Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe

Les soldes arrivent !

Les premiers solitaires sont attendus dans une semaine aux Sables-d’Olonne et comme annoncé, le duel tourne toujours à l’avantage d’Armel Le Cléac’h, Alex Thomson étant relégué à 68 milles du leader. Et alors qu’il ne reste plus que 2 800 milles à parcourir et que la situation météorologique s’éclaircit à l’horizon des Canaries. Notre collaborateur Magnus Henderson, interpellé par les réactions de certains adeptes des réseaux sociaux, signe son ultime article…
  • Publié le : 09/01/2017 - 07:08

BP VIII foilsBanque Populaire VIII n’a pas pris le risque d’un foil au profil plus optimisé : l’important était de finir la course et donc de préserver le matériel jusqu’aux Sables d’Olonne.Photo @ Y. Zedda/BP30 %, 50 %, 70 % ! Les prix implosent avec l’arrivée des soldes dès mercredi prochain. Mais ne nous précipitons pas, car les coûts vont encore baisser au fil des arrivées du Vendée Globe, même bien après le 21 février. Et ceux d’été reviennent dès le 28 juin jusqu’au 8 août inclus ! Une bonne opportunité pour casser les prix et acquérir une belle monture refaite à neuf après un chantier nécessaire à l’issue de près de 30 000 milles non-stop sur l’eau en plein hiver.

Car il n’y a pas photo : une fois le tour du monde en solitaire sans escale achevé, le programme IMOCA s’est considérablement amoindri après une saison 2016 pléthorique essentiellement consacrée à la qualification pour le Vendée Globe (Saint-Barth/Port la Forêt, Transat Puerto Calero, The Transat, New York-Vendée et même Québec/Saint-Malo). Cette année, il y aura un Fastnet et une Transat Jacques Vabre pour laquelle on est en droit de s’interroger sur le nombre de participants en monocoque 60’…

La fête aux foils

Car une fois le rideau vendéen tombé sur l’estrade de ce théâtre qui aura accueilli l’une des meilleures interprétations sur un scénario aux multiples rebondissements, que vont faire ces solitaires revenus sur le plancher des vaches ? Une nouvelle course, certes, mais avec quel budget et quel bateau ? Déjà deux machines ont changé de mains : Banque Populaire VIII s’appellera bientôt Bureau Vallée II, Edmond de Rothschild vient d’être cédé à l’Allemand Boris Herrmann… pour un prix évidemment tenu secret mais il n’est pas nécessaire de sortir d’HEC pour imaginer que la fourchette oscille entre 2,5 et 3 millions d'euros. Sachant qu’un bateau neuf de la génération 2015 coûtait autour de 4,5 millions, voire plus pour certains qui ont dû changer leurs foils à 250-300 000 euros la paire…

Thomson KerguelenAlex Thomson n’aura finalement pas beaucoup utilisé ses foils après la casse de celui de tribord avant même le cap de Bonne-Espérance.Photo @ Marine nationale/Nefertiti/Vendée GlobeEn attendant ces changements de propriétaires, le résultat attendu aux Sables-d’Olonne semble sans appel. Trois foilers en tête avec cinq bonnes journées de marge sur le premier monocoque à dérives classiques ! L’affaire est entendue : il fallait des foils pour gagner ce Vendée Globe… Pas si sûr car ils n’ont finalement pas tant servis lorsqu’on recoupe l’ensemble des commentaires des intéressés. De fait, ils ont fait la différence à certains moments clés comme dans les alizés de l’hémisphère Sud (mais pas dans ceux de l’Atlantique Nord). Et le différentiel n’était pas si important alors, puisque Vincent Riou avait moins de 200 milles de retard lorsqu’il a explosé ses paliers de quille.

Et dans les mers du Sud, l’emploi de ces appendices n’a pas été déterminant et surtout assez séquencé : la plupart du temps, les leaders ont bénéficié d’une brise portante modérée à soutenue sur une mer suffisamment chaotique pour que les foils soient rentrés. L’abandon de Sébastien Josse le confirme : à l’heure actuelle avec ce type de profil et ces formes de carène, il est inenvisageable de s’appuyer sur ces ''sustentateurs'' par plus de 30 nœuds de vent et trois mètres de creux au cœur de l’océan. En plus, ils n’apportent rien à plus de 140° du vent réel : les images prises au large des Kerguelen le confirment aussi.

