arrivée
2.       Alex Thomson (Hugo Boss), à 252 milles du premier

3.       Jérémie Beyou (Maître CoQ) à 822 milles       
4.       Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac), à 1 262 milles
5.       Jean Le Cam (Finistère Mer Vent), à 1 416 milles

Classements et positions live ici : cartographie du Vendée Globe.