Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Le point sur la Barcelona World Race (1)

Dans l’hémisphère Sud !

  • Publié le : 13/01/2015 - 00:01

Deux recordsDéjà deux nouveaux temps de référence dans l’escarcelle d’Hugo Boss : Barcelone – Gibraltar et Barcelone – Équateur. Photo @ D.R. Barcelona World Race / Hugo Boss

Douze jours après le départ de Barcelone, les premiers concurrents viennent de franchir l’Équateur. Hugo Boss en tête, qui en profite pour marquer un second temps de référence, après celui de Gibraltar. Retour sur un début de course intense.

 

Positions du 12/01/15Un rythme très soutenu en tête, comme en témoigne la maigre ration d’images et de sons que nous envoient les concurrents, bien trop occupés à mettre du charbon. C’est qu’ils naviguent quasiment à vue depuis le départ et ne lâchent pas la barre. Photo @ D.R. Barcelona World Race / GéovoileIls sont dans l’hémisphère Sud. Dans la nuit de dimanche à lundi, les trois concurrents en tête de cette Barcelona World Race ont franchi l’Équateur, après douze jours de course. Hugo Boss, mené par Alex Thomson et Pepe Ribes, en a profité pour récolter au passage un second temps de référence après celui de Gibraltar : il a effectué le parcours Barcelone-Équateur en 11 jours 13 heures et 50 minutes, soit 24 heures de mieux que Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron en 2011. Une heure et dix minutes plus tard, Neutrogena passait la «ligne», suivi de Cheminées Poujoulat, seulement deux heures et demie après le leader. GAES Centros Auditivos, ralenti par des soucis de voile la nuit précédente, était alors encore à soixante milles de la ligne, qu’Anna Corbella et Gerard Marin ont finalement franchie dans la journée de lundi.  

Mais reprenons au début. Cela a été une entrée en matière presque rêvée pour les concurrents de la Barcelona World Race : un départ le 31 décembre dans les petits airs, une descente de la Méditerranée maniable, rapide et pas trop piégeuse (sauf pour Spirit of Hungary, voir plus loin), puis une progressive montée en puissance dans l’Atlantique, avec à l’approche des Canaries la rencontre attendue avec les alizés, qui se renforcent nettement à une trentaine de nœuds entre Canaries et Cap Vert. Un scénario idéal pour laisser à chacun le temps de prendre ses marques.

Si Bernard Stamm et Jean Le Cam, sur Cheminées Poujoulat, mènent la flotte le premier jour dans le petit temps, ce sont Alex Thomson et Pepe Ribes qui frappent les esprits en étant les premiers à passer dans l’Atlantique. Hugo Boss établit un nouveau temps de référence entre Barcelone et Gibraltar : 2 jours, 5 heures et 50 minutes, améliorant de plus d’une journée le temps de Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron.

 

Une hiérarchie presque inchangée
Dès les premières heures de course, des groupes se forment : les cinq bateaux les plus rapides sont comme prévu Hugo Boss, Neutrogena, Cheminées Poujoulat, GAES Centros Auditivos et Renault Captur. En deuxième rideau, We are Water et One Planet One Ocean peinent déjà à suivre le rythme imprimé par le groupe de tête, tout comme Spirit of Hungary qui ferme la marche. C’est dans cet ordre-là que les duos franchiront le Détroit de Gibraltar.

Mais la Méditerranée prélève son écot. Jörg Riechers et Sébastien Audigane se retrouvent dès la première nuit avec un souci de drisse, qui oblige Seb à grimper au mât, et ils perdent là un temps précieux. Car le vent d’Est, soutenu pour les premiers, est nettement plus faible en arrière de la flotte et pendant que le groupe de tête s’échappe en Atlantique, les vitesses dégringolent pour leurs poursuivants. Le plus sévèrement pénalisé sera Spirit of Hungary, qui, littéralement scotché dans les calmes de la mer d’Alboran, accusera plus de 500 milles de retard à son passage du détroit, alors que les premiers sont déjà au niveau des Canaries.

Depuis, les marins cravachent. D’abord sur mer plate, dans le petit temps, puis dans des alizés puissants, Hugo Boss, Neutrogena, Cheminées Poujoulat mais aussi GAES Centros Auditivos ne se quittent plus et naviguent groupés – quasiment à vue.

La bonne surprise de ce début de course, c’est l’excellent travail réalisé par Anna Corbella et Gerard Marin, à bord de leur plan Farr. Ils en sont les premiers étonnés : «Nous ne savions pas vraiment au début si nous pourrions avoir les mêmes vitesses que les bateaux de devant. C’est une surprise pour nous. Une fois que nous en avons pris conscience, nous avons continué, nous n’allions pas ralentir ou faire des cadeaux aux autres. A moins d’un souci, nous continuerons à pousser le bateau comme nous le faisons.»