Passages VendéeLe tableau des passages aux points névralgiques du Vendée Globe montre que les leaders ont presque toujours été plus rapides, en relation avec une configuration météorologique favorable aux leaders.Photo @ Magnus Henderson

Questions-réponses

Ainsi donc la question qui ne manquera pas d’être posée à Armel Le Cléac’h à l’arrivée aux Sables-d’Olonne (et à Alex Thomson, quoique l’absence de foil tribord depuis l’île Gough démontre aussi que ces appendices n’ont pas été très sollicités, ni si indispensables au regard des conditions météorologiques particulières de ce huitième Vendée Globe) : «avez-vous beaucoup utilisé les foils ?», la réponse s’annonce négative ; et à cette autre : «sans foil, auriez-vous pu dominer le Vendée Globe ?», la réponse sera probablement aussi négative…

Jean Le CamLa trajectoire et les performances de Jean Le Cam sont à souligner : le triple vainqueur de La Solitaire du Figaro aura démontré un potentiel remarquable et une combativité à toutes épreuves. Photo @ Kris Askoll/Finistère Mer VentCar même s’ils n’auront pas été le paramètre essentiel d’une victoire, ils y ont contribué. Psychologiquement puisque personne ne pouvait savoir s’ils étaient sortis ou non, et leur degré d’extension non plus. Techniquement puisque certains tronçons du parcours sont nettement marqués par leur présence, essentiellement en Atlantique Sud d’ailleurs et à dose homéopathique ! Le match à trois que se livrent Jean-Pierre Dick, Jean Le Cam et Yann Eliès est certainement le plus éclairant sur le bonus-malus de ces appendices : le skipper de StMichel-Virbac a certes multiplié les trajectoires «originales» (au cap Finisterre, dans la ZEA, dans le détroit de Bass), mais a démontré une capacité d’accélération remarquable avant le cap de Bonne-Espérance, au niveau des Kerguelen, après la Tasmanie, à l’approche du point Nemo.

La nouvelle génération de foils (version 1.2 pour Hugo Boss, version 2.0 ou 2.1 pour les autres et 2.2 pour Banque Populaire VIII) n’en est qu’aux prémices de ce que les designers vont imaginer pour la prochaine édition. Car en y regardant de plus près, force est de constater que certains monocoques aux dérives classiques auraient été plus présents jusqu’à l’arrivée aux avant-postes s’ils n’avaient pas cassé (PRB, SMA). Que les leaders n’ont commencé à louvoyer qu’en approche du cap Frio. Que la sortie du golfe de Gascogne s’est effectuée vent de travers. Que la force moyenne majoritaire du tour du monde des deux premiers est de 20-25 nœuds, entre 100° et 150° du vent réel…

Un premier bilan

Mais revenons à nos moutons, ceux qui dévalent les pentes acérées des déferlantes océaniques : le tableau ci-joint récapitule les moments forts de ce tour du monde sans escale. Clairement, Alex Thomson s’est avéré le plus rapide quand il avait encore ses deux foils, pour atteindre l’équateur alors qu’il a un peu «sillonné» le plan d’eau avant Madère… Puis exagéré dans la descente entre Brésil et Afrique du Sud. Mais au final, les conditions météorologiques rencontrées par les leaders n’ont pas été très défavorables aux bateaux à foils, même s’ils ne les utilisaient pas… Puisque Hugo Boss ne perd que cinq heures au cap Leeuwin et cinq jours au cap Horn avant de les récupérer à l’équateur. Le Britannique a d’ailleurs effectué le meilleur temps de l’histoire du Vendée Globe sur ce tronçon entre la Patagonie et la ligne de changement hémisphérique !

Mais ce qui est surtout marquant, c’est que les deux premiers ont toujours été les plus rapides sur toutes les parties du parcours et n’ont fait qu’accroître leur avance : il n’y aura probablement que sur les deux derniers tronçons (Horn-équateur et équateur-arrivée) que leurs poursuivants seront plus véloces. Un lien évident avec les conditions météorologiques exceptionnelles de ce Vendée Globe et qui ne se répéteront peut-être pas pour la prochaine édition. C’est bien pourquoi la génération 2016 semble déjà obsolète !

Place aux jeunes !

