Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Le point sur la Barcelona World Race (2)

Piste noire vers l’Indien

  • Publié le : 24/01/2015 - 00:01

Hugo Boss démâte et suiteC’est à 21h TU, mercredi 14 janvier, que Hugo Boss, alors en tête le long des côtes Brésiliennes, a démâté. Alex Thomson et Pepe Ribes rejoindront ensuite Salvador de Bahia, tandis que les autres se coltinent l’anticyclone de Sainte-Hélène et choisissent des options différentes.Photo @ D.R. Barcelona World Race / Géovoile

Abandon, piège, couac et séparation : la deuxième moitié de la descente de l’Atlantique a été semée de trous et de bosses. Alors que Cheminées Poujoulat et Neutrogena, en approche du Cap de Bonne Espérance, sont déjà entrés dans le vif des quarantièmes Sud, retour sur les derniers faits marquants de cette 3e Barcelona World Race.

 

Abandon
«Bienvenue à la porte de l’Enfer»Postés en embuscade entre les deux leaders Cheminées Poujoulat au Nord et Neutrogena au Sud, Anna Corbella et Gerard Marin commencent à découvrir l’ambiance et la lumière particulière des latitudes Sud.Photo @ D.R. Barcelona World Race / GaesLe quinzième jour de course s’écrit en noir, noir comme les voiles de Hugo Boss qui démâte le mercredi 14 janvier au soir, au large du Brésil, alors qu’il est en tête de la flotte. Alex Thomson raconte : «Pepe et moi faisions un changement de voile. On avait descendu le J1 pour gréer une autre voile d’avant. Normalement, il y a deux voiles à poste tout le temps, et là, pendant dix minutes, il n’y en a eu qu’une. Cette voile est montée sur emmagasineur, et le tambour s’est cassé. J’étais à l’avant, regardant vers l’arrière car Pepe m’apportait une autre voile, quand j’ai vu la pièce se rompre et la voile monter ; instinctivement, je savais que le mât allait tomber. Il est resté droit quelques secondes puis est tombé lentement vers l’arrière, dans l’eau.»

Les deux skippers ne sont pas blessés. Après avoir coupé le gréement et s’être débarrassés de l’espar, ils font route vers Salvador de Bahia, distant de 370 milles. Ils atteindront le port Brésilien le lundi 19 janvier. Alex Thomson et Pepe Ribes ont des raisons d’être déçus, eux qui avaient marqué les deux premières semaines de course en dominant, psychologiquement au moins, leurs adversaires, imprimant un rythme soutenu aux bateaux de tête et empochant deux temps de référence entre Barcelone, Gibraltar et l’Equateur. Au moment de l’incident, Hugo Boss naviguait au reaching, dans un vent de 15 à 18 nœuds. Le bel oiseau noir à la coque d’argent s’est brûlé les ailes, laissant pantois ses adversaires, qui devront continuer à se battre sans le favori. La course a perdu l’un de ses concurrents les plus pugnaces.

 

> Sur sa page Facebook, Alex raconte son démâtage :

 

 

Piège
Cette descente de l’Atlantique Sud n’est pas une sinécure pour l’équipage de Renault Captur. Après avoir franchi, non sans mal, le Pot au Noir sur une option Est très osée et peu payante, Jorg Riechers et Sébastien Audigane ont enfoncé le clou en tentant de tailler dans le gras de l’anticyclone de Sainte-Hélène, quand tous les copains faisaient le tour de la paroisse par les côtes Brésiliennes.