 

Smile !Dur, dur de rester motivé quand on est seul à 600 milles derrière le peloton. Mais Nandor Fa et Conrad Colman ont décidé d’adopter la positive attitude !Photo @ D.R. Barcelona World Race / Spirit of hungary

Groupés, serrés
La hiérarchie établie avant Gibraltar ne varie quasiment pas : les noms valsent d’un classement à l’autre dans le groupe de tête, sans que les écarts soient suffisants pour changer vraiment la donne. Guillermo 
Altadill (Neutrogena) : «Nous savions que ce serait serré avec les trois autres bateaux et, jusqu’à présent, il n’y a pas eu d’options tactiques, pas vraiment d’ouverture et la flotte fait à peu près la même chose. Nous avons le même logiciel, les mêmes informations météo. Cela viendra après les alizés, un bateau poussera plus fort et la course sera plus intense.»

C’est un fait : sur le plan stratégique, il ne se passe pas grand-chose. Cheminées Poujoulat tente bien une option à l’Ouest, aux Canaries, mais le duo Stamm – Le Cam doit se raviser au vu de ses faibles vitesses. Du coup, il prend un peu de retard, qu’il rattrape ensuite. Alex Thomson et Pepe Ribes, sur Hugo Boss, seront les seuls à passer à l’Est, entre les îles et le continent africain, quand le reste du peloton traverse l’archipel. Mais à son recalage à l’Ouest, il a juste perdu un peu de son avance. Ses poursuivants sont alors groupés en moins de 10 milles. Idem au passage du Cap Vert : Hugo Boss passe à l’Ouest, les autres restent au centre et au contact, et tout le monde se retrouve à la sortie. Hugo Boss a beau être un poil plus rapide, les trois autres duos ne lâchent rien et parviennent régulièrement à lui reprendre le leadership.

 «Les vitesses depuis les Canaries sont impressionnantes», constatait Jean Le Cam le 10 janvier. «On est obligé de barrer tout le temps. Le rythme est assez soutenu, il y a du contact, les classements changent, le petit groupe est serré, c’est assez sympa ! On a été beaucoup au contact avec Neutrogena et GAES aussi, un peu, mais on n’a pas parlé ensemble.» L’heure n’est clairement pas à la parlote, ni à la communication, en témoignent le peu d’images et de sons qui nous parviennent des concurrents en tête de flotte, tous rivés à la barre jour et nuit.

 

Belle surpriseA bord de GAES, Anna Corbella et Gerard Marin font du beau boulot. S’ils ont perdu un peu de terrain ces derniers jours, privés de l’utilisation de trois voiles, ils ont pu réparer et reviennent à fond.Photo @ D.R. Barcelona World Race / Gaes

Un pot au pas si noir
On aurait pu penser que le pot-au-noir redistribuerait un peu les cartes, mais il n’en est rien : au moment où nos quatre duos sont passés et aux alentours du 28°W, il était peu actif et pas trop large et personne dans le peloton n’a subi d’arrêt buffet. Derrière eux, Sébastien Audigane et Jörg Riechers ont tenté le tout pour le tout et misé sur une option à l’Est pour essayer de refaire leur retard. Un choix qui pourrait leur coûter cher : même si le classement de lundi matin leur attribuait la seconde place, en raison de leur position plus proche de la route directe, ils n’avançaient plus qu’entre 1 et 4 nœuds lundi matin.

Pendant ce temps, les deux inséparables We are water et One Planet One Ocean continuent leur descente vers l’Équateur dans le sillage des premiers, à quelque 200 milles de distance. Les frères Garcia, inscrits de dernière minute, donc à peine préparés avant le départ, et Aleix Gelabert et Didac Costa, à bord du plus vieux bateau de la flotte, l’ancien Kingfisher d’Ellen Mac Arthur, naviguent à leur rythme et ne se quittent plus. Le duo d’OPOO savoure sa posture en attendant de se faire lâcher par ses compères : «Pour le moment, nous n'avons pas de gros soucis et n'avons pas connu de situations inconfortables. Il n'y a donc pas de raison d'être insatisfaits ! Nous faisons notre propre course. Nous savions déjà que We are Water nous rattraperait, mais peut être que nous arriverons dans le Pot au noir avant Bruno et Willy (Garcia). Beaucoup de choses peuvent se passer alors... Ce dont nous sommes sûrs est qu'ils sont plus rapides que nous. Nous ne sommes pas obsédés par cela. Si on essayait d’aller aussi vite qu'eux, nous pourrions casser quelque chose facilement.»

A plus de huit cent milles derrière Hugo Boss, à bord de Spirit of Hungary, Nandor Fa et Conrad Colman essayent de rester positifs, même s’ils avouent qu’il n’est pas facile de rentrer vraiment dans la course quand on fait cavalier seul, sur un bateau neuf avec «des petits problèmes tout le temps», sans moyen de se comparer aux autres. Le duo n’est encore qu’au Nord de l’archipel du Cap Vert…

Pour les marins de l’avant, reste maintenant à contourner au mieux l’anticyclone de Sainte-Hélène, qui semble déterminé à prendre ses aises et à rallonger la route… De quoi pimenter un peu le jeu, peut-être ?