Cap sur Les Sables… mais sans media man !Jean-Pierre Dick dispose de foils plus typés pour le débridé que ceux d’Armel Le Cléac’h, et surtout la structure interne a été plus renforcée pour une plage d’utilisation plus grande.Photo @ Y. Zedda/SMVLes édiles qui gèrent la jauge IMOCA à coup de textes parfois aussi incompréhensibles qu’abscons vont peut-être (enfin ?) être débordés par une nouvelle génération de coureurs qui ne jurent que par le fun et la simplicité. Le mille-feuille que les «fous de la vallée» ont concocté au fil des saisons pour préserver leurs acquis va-t-il exploser en vol à l’issue de ce tour du monde ? On ne peut que l’espérer pour un avenir plus radieux et moins chaotique au regard des dérapages qui ont marqué cette saison (média-man de New York, courses de qualification sorties du chapeau…). Surtout quand on sait que Sir Keith Mills d’Open Sports Management n’est pas certain de continuer à financer un «championnat du monde» qui n'en a que le nom.

Car les animateurs du circuit vont partir vers d’autres horizons : Armel Le Cléac’h et Sébastien Josse en Ultime, Sébastien Destremau aux Régates royales, Nandor Fa à la retraite… «Que reste-t-il de ces beaux jours ?» chantait Charles Trénet, ces jours où les monocoques de 60 pieds se construisaient comme des petits pains. Aujourd’hui, qui aura au minimum dix millions d’euros pour monter un projet gagnant pour le prochain Vendée Globe avec un nouveau prototype ?

Car il n’y a pas photo : le vainqueur de la neuvième édition 2020-2021 sera plus étroit, donc plus léger, avec des foils qui feront voler dès dix nœuds de vent. Les performances incroyables de Hugo Boss, le bateau incontestablement le plus rapide (hors le près) de ce tour du monde, annonce une nouvelle génération qui mettra au placard non seulement les voiliers des années 2008, mais aussi les derniers-nés !

Et quelles décisions les organisateurs de ce circuit vont-ils prendre au regard de «l’expédition» de Sébastien Destremau ou de la balade australe de Pieter Heerema ? Que faut-il faire quand on constate que le vainqueur du Vendée Globe met deux fois moins de temps que Jean-François Coste en 1989 ? Un Coste qui virait le cap Horn quand Titouan Lamazou franchissait la ligne d’arrivée et alors que le dernier de cette édition aura à peine débordé la Nouvelle-Zélande ?

Je vous salue…

Alors ce n’est pas un «au revoir» giscardien de 1981 mais un «messieurs les tweeteurs, bonsoir» clavelien de 1971. Je laisse le soin aux gens de bonne compagnie de faire le tri dans ce «milieu de la voile» qui n’accepte pas la critique, mais qui s’élève comme un seul homme lorsque le plan marketing n’est pas respecté. Qui s’insurge contre les transferts pharaoniques des footballeurs soi-disant incultes et formatés, mais cachent bien secrètement leurs budgets. Qui ont une telle paranoïa de l’espionnite qu’ils ferment à double tour leur bateau, mais le font visiter à leurs futurs adversaires.

Maître CoQ 2016Maître CoQ a choisi d’autres designers pour concevoir ses foils dotés d’un becquet pour améliorer les performances au près.Photo @ François Van Malleghem/Maître CoQLes «grandes gueules» se targuent d’avoir «formé» de jeunes coureurs à faire du vent arrière avec un multicoque et viennent ensuite pavaner devant les caméras de la télévision française pour déclamer le talent et la paternité d’un bateau qu’un solitaire a mené deux semaines plus rapidement autour du monde que l’équipage recruté à l’odeur, «un peu comme les chiens»…

Alors laissons aux réseaux sociaux le syndrome Kardashian : quand on a rien à dire, il faut quand même l’écrire ! Même d’ex-Figaristes qui font tourner leur logiciel Adrena deux fois par jour s’emportent pour hurler au loup lorsqu’on annonce que «à moins d’un incident technique, d’une avarie irréparable, d’un abordage imprévu, on voit mal ce qui pourrait empêcher le Saint-Politain de s’imposer avec panache sur la ligne d’arrivée !».

Où sont-ils les arguments contraires ? Qu’un collaborateur occasionnel qui n’a même pas sa carte de presse se permette d’annoncer une victoire plus que probable quinze jours avant l’arrivée n’est pas acceptable. Mais qu’un recordman autour du monde et un concurrent du Vendée Globe le déclarent encore plus fermement quatre jours plus tard lors d’un Live parisien, c’est tout à fait normal…

Classement lundi 9 janvier à 5 heures

1.       Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII),  à 2 832 milles de l'arrivée
2.       Alex Thomson (Hugo Boss), à 77,04 milles du premier

3.       Jérémie Beyou (Maître CoQ) à 585,49 milles       
4.       Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac), à 1392,49 milles
5.       Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir), à 1 474,15 milles

Classements et positions live ici : cartographie du Vendée Globe.