«Ce devait être une journée paisible dans l’alizé, après une nuit étoilée bordée de grains dans laquelle nous avions grappillé quelques milles sur la concurrence. La stratégie établie pour les jours à venir était mise en place et nous conduisait à faire une route quasi directe vers l'île Gough, à la porte des Quarantièmes. Mais le sort en a décidé autrement», expliquent Seb et Jörg. Qui, non contents de devoir composer avec les vents faibles que leur réservait l’anticyclone et la dorsale qui le prolongeait, doivent s’adonner à des séances d’escalade et de bricolage. Mercredi, le moral du bord était en berne : «C’est pas la joie ce matin, on est retombé dans la molle. On a du mal à s’en sortir. Le vent n’est pas très loin mais c’est un peu chi…t. Surtout qu’on n’a pas eu trop le temps de se reposer parce qu’on a eu pas mal de bricoles à faire et on avait hâte de régater. Notre positionnement à l’Est n’arrange pas les choses. Les déboires techniques qu’on a eus, la casse du lashing de grand-voile et la réparation du rail de grand-voile nous ont beaucoup ralentis, on n’a pas pu se recaler à l’Ouest pour sortir de là et aujourd’hui on le paie.» Ce passage dans l’anticyclone de Sainte-Hélène coûte cher au duo franco-allemand : jeudi 22 janvier, alors qu’il touchait enfin des vents un peu plus soutenus, Renault Captur accusait un retard de plus de 960 milles sur Cheminées Poujoulat.

 

Tout Schuss !C’est parti pour le portant. Après avoir passé le Cap de Bonne Espérance – ce qui devrait être fait ce week-end – pour Cheminées Poujoulat, c’est descente tout schuss dans l’Indien, puis le Pacifique. Prochain virage après le Cap Horn…Photo @ D.R. Barcelona World Race / Cheminées Poujoulat

Couac et divorce dans le Sud
Depuis l’abandon de Hugo Boss, le quator de tête est devenu un trio. Voire, pour l’instant du moins, un duel entre Cheminées Poujoulat et Neutrogena, GAES Centros Auditivos restant en embuscade. Les deux leaders se collent aux basques et rien, jusqu’à il y a quelques jours, ne semblait pouvoir les séparer. Guillermo Altadill et José Muñoz, sur Neutrogena, ont bien essayé de fausser compagnie à leurs camarades, en sortant leur joker : le 16 janvier, au moment de faire les choix pour négocier le maousse anticyclone de Sainte-Hélène, ils demandent à activer le mode «furtif», disposition qui les autorise à disparaître des écrans radars pendant 24 heures. Vont-ils tenter un coup ? Dégainer une arme secrète pour s’envoler en douce, ou bien prendre un raccourci ? Au sortir du train fantôme, patatras : non seulement il réapparaissent pile dans le tableau arrière de Cheminées Poujoulat, mais on apprend que suite à un problème technique, le mode furtif n’a pas fonctionné : si nous n’avions pas accès à leur position, les autres concurrents, eux, n’ont jamais cessé de les voir. Pour l’effet de surprise, c’est raté !

45°SudVue imprenable, exposition Sud. Guillermo Altadill et José Muñoz, à bord de Neutrogena, ont choisi une route très Sud, à la limite de la zone d’exclusion et sont déjà bien entrés dans le vif du sujet. Photo @ D.R. Barcelona World Race / NeutrogenaMais Neutrogena ne compte pas en rester là et finalement, le 19 janvier, c’est le divorce. Alors que Bernard Stamm et Jean Le Cam filent plein Est, tout droit vers le Cap de Bonne Espérance, les deux hispanophones tournent les talons et piquent au Sud pour aller chercher les vents d’une dépression. Les deux inséparables suivent donc chacun leur route, pour la première fois depuis qu’ils sont entrés en Atlantique – mais on pourra faire les comptes quand leurs chemins convergeront de nouveau, à l’approche du Cap de Bonne Espérance, qu’ils devraient passer ce week-end. Bien calé à mi-chemin entre la pointe Sud de l’Afrique et la limite Nord de la zone de restriction, Cheminées Poujoulat semble avoir l’avantage sur Neutrogena, qui se retrouvait hier pris en tenailles entre la zone interdite située à 45° de latitude Sud et une zone de hautes pressions. Mais comme le rappelaient jeudi les deux compères de Cheminées Poujoulat : «C’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses !»

A l’arrière, si Spirit of Hungary n’est pas encore sorti des griffes de Sainte-Hélène, Renault Captur, We Are Water et One Planet One Ocean commencent enfin à allonger la foulée et à enfiler les polaires. Les surfs dans le Grand Sud sont pour bientôt. Comme le résumait Anna Corbella sur GAES Centros Auditivos : «Bienvenue aux portes de l’Enfer.»